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Les courants photographiques

Quels sont les principaux courants photographiques ?

Un courant photographique désigne un ensemble de pratiques, de caractéristiques et d’intentions communes partagées par plusieurs photographes, souvent à une époque donnée. Une sorte de fil rouge qui relie des façons de faire et de voir, proches. Ce n’est pas seulement une similarité de techniques, c’est une cohérence de regard, d’intention et de sens dans une pratique photographique. Un courant se reconnaît à travers une manière de regarder le réel (le documenter, le transformer, le questionner…), des choix esthétiques récurrents (lumière, cadrage, distance, couleur…), et surtout une intention commune, une façon de donner du sens aux photos. Deux photographes peuvent utiliser des outils et des styles différents, et pourtant appartenir au même courant.

Les principaux courants photographiques sont le pictorialisme, la photographie pure, le modernisme photographique, la photographie documentaire, la photographie humaniste, la photographie conceptuelle et la nouvelle topographie. Ces mouvements ont marqué l’évolution de la photographie en tant que langage artistique.

CourantPériodeIdée principale
Pictorialisme1880–1915photographie inspirée de la peinture
Photographie pure1910–1930Photo nette assumant la nature du médium
Modernisme1920–1940exploration graphique et visuelle
Photographie documentaireannées 1930témoignage social
Photographie humaniste1945–1960regard empathique sur la vie quotidienne
Photographie conceptuelleannées 1970la photo au service d’une idée
  • Le pictorialisme : courant qui a émergé à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, qui cherchait à donner à la photographie un aspect pictural et artistique semblable à la peinture.
  • Le modernisme : courant qui a surgi dans les années 1920, qui se caractérise par l’utilisation de techniques innovantes et une nouvelle vision de la photographie comme moyen d’expression artistique.
  • Le documentaire : courant qui s’est développé dans les années 1930, qui a pour objectif de documenter la réalité et de témoigner de situations sociales, politiques ou économiques. La photographie documentaire se concentre sur l’objectivité et l’exactitude de la représentation visuelle de la réalité. Elle cherche à représenter des événements, des lieux et des personnes d’une manière qui reflète le plus fidèlement possible la réalité. La photographie documentaire est souvent utilisée pour soutenir l’histoire, la géographie et d’autres domaines de la connaissance.
  • L’expressionnisme : courant artistique qui s’est développé au début du XXe siècle, qui se caractérise par une expression subjective et émotionnelle.
  • Le réalisme social : courant qui a émergé dans les années 1930, qui vise à documenter les conditions de vie des personnes les plus défavorisées de la société.
  • La photographie de mode : courant qui est apparu dans les années 1950, qui utilise la photographie pour mettre en valeur les vêtements et les accessoires de mode.
  • La photographie de rue : courant qui s’est développé dans les années 1950, qui consiste à photographier des scènes et des situations de la vie urbaine. La photographie de rue se concentre sur la capture de moments spontanés et de compositions créatives dans les rues, les places et les autres lieux publics. Elle explore l’identité d’une ville, sa culture et les gens qui y habitent.
  • Le photojournalisme : courant qui vise à raconter des histoires et à documenter des événements ou situations de manière journalistique.
  • La photographie conceptuelle : courant qui utilise la photographie comme moyen d’expression artistique pour transmettre des idées ou des concepts abstraits. La photographie conceptuelle se concentre sur des idées et des concepts en utilisant des techniques telles que la juxtaposition, la manipulation numérique et l’exagération graphique. Elle vise à transmettre un message ou une idée spécifique à travers la photographie.
  • La photographie numérique : courant qui s’est développé avec les avancées technologiques de la photographie numérique, qui permet l’utilisation de nouveaux outils et techniques pour créer des images allant jusqu’au « digital art ».
  • La photographie de reportage est un type de photographie documentaire qui se concentre sur les événements en direct tels que les manifestations, les célébrations ou les catastrophes naturelles. Les photos de reportage tentent de transmettre une histoire en temps réel, fournir une représentation fidèle, authentique et impartiale d’un événement particulier.

