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Se lancer dans une série

La série photographique : un tremplin pour se démarquer ? Réaliser une série photographique est une étape pour les photographes désirant aller au-delà de l’image isolée qui souhaitent donner une cohérence à leur travail. Cet exercice est un moyen de structurer sa pratique et aussi une opportunité d’affirmer sa personnalité pour se distinguer dans un univers photographique assez saturé. Entreprendre une série photographique, en explorant les dimensions artistiques et pédagogiques peut être une source de motivation.

Pourquoi réaliser une série Photographique ?
  • Construire une identité : Une série permet de développer une thématique avec une esthétique qui reflète sa propre vision du monde. Plutôt que de produire des photographies isolées, pouvant souvent être perçues comme anecdotiques, une série donne de la profondeur à sa démarche.
  • Apporter de la cohérence : Les photos individuelles peuvent être fortes, mais une série réussie raconte une histoire, développe un concept avec une logique interne. Elle crée un fil conducteur qui guide le spectateur et donne à voir une vision d’ensemble plus puissante avec possiblement plus de sens.
  • Dépasser la dispersion : Réaliser une série pousse à travailler de manière plus disciplinée et de canaliser une tendance à être dans une recherche permanente. Cela évite la tentation de passer d’un sujet à un autre sans approfondir. Cela apprend à structurer une réflexion et un processus créatif.
  • Attirer l’attention de professionnels : Les portfolios et expositions sont souvent construites autour de séries et d’un fil conducteur. Les galeristes et éditeurs recherchent des travaux cohérents, capables de captiver l’attention sur la durée et d’illustrer une vision personnelle significative.
Les bénéfices pédagogiques d’une série photographique
  • Apprentissage par la répétition : Travailler sur une série impose une exploration approfondie d’un sujet ou d’une thématique. Cela permet d’expérimenter et d’approfondir sa pratique en utilisant différents angles d’approche, des compositions variées, un traitement spécifique, ce qui affine sa maîtrise technique et son regard artistique.
  • Renforcer le discours : Une série invite à réfléchir à ce que l’on souhaite exprimer. Quel est le message ? Quelle émotion veut-on provoquer ? Cette approche aide à formuler une intention claire et à donner du sens à son travail.
  • Encourager l’auto-évaluation : En confrontant plusieurs photos d’une même thématique, on devient plus critique vis-à-vis de sa production, en forçant à faire un choix. Quelles photos fonctionnent ensemble ? Lesquelles affaiblissent la cohérence de l’ensemble et ne sont pas à retenir ?
  • Élargir son champ d’exploration : Une série peut être un laboratoire d’idées. On peut tester des techniques (argentique, collage) ou approfondir un thème qui nous pousse à sortir de notre zone de confort.
Les dimensions artistiques de la série
  • Le thème : Choisir un sujet qui nous touche personnellement est primordial. Cela peut être une expérience intime (la solitude, la mémoire), une question sociétale (l’écologie, les inégalités), ou encore un concept abstrait (le temps, l’ombre, le banal). Cela permet de pouvoir s’exprimer sur des sujets qui nous tiennent à coeur à travers un autre moyen de s’exprimer que le verbal, une façon subtile de diffuser un message avec un rôle cathartique. Pour débuter ne pas partir sur une thématique complexe demandant un fort budget quand on ne l’a pas, rester pragmatique dans ce qui est possiblement réalisable. Par exemple avoir l’ambition d’apporter une vision personnelle sur les girafes en programmant une tournée des réserves animalières en Afrique sans être équipé pour la photo animalière et sans moyens financiers. S’orienter plutôt sur la même thématique sur le comment réaliser ce projet d’abord localement à travers par exemple des sculptures, des représentations, la visite d’un zoo etc.
  • La cohérence visuelle : Une série peut être liée par une palette de couleurs, une technique (noir et blanc, flou), un format (carré, panoramique), un style de composition, sa façon particulière dans le faire.
  • La narration : Certaines séries racontent une histoire avec un début, un milieu et une fin, tandis que d’autres adoptent une approche plus fragmentée, laissant au spectateur le soin de reconstituer le récit dans une libre interprétation en trouvant dans la série ce que son imagination a envie d’y trouver.
Une méthode pour réaliser une série photographique
