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Vaincre son perfectionnisme

En posant une intention claire, en faisant une série photo en lo-fi, au choix soit en argentique, soit avec un ancien appareil photo numérique simple avec peu de pixels. Pratiquer ainsi de manière intuitive sans enjeu, sans performance, sans résultat parfait attendu. Simplement pour voir ce qui sort quand on lâche le contrôle et en se désengageant de la technique.

Le cadre et la composition

En mode décontracté avec un seul appareil photo, un argentique récupéré, un boîtier cabossé, un compact oublié, un jetable chiné, un vieux numérique lent. Une seule focale avec ce qu’il a dessus ou un zoom qui traîne. Des balades, avec le cadrage qui n’est pas là pour contraindre, seulement pour empêcher le perfectionnisme de négocier. Ecouter son envie, photographier ce qui attire, sans trop réfléchir ou même sans réfléchir du tout, le regard, rien que le regard, dans une posture du voir. Composer comme on le sent.

La posture

On ne cherche pas une bonne photo, on ne cherche pas à faire de la belle photo. On regarde et on agit. Si c’est flou, bancal, mal exposé, imparfait, ça n’a aucune importance. Si on doute, on déclenche quand même. On est dans une pratique sensorielle, pas intellectuelle.

On se lance dans une série intuitive, on se lâche sur les photos isolées. La cohérence est déjà présente, celle du boîtier, du contexte, de son intention bien posée, de son état intérieur. Même si chaque photo semble “faible”, l’ensemble dira quelque chose. Le lo-fi protège du perfectionnisme, il dit « tu n’as pas besoin d’être brillant pour être sincère. ».

Une intention claire est une boussole. Quand on est bloqué, stagnant ou découragé, le vrai problème n’est pas le niveau technique, c’est l’absence d’une direction intérieure et peut être un engagement hésitant, un je n’ose pas. Ici, l’intention est limpide = se polariser sur l’expérience photographique, pas sur la perfection d’un résultat attendu.

Cela fait deux choses importantes, ça désamorce l’auto-jugement sévère, ça redonne un sens immédiat à l’acte de photographier. On ne cherche pas à réussir, on vit une expérience.

L’imperfection est attendue comme renversement psychologique. On ne tolère pas l’imperfection, on l’attend, on la veut. Psychologiquement, c’est un renversement très fort. Le cerveau n’anticipe plus l’échec, il n’anticipe plus la comparaison, il n’anticipe plus la déception. L’imperfection est un résultat validé, souhaité. On part avec de la fluidité, aucune tension dans le faire, de l’élan.

Faire une série lo-fi, intuitive, sans enjeu, va prouver que l’on peut produire sans se violenter, montrer qu’on peut avancer sans être sûr, réinstaller une relation plus douce à sa pratique dans une photographie réparatrice, pas spectaculaire, profondément structurante. Il s’agit de restaurer quelque chose de fondamental, le désir et le plaisir de photographier. Quand le désir revient, le reste suit.

Sortir de la stagnation

Il peut arriver un moment où photographier devient lourd. Non par manque de technique, mais par excès d’attente : attente de bonnes photos tout le temps, d’un résultat cohérent, d’une progression visible. Le perfectionnisme, souvent déguisé en exigence, finit par devenir paralysant. À force de vouloir faire mieux, on en arrive à ne faire plus rien. Réaliser volontairement une série lo-fi, en argentique ou avec un ancien appareil numérique, sans enjeu de résultat, permet de se recentrer sur l’expérience photographique plutôt que sur la perfection attendue. Photographier comme on respire.

À un certain niveau de pratique, chaque photo devient implicitement une évaluation « est-ce que c’est assez fort ?« , « est-ce que c’est cohérent avec ce que je fais ?« . Ces pensées transforme l’acte photographique en examen permanent. Le regard peut se tendre, se durcir, le plaisir peut disparaître.

La clé ici n’est pas de “faire moins bien”, elle est de de changer radicalement l’intention habituelle. Le but n’est plus de produire une « bonne photo », c’est de produire de l’expressif. On ne photographie pas pour réussir, on photographie pour être présent au moment, pour ressentir, le résultat devient secondaire, il sera même peut-être du hasard heureux.

ici l’échec n’existe pas, la déception n’a aucun pouvoir, le geste est libéré, l’imperfection est le résultat.

Pour la série qui sortira de cette expérience, on verra après.