Pour donner du sens à la photographie, il y a la prise en compte de divers éléments tels qu’un message, une émotion ou une histoire que le photographe veut transmettre. Les éléments tels que la composition, la couleur, la lumière sont importants pour donner un impact visuel. La photo peut parler pour elle-même, communiquer une idée ou une histoire spécifique et avoir un impact émotionnel sur le spectateur.

En photographie, on distingue souvent trois types de catégories : les courants artistiques, les approches photographiques et les genres. Les courants artistiques : Ce sont des mouvements historiques qui partagent une vision esthétique commune. Exemples : pictorialisme, modernisme, nouvelle topographie. Les approches photographiques : Ce sont des manières de photographier. Exemples : photographie documentaire, photographie humaniste. Les genres photographiques : Ils correspondent au type de sujet photographié. Exemples : photographie de rue, paysage, portrait. Dans la pratique, ces catégories se mélangent souvent.

CourantPériodeIdée principale
Pictorialisme1880-1915Photographie proche de la peinture
Photographie pure et Modernisme1920-1940Photographie assumée comme médium en tant que tel
Documentaire1930Témoigner de la réalité vécue
Photographie de rue1950Saisir la vie quotidienne
PhotojournalismeXXe siècleInformer et raconter l’actualité
Photographie conceptuelleannées 1970La photographie au service de l’idée

Depuis son invention au XIXe siècle, la photographie a connu de nombreux courants artistiques et documentaires. Certains sont nés d’une recherche esthétique, d’autres d’un besoin de témoigner du réel et aussi d’explorer de nouvelles idées visuelles.

Le pictorialisme (1880-1915)

Le pictorialisme est l’un des premiers mouvements artistiques de la photographie. À la fin du XIXe siècle, de nombreux photographes souhaitent faire reconnaître la photographie comme un art à part entière, au même titre que la peinture. Ils cherchent à produire des photos qui ressemblent à des tableaux car c’est une référence de cette époque. Ainsi arrive le flou artistique, les tirages manipulés avec masquages, les procédés alternatifs (gomme bichromatée, charbon, etc.), les atmosphères poétiques. Photographes associés à ce courant, Alfred Stieglitz, Edward Steichen.

La Photo-Sécession (1902)

La Photo-Sécession est importante historiquement, mais ce n’est pas un courant autonome très long. Fondée en 1902 par Alfred Stieglitz à New York, la Photo-Sécession est un groupe de photographes qui défendent l’idée que la photographie peut être un art à part entière. Inspirés par le pictorialisme, ses membres utilisent des procédés de tirage sophistiqués et des interventions manuelles pour donner à leurs photos une dimension artistique. La revue Camera Work et la galerie “291” deviennent des lieux importants pour promouvoir la photographie comme art. Bien que la Photo-Sécession soit encore très proche du pictorialisme et donc de la peinture, elle joue un rôle décisif dans la reconnaissance artistique de la photographie au début du XXe siècle. La véritable rupture avec la peinture viendra surtout avec la Straight Photography et le modernisme photographique. Photographes associés : Alfred Stieglitz, Edward Steichen, Gertrude Käsebier, Alvin Langdon Coburn.

La photographie pure – Straight Photography (années 1910–1930)

Au début du XXe siècle, certains photographes rejettent le pictorialisme qu’ils jugent encore trop proche de la peinture. Ils défendent une photographie assumant pleinement ses qualités propres : netteté, précision du détail, richesse des textures et des contrastes. La photographie n’a plus besoin d’imiter les beaux-arts pour être légitime. Elle devient un langage visuel autonome, capable d’exprimer la modernité du monde. Photographes associés : Paul Strand, Edward Weston, Ansel Adams.

Le modernisme photographique (années 1920–1940)

La photographie pure est une position esthétique précise, alors que le modernisme est un ensemble d’expérimentations visuelles plus vaste. Au début du XXe siècle, certains photographes rompent complétement avec le pictorialisme. Ils affirment que la photographie doit exploiter ses qualités propres : la netteté, la précision du détail, le contraste et la richesse des textures. Cette 1ère approche, appelée photographie pure, marque un tournant important. Dans les années 1920, cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large : le modernisme photographique. Les photographes explorent alors de nouvelles formes visuelles : compositions géométriques, jeux d’ombres et de lumière, cadrages audacieux, plongées et contre-plongées. La photographie devient un langage visuel moderne capable d’interpréter le monde contemporain. Le modernisme photographique est aussi lié à deux grands contextes artistiques : Bauhaus (Moholy-Nagy), avant-gardes européennes (constructivisme, abstraction) et à la Nouvelle Vision. Les photos deviennent parfois presque abstraites, très graphiques, structurées. Photographes associés László Moholy-Nagy, Paul Strand, Edward Weston.