  • Pratique délibérée et intuitive : Le processus de création d’une série combine souvent deux approches : la pratique délibérée, où chaque étape est planifiée et structurée, et une approche intuitive, laissant place à l’improvisation et à l’instinct. Par exemple, on peut commencer par définir un thème et un style, puis se laisser surprendre en chemin par les opportunités inattendues rencontrées sur le terrain au fur et à mesure de la progression de la réalisation.
  • Niveau de maturité : Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’est pas nécessaire d’être un photographe chevronné pour se lancer dans une série. Les débutants peuvent apprendre en cours de route et découvrir leur propre vision à travers cette réalisation qui devient alors comme un exercice. Cependant, une certaine curiosité et une forte volonté d’expérimentation sont indispensables.
  • S’inspirer sans copier : S’inspirer de « grands » photographes est utile pour comprendre les dynamiques d’une série, toutefois l’essentiel est de garder sa propre spécificité. Rechercher des éléments qui résonnent avec sa propre expérience ou son environnement permettra de faire émerger sa propre spécificité.
  • Illustrer son propre ècosystème : Son quotidien, sa ville, son cercle social peut devenir une source de création unique. Par exemple, explorer les objets de sa maison et de son environnement proche, les paysages de sa région sous un angle nouveau. C’est dans cet ancrage très personnel que naît souvent l’authenticité d’une série.
  • Révision et finalisation : Prendre du recul une fois la série photographiée. Quelles photos racontent le mieux l’histoire ou expriment le mieux mon idée de départ ? Affiner la sélection pour éviter les redondances ou des divagations, mettre en avant les photos les plus fortes au niveau de l’expression sans se laisser influencer uniquement sur un aspect esthétique qui pourrait ne pas servir la cohérence d’ensemble.
Gérer la motivation et le défi
  • Garder la motivation : La réalisation d’une série demande de la constance. Se rappeler son intention initiale et les raisons qui ont poussé à entreprendre ce projet. Prendre du plaisir à chaque étape et célébrer chaque réussite.
  • Ne pas être top sévère envers soi-même : La perfection est un mythe. Accepter que chaque photo ne soit pas parfaite et voir les erreurs comme des opportunités d’apprentissage.
  • Faire des pauses : Prendre du recul si l’on ressent de la frustration ou de l’épuisement. Les pauses permettent de retrouver de l’énergie, de porter un regard neuf sur son travail en le laissant reposer.
  • Recevoir les échecs comme des étapes de progression : Chaque projet comporte des défis et des difficultés. Si une idée ne fonctionne pas comme prévu, s’adapter et s’ouvrir à explorer d’autres pistes. Les échecs sont des tremplins vers une meilleure compréhension de sa vision. Une bifurcation n’est pas un renoncement. On avance très souvent dans une construction par l’échec aussi ne pas avoir peur de rater.
  • Faire preuve de patience et de ténacité : Une série ne se termine pas en un clin d’œil. Certaines séries remarquables ont demandé plusieurs années de travail avant leur publication, comme par exemple « The Americans » de Robert Frank ou « Genesis » de Sebastião Salgado.
  • Ne pas mettre un enjeu trop élevé : On peut être trop perfectionniste, trop ambitieux, jamais satisfait, se mettre de la pression, vouloir trop bien faire, être trop dur envers soi-même. Attention à l’auto-sabotage, rester humble sans forcément rechercher des photos très spectaculaires, penser photos expressives qui n’ont pas besoins d’être parfaites au niveau technique et esthétique.
Diffusion des séries photographiques
  • Zine ou petit livre basique imprimé : Il s’agit d’obtenir un objet tangible, ce peut être que pour soi. Un zine, un petit livre imprimé, un livret relié, quelques feuilles agrafées ou un ouvrage à couverture souple, l’important est de donner une existence physique à son travail. Le passage de l’écran au papier transforme le regard porté sur ses photos. Elles ne sont plus isolées les unes des autres ; elles entrent en dialogue. On découvre le rythme des pages, les respirations, les répétitions, les silences. Certaines photographies prennent soudain une importance nouvelle. Créer un livre sans chercher à séduire un public enlève une pression considérable. Il ne s’agit pas de produire un objet parfait, ni commercial, mais de donner une forme tangible à une expérience vécue. Contrairement aux publications numériques qui ont tendance à disparaitre rapidement dans le flux continu des contenus, le livre possède une présence. Il invite à une lecture lente, à une relation plus attentive avec les photos. Le premier livre de ce type n’est pas forcément un produit abouti, ce peut être un outil de réflexion.
