Dans le rendu des couleurs ce n’est pas seulement l’appareil photo avec un, « je clique et ho magie les couleurs sont magnifiques » parce que j’utilise un Nikon D700 ou un Nikon 7100 qui étaient depuis des années sur mon étagère. Le monde de la photographie est rempli de croyances tenaces, l’une des plus répandues est celle des « couleurs magiques magnifiques » produites par certains appareils. Nikon aurait des verts parfaits, Fuji offrirait un rendu argentique fantastique, Leica serait inimitable…D’où viennent vraiment ces idées ?
L’effet d’aura : Certaines marques comme Leica ou Fuji véhiculent un imaginaire puissant et répétitif. On pense à l’élégance, à la tradition, à une certaine idée du beau. Résultat : on projette nos attentes dans les photos qu’on en tire.
JPEG vs RAW : La majorité des comparaisons en ligne se basent sur des fichiers JPEG, fortement influencés par les profils d’image intégrés au boîtier. Mais en RAW ? Ces différences s’estompent voire disparaissent complètement avec un traitement identique.
L’influence des créateurs de contenu : De nombreux youtubeurs ou influenceurs parlent de leur « rendu préféré » sans préciser qu’ils retravaillent leurs fichiers, appliquent des presets, ou modifient fortement les couleurs ou utilisent des réglages jpeg personnalisés ou en profitent pour proposer à la vente leurs presets et filtres « magiques ». Ils ont avant tout besoin de produire du contenu vidéo régulièrement, même en disant des approximations, jusqu’à dire n’importe quoi, car c’est comme cela que ces plates-formes fonctionnent, plus il y a du contenu régulier, plus il y a de rémunérations car ce sont des supports de publicités payantes pour les annonceurs.
La mémoire affective : Un appareil que l’on a aimé utiliser, avec lequel on a fait de belles photos, qui rappelle de bons souvenirs avec des moments agréables, pour lequel on avait fortement économisé car on en a rêvé des années avant de l’acheter… nous paraît toujours meilleur que d’autres. L’émotion se confond avec la réalité technique.
Ce qui influence vraiment le rendu des couleurs
Il y a un paquets d’éléments qui se combinent et interagissent ensemble …
| Facteurs | Influence |
|---|---|
| Éclairage (qualité, température) | Très forte |
| Balance des blancs | Décisive |
| Profils JPEG / Picture Styles | Très importante |
| Traitement RAW (post-prod) | Décisif |
| Capteur (type, génération) | Modérée (un peu) |
| Objectif (teinte, micro-contraste) | Subtile selon le traitement et la qualité des verres |
| Boîtier de même génération | Faible à modérée |
En clair, ce n’est pas parce qu’une photo a de belles couleurs qu’elles viennent nécessairement d’un « bon » boîtier. Ce sont l’œil, la lumière, les réglages et le traitement qui comptent avant tout.
Le cas Leica : un rendu à part ?
Le mythe du « rendu Leica » est l’un des plus solides du marché. Les objectifs Leica ont un rendu particulier (transitions douces, micro-contraste) qui influence la perception globale. Les JPEG issus de certains Leica numériques (M,Q, SL) sont assez flatteurs et généralement bien calibrés. Les photographes utilisant les Leica haut de gamme, ont payé leur matériel très cher donc ils ont tendance à l’encenser. Ils ont souvent aussi un style cohérent, affirmé, doux, dans une recherche de couleurs dites « naturelles »… ce qui donne l’impression d’une « patte Leica ». Sinon, il n’y a pas de « secret magique automatique » dans les couleurs. On peut reproduire ce type de rendu avec d’autres boîtiers, en post-traitement, si on comprend ce que l’on cherche à obtenir. Ce n’est pas le boîtier seul qui va donner du sens à une photo, ni le rendu souhaité, personnalisé tout seul, c’est le photographe.
Autre exemple les boîtiers Nikon sont réputés pour leurs JPEG sobres et équilibrés, avec des verts dits assez naturels, bien que parfois un peu désaturés, des tons chair doux, sans excès de saturation quoique certains les trouvent un peu jaune ou vert, une balance des blancs auto généralement bien ajustée. Il s’agit essentiellement d’un choix esthétique dans le moteur JPEG des boitiers. En RAW, un D7100, un D810 ou un Z6 peuvent sortir exactement le même rendu qu’un Sony ou un Canon, à condition d’appliquer un traitement équivalent. La réputation de Nikon tient surtout à son rendu « classique et maîtrisé », qui plaît aux photographes de reportage et de paysage. Pour Sony maintenant c’est la neutralité avant tout. Sony a longtemps été critiqué pour des rendus JPEG un peu froids ou trop « cliniques », surtout dans les premières générations d’Alpha. Aujourd’hui, les choses ont beaucoup évolué le rendu JPEG est plus riche, avec des profils couleur plus variés (Standard, Vivid, Portrait, etc.). Les capteurs Sony sont présents dans de nombreux boîtiers concurrents, ils offrent une base très neutre en RAW, ce qui plaît aux coloristes et aux photographes exigeants en post-production. Sony propose une base malléable, c’est parfois perçu comme un défaut…
Pourquoi ce mythe semble contre-productif
Croire qu’un boîtier va nous « donner » d’emblée sans rien faire, les deux mains dans les poches, des « belles couleurs » peut faire dépenser inutilement pour un rendu que l’on pourrait créer soi-même, détourner de l’apprentissage du traitement et de la gestion de la lumière et du soin à la prise de vue, faire croire que l’appareil est plus important que le regard et que l’intervention de celui ou celle qui fait les photos…
Ce ne sont pas les couleurs du boîtier qui comptent, c’est ce que l’on en fait. La vraie magie n’est pas dans le capteur, elle est dans la lumière, la balance à ajuster, la cohérence de son traitement. Il semble plus judicieux de faire confiance à son œil, de cultiver son propre rendu que de chercher sans cesse le boitier qui va produire de suite sans rien faire le rendu rêvé tant attendu. S’il y avait un appareil photo qui surpassent tous les autres, nous l’aurions tous et au final il ne resterait que lui. 🙂
Dans le choix du matériel ce qui influe c’est le confort d’usage en fonction du type de photos que l’on fait majoritairement, le plaisir de posséder du matériel avec lequel on se sent bien, l’expérience photographique, la praticité d’usage par exemple le poids si on veut avoir le boitier très souvent avec soi, l’esthétique, la réputation de fiabilité, l’autonomie de la batterie (ça peut compter beaucoup pour certaines personnes), le viseur (on peut ne pas vouloir une absence de viseur), des critères techniques comme une « tropicalisation » car on fait des photos sous la pluie ou dans des conditions difficiles, la gamme des optiques existantes donc le choix de la monture, des facteurs affectifs envers une marque etc etc.