Le cas du groupe f/64, ne semble pas un “courant” au sens large, comme la photographie humaniste ou documentaire par exemple. C’est plutôt un mouvement très ciblé, quasi un manifeste esthétique et technique. Le Groupe f/64, autour de Ansel Adams, Edward Weston, Imogen Cunningha est très actif au début des années 1930 en Californie. Leur démarche est très spécifique avec un refus du flou artistique du pictorialisme, la recherche de pureté, netteté, précision extrême, utilisation de chambres grand format, petite ouverture à f/64 pour une profondeur de champ maximale. Leur idée est de montrer le réel avec une clarté absolue, sans effet ni interprétation “peintre”. L’action de ce groupe a été très courte dans le temps (quelques années) c’est très localisée (Californie) avec une approche basée sur la technique dans sa définition qui ne couvre pas une grande diversité d’approches. Ils se polarisaient principalement sur les paysages et les natures mortes. Pour eux le sujet importe moins que l’approche. Ce qui définit f/64, c’est l’absence d’effets picturaux avec une netteté maximale et la précision des formes. Le groupe f/64 adopte une posture volontairement rigoureuse, presque systématique, non pas par rigidité, mais pour affirmer une vision : celle d’une photographie pure, directe, débarrassée des artifices. À f/64, la diffraction existait, mais dans le contexte du grand format argentique, elle restait atténuée et secondaire face au but recherché qui est une photo entièrement nette, cohérente et lisible, du premier plan à l’arrière-plan. En fermant fortement le diaphragme, les photographes du groupe f/64 acceptaient une légère perte de micro-contraste liée à la diffraction, compensée par une profondeur de champ maximale et un travail précis du contraste au tirage, aboutissant à une photo d’une grande cohérence visuelle. En fait on peut dire que le groupe f/64 est un mouvement radical, situé à l’intérieur d’un courant plus large : la photographie moderne / straight photography.

La photographie documentaire (années 1930)

Le photographe documentaire cherche à témoigner du réel tel qu’il le perçoit. Ce courant photographique se développe particulièrement pendant la Grande Dépression aux États-Unis, lorsque des photographes sont missionnés pour documenter les conditions de vie des populations. Les objectifs sont de témoigner de l’époque, montrer les réalités sociales, produire une mémoire visuelle. Photographes associés Dorothea Lange, Walker Evans.

Proche de la photographie documentaire, le réalisme social vise à dénoncer des injustices sociales. Les photographies deviennent parfois des outils de réforme sociale. Par exemple en montrant le travail des enfants, la pauvreté, les conditions de travail. Photographe emblématique Lewis Hine.

La photographie humaniste

La photographie humaniste apparaît après la Seconde Guerre mondiale, principalement en Europe. Elle met l’accent sur la dignité humaine, les scènes de la vie quotidienne, les moments simples mais significatifs. Ce courant accorde une grande importance à l’émotion et à l’observation de la vie ordinaire en mettant une touche d’humanité bienveillante dans le regard posé.

La photographie de rue

La photographie de rue consiste à se polariser sur des instants de la vie quotidienne dans l’espace public avec des objectifs multiples à la fois documentaire, esthétique, social. Elle privilégie les moments spontanés, les scènes urbaines, les interactions humaines, les compositions inattendues. Photographes associés Henri Cartier-Bresson, William Klein,Garry Winogrand.

Le photojournalisme

Il est différent dans le sens où le but est de à raconter un fait d’actualité en photo. Il se distingue du documentaire par son lien direct avec l’information et la presse. Les photos sont destinées à informer, témoigner d’événements, marquer l’histoire même. Photographes associés Robert Capa, James Nachtwey.