  • Livre Photo : Publier un livre avec une grande qualité d’impression est une manière intemporelle et prestigieuse de diffuser son travail. Cela donne un caractère tangible à une série photographique et permet de toucher un public spécifique quand on a pris le temps nécessaire de bien choisir les photos et que l’on sent que l’ensemble peut fonctionner. Toutefois c’est un investissement onéreux qui ne sera pas simple à rentabiliser si on n’a pas déjà un réseau conséquent.
  • Expositions : Présenter sa série dans une galerie ou un espace culturel est une autre façon de créer une interaction directe avec un public.
  • Publication sur internet : Les plateformes comme Instagram, Behance ou son propre site web permettent de partager facilement sa série avec une audience accessible. Il faudra veiller à préserver la cohérence et la qualité de présentation en adaptant la mise en page numérique.
Exemples de séries photographiques
  • Guy Le Querrec – La Bretagne membre de l’agence Magnum Photos, il a réalisé une série dédiée à la Bretagne, sa région natale. Avec un sens aigu de la narration, il a capturé les traditions, les paysages, et le quotidien de ses habitants. Cette série est un hommage sincère à la richesse culturelle et humaine de la région, tout en reflétant un regard personnel et poétique.
  • Raymond Depardon – La France de Raymond Depardon réalisée sur plusieurs années, cette série témoigne d’une exploration méthodique des paysages ruraux et urbains de la France. Depardon y déploie une vision sobre et méditative, montrant des détails subtils qui définissent l’identité française. L’intention derrière ce travail est de documenter un pays en mutation tout en mettant en avant la beauté intemporelle de lieux simples.
  • Sophie Calle – Suite Vénitienne Sophie Calle crée des séries conceptuelles où photographies et textes se complètent pour explorer des thèmes comme l’intimité et l’obsession. Dans cette série, elle suit un inconnu à Venise, documentant ses déplacements tout en notant ses propres pensées. Cette approche mêle journalisme, art et performance pour interroger la frontière entre le privé et le public.
  • Alec Soth – Sleeping by the Mississippi cette série déploie un portrait poignant et étrange de l’Amérique contemporaine le long du fleuve Mississippi. Avec une intention de montrer les marges de la société, Alec Soth allie portrait, paysages et détails du quotidien pour raconter une histoire fragmentée, évocatrice. L’esthétique cinématographique et les thèmes universels la rendent inoubliable.
  • Rinko Kawauchi – Illuminance Kawauchi adopte une approche poétique, cherchant à capturer des moments éphémères du quotidien. Les photos sont un mélange de lumière douce, de textures subtiles et de scènes ordinaires transformées en quelque chose de transcendant. Cette série illustre l’importance de trouver du sens dans l’instant présent.
  • Viviane Sassen – Flamboya Avec « Flamboya », Sassen explore ses souvenirs d’enfance en Afrique, en mélangeant photographie de mode et art contemporain. Les couleurs vives et les compositions audacieuses donnent une nouvelle perspective sur des scènes souvent stéréotypées, tout en questionnant les notions d’exotisme et d’identité.
  • Édouard Boubat – La Tendresse a consacré sa carrière à montrer la douceur et la poésie dans le quotidien. Dans cette série, il met en avant des moments d’humanité universelle, en saisissant des instants de tendresse et de joie simple. Son travail incarne une recherche constante de beauté et de lumière dans un monde parfois difficile.
  • Jean Gaumy – Les Marins Ce photographe de l’agence Magnum a réalisé une série poignante sur la vie des marins à bord de navires de pêche. Avec une approche immersive, il explore les défis, les routines et les moments de camaraderie de ces travailleurs de la mer. Cette série est un témoignage vibrant du travail humain face à la nature et aux éléments déchainés.
Conseils pour réaliser une série
  • Définir une intention : Qu’est-ce que je veux exprimer ? Prendre le temps de clarifier ses objectifs avant de commencer.
  • Créer une feuille de route : Noter ses idées, planifier les lieux, les modèles, les objets, décider des techniques à utiliser.
  • Etre patient et persévérant : Une série ne se réalise pas en un jour. Laisser le temps à son projet de mûrir.
  • Rechercher des retours : Partager son travail avec des pairs. Leurs retours peuvent éclairer des failles ou des forces que l’on avait pas forcément perçues.
  • Rester fidèle à soi-même : Ne pas se perdre dans les tendances du moment en se laissant influencer, veiller à rester qui on est. Une série réussie est celle qui résonne avec sa propre vision personnelle.

