Vers la fin du contenu gratuit ?

C’est un questionnement. Les tarifs de l’hébergement de sites internet augmentent fortement. Partager gratuitement du savoir acquis au cours des ans, construire un site attractif, passer un temps énorme en rédaction et en synthèse, ne pas utiliser de la publicité et des liens de commerces en affiliation pour recevoir un infime pourcentage en incitant à acheter. Ne pas favoriser le productivisme sans fin et influencer dans le toujours plus. Aussi le risque de donner de la connaissance et du partage d’expérience pour que certains s’en servent à des fins mercantiles ou participer à l’augmentation générale des prix du matériel d’occasion alors qu’on informe de bons plans pour rendre la photographie plus accessible, effet contraire donc, en partageant ses essais et découvertes. Aider gratuitement à ce que des gens non passionnés se lancent par exemple dans la photo de mariage sans avoir le savoir faire, et à tarif cassé en pensant que c’est facile et que ce sera lucratif avec comme résultat des photos plus que médiocres et pas digne d’un travail professionnel attendu. Ce n’est pas le but. Aussi un espace avec un accès payant se profile pour que l’accès à du contenu pouvant conduire à un exercice professionnel, avec des clés, des astuces et des renseignements liés à l’expérience, soit destiné aux personnes concernées, motivées et pas ouvert à tous aussi car cela ne concerne que les photographes qui ont vocation à se professionnaliser.

C’est un questionnement philosophique. Dans d’autres domaine, par exemple on a vu des entreprises rachetées demander aux salariés qui allaient être licenciés d’expliquer leur travail et partager leur savoir-faire aux employés d’Inde qui allaient les remplacer avec un salaire minoré. Il s’agit d’un postulat simple faire un site et l’alimenter coûte de l’argent.

Où termine la générosité et où commence l’utilisation de l’autre ?

Les choses étant ce qu’elles sont, chacun a besoin d’argent et ne pas donner son temps et ses investissements gratuitement même en étant altruiste. Le recul de l’âge pour obtenir une pension après 42 ans de travail et de cotisations fait réfléchir, ainsi que l’augmentation générale des prix. L’utilisation forcenée de la propagande, la censure des opinions, l’étiquetage des gens pour les mettre dans des cases posent questions aussi sur le fait que l’on perd l’envie d’aider certaines personnes qui arrivent à propager des attaques personnelles qui ne concernent que des idées et des opinions et ne sont pas liées à la personne telle qu’elle est avec sa liberté d’expression.

La photographie n’échappe pas à ces évolutions sociétales de voir en l’autre un concurrent compétiteur.

Il arrive un stade où l’envie de partager gratuitement se perd, l’envie simplement. C’est une question de moralité, de valeur. Par exemple en matière automobile on peut refuser de partager la connaissance d’un produit efficace qui répare provisoirement une fuite du joint de culasse, car des personnes pourraient en profiter pour camoufler une panne en revendant le véhicule.

Souvent sur internet des sites au contenu gratuit sont utilisés pour renvoyer sur des sites marchands et influencent en poussant à la consommation. En photo l’exemple du site dpreview est frappant, c’était un site communautaire très orienté matériel photo. Il a été racheté par Amazon et le contenu « matériel » s’est ultra développé. Il employait 10 personnes et il fallait donc assurer leurs salaires et générer des revenus. Une partie très intéressante était le secteur du forum où chacun échangeait ses connaissances et expériences photographiques. Au final Amazon s’est rendu compte que c’était ce secteur qui était le plus visité avec des utilisateurs relativement âgés et pas forcément en recherche du dernier appareil photo sorti et en conséquence cela généré peu de ventes. La décision fût prise de fermer le site et de licencier le personnel.

D’une manière générale on peut supposer que le contenu gratuit apportant de la plus-value va se raréfier. L’adage « si c’est gratuit, c’est toi le produit », n’est pas toujours vrai car il y a des gens qui donnent pour donner. Ce qui intéresse d’autres sites c’est de collecter des adresses mails et des données pour ensuite les revendre et proposer des services et des produits.

Ce sont souvent des personnes avec des idéaux qui partagent gratuitement sans arrières pensées mercantiles, comme par exemple dans l’univers des logiciels libres. Aussi des retraités qui ont une pension correcte et aiment faire profiter de leurs expériences.

Là où ça coince, c’est l’évolution des prix qui font qu’on le veuillent ou non que la générosité a des limites. Le temps est venu d’accepter de payer pour accéder à du contenu sur internet, c’est valable aussi pour celui qui réalise ce site qui fait des expérimentations pour et spécialement, compile du contenu qui puisse apporter de la plus value à l’existant et qui passe énormément de temps dans des recherches. Ce texte n’est pas une justification, ce sont des explications, pour répondre à la question du jusqu’où aller dans le gratuit sans faire aspirer son savoir faire à des fins non désirés.

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