La photographie conceptuelle

Il s’agit de mettre l’accent sur l’idée plutôt que sur la représentation du réel. La photo est un support pour exprimer une réflexion, un concept, une esthétique, une critique sociale ou culturelle. Les photos peuvent être mises en scène et très construites. Photographes associés Cindy Sherman, Jeff Wall.

La nouvelle topographie

Apparu dans les années 1970 aux États-Unis, ce courant s’intéresse aux paysages transformés par l’activité humaine. Les photographes documentent les zones périurbaines, les lotissements, les zones industrielles, ce qui est nommé urbex, les paysages banals. Le style est volontairement neutre et plutôt descriptif. Ce courant a profondément influencé la photographie contemporaine de paysage.

La photographie vernaculaire

La photographie vernaculaire désigne les photographies réalisées en dehors du monde artistique ou professionnel. Il peut s’agir par exemple de photos de famille, des photos souvenir, de photographies amateurs, des archives personnelles non faites au départ avec un usage défini ou une intention claire déclarée. Ces photos avec le temps qui passe ont souvent une valeur culturelle ou historique importante.

Les nouvelles pratiques numériques

Ont ouvert un large champs d’expression. Les photographes peuvent désormais combiner photographie, manipulation numérique, illustration, montage complexe, images générées par l’IA. Cela ouvre la voie au digital art, à la photographie hybride (par exemple argentique + numérique combinés) et à des créations visuelles expérimentales.

La photographie plasticienne

Dans la photographie plasticienne, l’image est considérée comme un matériau artistique. Les artistes peuvent manipuler les images, superposer plusieurs photographies, intervenir fortement directement sur les tirages. Cette approche conforte la photographie comme éléments des arts plastiques et des arts visuels.

La photographie expérimentale

La photographie expérimentale explore les limites du médium. Elle peut inclure des procédés chimiques inhabituels en argentique, des altérations du film ou du tirage, des techniques alternatives. Ce courant ne cherche pas à faire du beau pour faire du beau. Il peut s’inscrire dans une démarche de processus. Ce courant valorise la recherche visuelle et les résultats qui peuvent être imprévus au départ.

Donner du sens à une pratique photographique

Au-delà des courants, une photographie prend son sens grâce à plusieurs éléments, l’intention du photographe, le message ou l’émotion transmise, la composition, la lumière, la couleur ou le noir et blanc. Une photographie peut simplement saisir un moment, elle peut aussi raconter une histoire, évoquer une émotion, révéler une vision personnelle, travailler une esthétique.

Trouver son propre style photographique

Comprendre les différents courants photographiques peut permettre de mieux situer sa propre pratique. Chaque photographe peut s’inspirer de plusieurs approches et même les pratiquer sans forcément en avoir très conscience, documentaire, artistique, expressive, expérimentale, narrative, humaniste.

Avec le temps, ces influences peuvent se combiner pour former un style personnel. La photographie devient alors un moyen d’exprimer une sensibilité ou sa manière particulière de regarder la réalité.

Résumé
PériodeCourant photographiqueCaractéristiques principales
Fin XIXe sièclePictorialismePhotographie inspirée de la peinture, flou artistique et tirages travaillés
Années 1920Photographie pure et ModernismeNetteté, formes géométriques, exploration visuelle
Années 1930Photographie documentaireTémoignage du réel et des transformations sociales
Années 1930Réalisme socialPhotographie engagée montrant les conditions de vie
Années 1950Photographie humanisteVie quotidienne, regard empathique sur l’humain
Années 1950Photographie de rueMoments spontanés dans l’espace public
Années 1970Nouvelle TopographiePaysages ordinaires transformés par l’homme
Années 1970Photographie conceptuelleImage utilisée pour exprimer une idée
Années 2000Photographie numérique et digital artManipulation et hybridation des images

Tableau récapitulatif des courants photographiques

CourantObjectif principalType de photographie
PictorialismeS’inspirer de la peintureArtistique
Photographie pure et ModernismeExplorer les possibilités propres et spécifiques de la photographieArtistique
DocumentaireTémoigner du réel vécuDocumentaire
Réalisme socialMontrer les injustices socialesDocumentaire
Photographie humanisteMettre en valeur la vie quotidienne et les relations humainesDocumentaire humaniste
Photographie de rueSaisir des instants spontanés dans l’espace publicDocumentaire
PhotojournalismeInformer et raconter l’actualitéJournalistique
Photographie conceptuelleExprimer une idée ou un conceptArtistique, expressif
Photographie vernaculaireImages du quotidien réalisées par des amateursCulturelle et sociale

Courants artistiques, approches photographiques et les genres.