La réalisation d’une série photographique est une étape importante pour tout photographe auteur souhaitant se démarquer et évoluer. Ce processus d’aventure sérielle est riche d’enseignements, aide à affiner son regard, à structurer sa pratique et à ouvrir une voie plus forte à ses réalisations.

Faire une série en mode amateur dans le sens non professionnel

Le plaisir de l’expérience avant tout, c’est un avantage énorme d’être amateur celui de se sentir libre de faire sans enjeu. On n’a pas à satisfaire un client, un jury, un algorithme, un marché, on fait pour soi, pour l’expérience photographique.

  • Commencer par de la curiosité, pas par un thème fermé : au lieu de chercher un grand sujet (« la solitude », « le temps »…), partir d’une petite question, par exemple pourquoi certaines architectures de bâtiments me touchent ? Pourquoi je photographie souvent les mêmes couleurs ? Pourquoi les zones industrielles m’attirent ? Qu’est-ce qui me fait ralentir et m’arrêter lorsque je marche avec mon appareil photo ? Une série peut être comme une enquête.
  • Définir une zone d’action : les contraintes sont nos alliées. Par exemple uniquement au lever du soleil ; uniquement à moins de 10 km de chez moi ; photos uniquement au 50 mm ; uniquement en noir et blanc etc. Moins il y a de possibilités, plus le regard posé devient précis.
  • Photographier beaucoup avant de comprendre. C’est possiblement une erreur que de vouloir savoir exactement toujours où l’on va en se mettant des objectifs trop ambitieux. Sortir sans chercher un résultat immédiat, accumuler les photos pour trouver une ligne directrice après coup, en laissant reposer les photos. Souvent un lien apparait après avec la découverte de récurrence. La série va révéler a posteriori ce qui nous intéresse.
  • Laisser les photos dialoguer entres elles : Une série n’est pas une collection de « belles photos », c’est une conversation. celle-ci répond-elle à la précédente ? crée-t-elle une respiration ? apporte-t-elle quelque chose de nouveau ? Certaines excellentes photos n’ont rien à faire dans cette série en particulier et certaines photos imparfaites deviennent indispensables.
  • Accepter les répétitions : au début on craint de refaire toujours la même photo. En réalité, les répétitions montrent souvent que l’on construit une écriture. Si pendant des mois on photographie des routes vides, des pylônes, des façades, des vitrines fermées, ce n’est pas un manque d’imagination. C’est possiblement son sujet.
  • Ne pas annoncer le projet trop tôt : quand on dit en ce moment « Je fais une série sur… » on se sent ensuite obligé de respecter cette idée annoncée. Laisser évoluer l’idée de départ, elle sera souvent mieux définie au bout de quelques semaines.
  • Éditer sévèrement : une « bonne » série contient rarement énormément de photos. C’est une édition soigneuse sans doublons qui fabrique la série.
  • Se laisser beaucoup de temps : certaines séries peuvent naitre rapidement mais ce n’est pas le plus courant. Il n’y a aucune urgence. On peut même arrêter plusieurs mois puis reprendre ensuite. Aller vers une cohérence de type « On dirait que ces photos ont été faites par la même personne ».

Le plaisir avant tout : Puisqu’il n’y pas d’objectif commercial ou de passer devant un jury, profiter de cet avantage jusqu’au bout. Il devient possible d’expérimenter à fond, abandonner une série qui ne ne parle plus ; revenir un an plus tard ; mélanger numérique et argentique ; ne jamais publier les photos ; faire un livre uniquement pour soi… C’est une position très confortable, la photographie devient un moyen d’explorer en dehors de la notion de performance, n’est pas un moyen de produire des résultats.

On n’est pas obligé de faire des séries

On parle beaucoup des séries parce que le monde de la photographie d’auteur les valorise, mais elles ne sont pas une obligation. Il existe plusieurs manière de pratiquer la photographie.

La photographie de l’image unique : certaines personnes cherchent une photo forte, indépendante. Chaque photographie est une œuvre en soi. Elle n’a pas besoin d’être accompagnée par d’autres. C’est une pratique très exigeante, car chaque photo doit tenir debout toute seule et être expressive. On est alors très heureux d’en avoir une.

La photographie comme une pratique personnelle : c’est celle dont on parle peu. On photographie parce que cela nous plaît. Parce que la pratique photo est un moteur pour sortir, un compagnon, parce qu’on observe davantage, on se sent vivant, attentif, connecté à son environnement, dans un état de pleine conscience. Parce qu’on apprécie de garder une trace d’un instant. La photo n’a pas forcément besoin alors d’aboutir à une exposition, un livre ou une série. Elle accompagne une manière d’être, dans le « J’aime simplement faire des photos quand quelque chose m’émeut ».

Certaines des photographies les plus célèbres de l’histoire sont des images uniques. Elles n’ont pas eu besoin d’appartenir à une série pour exister.


1 commentaire pour “Se lancer dans une série”

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