Ces trois notions sont souvent mélangées alors qu’elles ne parlent pas de la même chose au niveau de la photographie. On peut les imaginer comme trois couches différentes : le contexte historique et artistique → les courants ; la manière de photographier → les approches ; le sujet photographié → les genres.

Ce n’est pas simple car une photo peut combiner les trois.

Exemple : Une photo de rue ; courant : humanisme : genre : rue ; approche : humaniste

Résumé simplifié

catégoriequestionexemple
courant artistiquedans quel mouvement historique je me place ?humanisme
approche photographiquecomment je regarde ?documentaire
genrequ’est ce que je photographie ? portrait
photographecourantapprochegenre
Henri Cartier-Bressonhumanistedocumentairerue
Martin Parrdocumentaire contemporaincritique socialerue
Harry Gruyaertphotographie couleur modernesensoriellerue / paysage/ urbain

C’est assez ouvert on pourrait en ajouter d’autres …

ApprochePrincipeCe que cherche le photographePhotographes associés
DocumentaireObserver et montrer le réeltémoigner d’une situation ou d’un lieuWalker Evans, Robert Frank
HumanisteMontrer l’humanité dans le quotidienrévéler la dignité et l’émotionHenri Cartier-Bresson, Robert Doisneau
VernaculairePhotographier le banal et l’ordinairerévéler l’étrangeté du quotidienStephen Shore
ConceptuelleL’idée prime sur l’imageillustrer une réflexion ou un conceptCindy Sherman
PlasticienneManipuler la matière photographiquetransformer la photo en objet artistiqueMan Ray
NarrativeConstruire une histoire en imagesraconter une fiction ou une scèneGregory Crewdson
IntrospectiveExplorer son monde intérieurexprimer une sensibilité personnelleFrancesca Woodman
PoétiqueChercher la suggestion et l’émotionprovoquer un sentiment subtilSally Mann
ChromatiqueTravailler la couleur comme sujetexplorer la sensation visuelleHarry Gruyaert
TypologiquePhotographier des séries comparativesrévéler des structures visuellesBernd Becher et Hilla Becher
MinimalisteSimplifier au maximum l’imageisoler formes et lignesMichael Kenna
Critique socialeObserver la société avec distancerévéler les contradictions socialesMartin Parr

Combinaisons possibles.

Combinaisonrésultat
documentaire + vernaculaireobservation du quotidien banal
humaniste + poétiquescènes sensibles et universelles
documentaire + critique socialeregard sur les dérives d’une société
introspective + poétiquephotographie très personnelle

L’évolution de la photographie à travers ses grandes questions

1880 – La photographie peut-elle être un art ?

Les photographes cherchent à faire reconnaître la photographie comme une pratique artistique. Ils s’inspirent de la peinture et travaillent leurs images pour leur donner un aspect pictural. Courant associé : pictorialisme. Photographes : Alfred Stieglitz, Edward Steichen.

1920 – La photographie doit-elle imiter la peinture ?

Certains photographes rejettent le pictorialisme et affirment que la photographie possède ses propres qualités : netteté, précision, structure, lumière. Courants associés : photographie pure, modernisme. Photographes : Paul Strand, Edward Weston, László Moholy-Nagy.

1930 – La photographie peut-elle témoigner du monde ?

La photographie devient un outil pour documenter les réalités sociales et les transformations de la société. Courant associé : photographie documentaire. Photographes : Dorothea Lange, Walker Evans, Lewis Hine.

1950 – La photographie peut-elle révéler l’humanité du quotidien ?

Les photographes s’intéressent aux gestes simples de la vie, aux moments ordinaires, à l’émotion humaine. Courant associé : photographie humaniste. Photographes : Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Willy Ronis.

1970 – La photographie peut-elle exprimer une idée ?

La photographie devient un support artistique pour exprimer des concepts, des réflexions ou une vision personnelle. Courant associé : photographie conceptuelle. Photographes : Cindy Sherman, Jeff Wall.

1975 – Que révèle le paysage transformé par l’homme ?

Certains photographes observent les paysages ordinaires et les transformations du territoire par l’activité humaine. Courant associé : New Topographics. Photographes : Robert Adams, Lewis Baltz, Bernd et Hilla Becher.

Aujourd’hui – La photographie peut-elle devenir tout cela à la fois ?

La photographie contemporaine explore toutes les directions : documentaire, artistique, expérimentale, numérique, hybride. Les frontières entre photographie, art et image numérique deviennent de plus en plus ouvertes.

Courants, écoles, styles et genres en photographie

Lorsqu’on parle de photographie, plusieurs termes sont souvent utilisés : mouvement artistique, école photographique, style ou genre. Ces notions sont parfois confondues, alors qu’elles désignent des réalités différentes.

Les mouvements ou courants photographiques

Un mouvement artistique correspond à un groupe d’artistes partageant une vision esthétique ou philosophique commune à une période donnée. Les photographes développent des pratiques similaires et contribuent à une évolution du langage photographique, cela donne un courant photographique. Exemples : Le Pictorialisme (fin du XIXe siècle), Straight Photography ou photographie pure, New Topographics, Ces mouvements apparaissent souvent dans un contexte artistique plus large.

Les écoles photographiques

Une école désigne plutôt un groupe d’artistes formés dans un même lieu, autour d’un professeur, d’une institution ou d’une approche commune. Exemples : École de Düsseldorf (Bernd et Hilla Becher, Andreas Gursky, Thomas Struth), Bauhaus (László Moholy-Nagy). Une école transmet souvent une méthode ou une vision du médium.

Les styles photographiques

Le style correspond à une manière particulière de produire des photos. Il peut être propre à un photographe ou partagé par plusieurs artistes. Exemples : style minimaliste, style documentaire, style pictural, style graphique. Le style est souvent plus personnel et moins lié à une époque précise.

Les genres photographiques

Les genres photographiques sont liés au type de sujet photographié. Exemples : portrait, paysage, photographie de rue, photographie animalière, photographie de mode. Contrairement aux mouvements artistiques, les genres existent depuis très longtemps et traversent différentes périodes de l’histoire de la photographie.

Comprendre ces différences permet de mieux situer une photographie : une photo peut appartenir à un genre (portrait), s’inscrire dans une approche (documentaire), adopter un style particulier, tout en étant influencée par un courant artistique. Ces catégories ne sont pas des cases rigides. Elles servent surtout à comprendre l’évolution du regard photographique.

Identifier sa propre approche

Il est intéressant d’identifier sa propre approche quand on pratique depuis un moment. On fait son propre diagnostic, cela peut donner quelque chose de personnalisé comme ça :

approchepourquoi
documentaire d’auteurobservation du réel
vernaculaireintérêt pour les lieux ordinaires
poétiquerecherche d’un moment d’évidence
introspectivelien avec un état intérieur
contemplativephotographie lente et méditative

Identifier son approche photographique n’est pas une étiquette à coller sur soi-même.
C’est plutôt un outil de compréhension de sa propre pratique. Pour beaucoup de photographes, cela peut même provoquer petit déclic. 🙂

Beaucoup de photographes disent « Je ne sais pas trop ce que je fais… je photographie ce qui me plaît. » Lorsque l’on analyse leurs photos, on voit souvent une logique profonde.

Cela peut donner une direction. Quand on ne sait pas quelle est son approche, on peut avoir l’impression de photographier un peu tout, de manquer de cohérence, de se disperser. Identifier une approche agit comme une boussole. Sa photographie devient alors plus consciente.

Le style visuel ne vient pas que de la technique. Le style est une conséquence de son approche, pas une décision.

Par exemple

approchestyle visuel fréquent
humanistegestes, regards, proximité
vernaculairebanalité assumée
minimalistepeu d’éléments
poétiqueatmosphère et silence

Beaucoup de photographes pensent qu’ils devraient faire du spectaculaire, du très esthétique, du grand paysage. Leur sensibilité peut être complétement ailleurs. Par exemple certains photographient les choses modestes, d’autres les traces du temps, d’autres les couleurs du quotidien. Identifier son approche aide à comprendre « Ah… c’est pour ça en fait que je photographie ça. »

Toutefois une approche est une tendance, pas une limite. Un photographe peut naviguer entre plusieurs approches, c’est même très courant. Le but n’est pas de s’enfermer dans une cage avec une étiquette collée à sa pratique.

Beaucoup de photographes ne trouvent leur approche qu’après des années. Ils regardent leurs photos et réalisent « En fait… je photographie toujours la même chose. », pas le même sujet mais la même question, typiquement pour illustrer Martin Parr, il a fait toujours pareil en fait et on en est venu à dire « ça c’est du Martin Parr ».

Les photographes qui marquent ne travaillent presque jamais dans un genre photographique pur. Par exemple Stephen Shore → paysage + vernaculaire + documentaire. William Eggleston → objets + paysage + banalité quotidienne. Raymond Depardon → paysage + documentaire + portrait. Ce mélange crée une singularité.

Ce qui guide un photographe est souvent une obsession visuelle, une question, une sensibilité.

moteurce que cela produit
fascination pour les traces du tempsobjets, paysages, lieux
intérêt pour les gensportraits, rue
sensibilité à la lumièrepaysages, détails
curiosité socialedocumentaire

Au final on ne photographie pas un genre, on photographie ce qui nous touche. Au fond, la question n’est pas forcément “À quel courant j’appartiens ?”. Plutôt “Qu’est-ce que j’essaie de dire, et comment je le ressens ?”. En restant attentif à cette question sa pratique peut gagner en cohérence.

Photographier un sujetPhotographier une idée
on part de ce que l’on voiton part de ce que l’on ressent ou pense
la photo montre quelque chosela photo évoque quelque chose
le sujet est centralle sens est central
approche descriptiveapproche expressive

Aujourd’hui, le paradigme photographique dominant n’est plus vraiment un mouvement artistique clairement identifié, comme le pictorialisme ou le modernisme. Ce qui domine largement la photographie contemporaine, c’est ce que beaucoup d’historiens appellent :

La photographie d’auteur

Ce n’est pas un mouvement au sens classique, plutôt une manière de pratiquer la photographie. La photographie d’auteur repose sur l’idée que le photographe développe une vision personnelle. La photo n’est plus seulement un document ou une illustration, elle devient l’expression d’un regard singulier. Le travail se construit souvent sous forme de séries cohérentes, avec une intention artistique ou narrative. Importance du regard personnel, travail souvent organisé en projets ou séries, mélange possible de plusieurs influences, liberté vis-à-vis des styles ou des règles. La photographie d’auteur peut emprunter à différents courants : documentaire, street photography, photographie conceptuelle, photographie plasticienne. Elle ne se limite pas à un style unique. Depuis les années 1980–1990, le monde de la photographie artistique valorise de plus en plus la singularité du regard plutôt que l’appartenance à un mouvement. Dans les galeries, les livres photo et les festivals, on parle surtout de démarche, de projet, de vision d’auteur. Chaque photographe développe sa propre écriture visuelle. Quelques photographes associés : Raymond Depardon, Nan Goldin, Alec Soth, Stephen Shore, Josef Koudelka.

L’histoire de la photographie ne s’arrête pas aux mouvements historiques. Aujourd’hui, la photographie fonctionne plutôt comme un territoire ouvert, où chaque photographe peut construire sa propre approche en s’inspirant de plusieurs traditions. La photographie d’auteur contemporaine apparaît progressivement à partir des années 1970–1980 et devient dominante dans les années 1990 avec les écoles d’art, l’essor du livre photo, les festivals (Arles, etc.), les galeries. Avant, les photographes appartenaient souvent à un mouvement identifiable. Aujourd’hui, ce fonctionnement a presque disparu. Les photographes développent plutôt une démarche personnelle, un projet photographique, une écriture visuelle propre. On parle davantage de photographe auteur que de membre d’un mouvement spécifique.


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