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à une sensation parfois d’inutilité perçue en rapport au temps passé et à son engagement.

Par exemple au sujet de la difficulté pour juger le niveau de contraste en post-traitement qui dépend aussi de l’écran dans notre pratique maintenant principalement sur écran.

Le contraste a un impact visuel immédiat. Un contraste élevé donne une photo qui “claque” et flatte l’œil, surtout sur écran lumineux, toutefois cela donne un rendu numérique pouvant paraitre dur et artificiel.

Un écran trop lumineux ou pas calibré accentue les noirs et les blancs. On pense que l’on tient “le bon contraste”, mais sur un autre support le rendu devient agressif. Il y a une nuance entre le contraste du curseur adéquat et le contraste global de la photo, l’effet n’est pas seulement lié aux ajustements du curseur “Contraste”. Il y a les courbes tonales qui permettent d’ajuster finement, par zones (basses lumières, tons moyens, hautes lumières). Le rôle micro-contraste / Clarté aussi qui influence la perception de la texture. Le contraste local vs contraste global, un petit S dans la courbe (subtil) donne du relief sans durcir tout le rendu.

Un contraste fort donne de l’impact mais enlève de la subtilité. Il s’agit de travailler par petites touches, surtout avec les courbes, au lieu de pousser le curseur général, de trouver la balance entre trop peu, trop et pas assez.

On peut tomber dans le perfectionnisme toutefois ce peut être moins du perfectionnisme “bloquant” que de la sensibilité fine au rendu. Avec une pratique avancée on voit des nuances que beaucoup laisseraient passer, c’est une force en photo artistique. Il y a toutefois un piège. Si on passe vraiment beaucoup trop de temps à chercher le contraste parfait, on risque de se lasser et d’étouffer l’élan créatif. On doute sans cesse, on repousse une publication, on se fatigue, on entre dans le « ce n’est pas assez bien ». Le spectateur, lui, ne voit pas 100 % de ce que l’on voit, il capte d’abord l’émotion globale, pas les micro-ajustements de courbes.

Un bon équilibre, c’est d’être exigeant lors des phases où on est dans l’apprendre et à affiner son regard. Puis ensuite être plus souple et bienveillant avec soi-même au moment de partager ou publier, en acceptant qu’il n’existe pas de contraste “idéal”, parfait (cela varie selon écran, tirage, la lumière ambiante…). Viser le “suffisamment bon et principalement le cohérent avec son intention”, pas le “parfait fabuleux”.

La grande majorité des gens utilisent des photos “utilitaires” de type souvenirs, réseaux sociaux sans passer des heures en post-traitement subtil. Un peu de luminosité auto, un filtre Instagram, et hop ça leur suffit.

Dans les pratiques avancées on entre dans une autre démarche. On regarde vraiment, de manière approfondie ses photos, on cherche un rendu qui transmet quelque chose. On travaille à fond la subtilité (contraste, nuances, rendu plus organique). On refuse le côté “vite fait, ça va passer quand même”.

On peut ressentir plus fortement les dilemmes techniques (contraste trop fort, rendu trop numérique, recherche du simple aspect spectaculaire, punchy), alors que pour 90 % des gens cela resterait invisible ou pas important.

Est-ce vraiment du perfectionnisme… ou simplement le fait de ne pas vouloir produire des photos interchangeables en traitement machine automatique comme celles d’un smartphone ?

On peut en arriver à se dire que c’est bien inutile ce que l’on fait, de passer autant de temps sur une photo qui sera dégustée en quelques secondes.

Ce n’est pas inutile. Côté intime, on s’offre un espace de concentration, de sensibilité, de profondeur. Cela agit comme une méditation. Même si personne ne voit les photos, cela apporte déjà. Côté artistique, la subtilité, c’est justement ce qui distingue une photo quelconque d’une photo qui touche. Le spectateur ne saura pas dire “ah tiens, belle gestion des courbes tonales”, mais il sentira que telle photo a une présence différente. Côté construction, chaque heure passée à ajuster affine son regard, cela devient un capital investi pour toutes ses photos futures avec une augmentation de ses connaissances.

En photo, comme en musique ou en écriture, la subtilité est invisible, elle est ressentie.

Quand un musicien joue une note juste un peu plus douce, ou qu’il met un micro-retard dans son phrasé, l’auditeur ne peut pas toujours l’expliquer. Il ressent que c’est “vivant”, que ça touche. La subtilité n’est pas vue, elle est entendue inconsciemment.

Un écrivain choisit un mot précis plutôt qu’un synonyme banal. Le lecteur ne se dit pas : “ah, il a choisi ce mot pour sa connotation”. Il perçoit un ton, une justesse qui donne du relief au texte.

En photo c’est pareil. Si on pousse trop le contraste c’est très visible, cela saute aux yeux. Si on ajuste subtilement, personne ne dira “il a fait une petite courbe en S fine”. La photo passera mieux, avec de la douceur, une forme de naturel qui touchera sans que l’on sache techniquement pourquoi.

La subtilité agit dans l’invisible conscient, elle sculpte la sensation finale. C’est comme les épices en cuisine, trop d’épices vont tuer le goût du met principal. Si on ne les remarque pas séparément, elles font faire une différence au niveau de la saveur.

Quelques pistes pour le post-traitement

Base neutre (point de départ) : Mettre le curseur Contraste à 0. Ajuster l’exposition pour que la photo ne soit ni trop claire ni trop sombre. Vérifie l’histogramme du raw qu’il occupe bien toute la largeur (mais sans écrêter). Partir sur un profil linéaire. Cela donne une photo “plate mais saine” avec tous les détails, sur laquelle on peux doser.

Contraste subtil (courbes plutôt que curseur) : Travailler sur la courbe des tonalités. Créer une légère courbe en S (doucement). Baisser un peu les ombres (sans les écraser). Monter un peu les hautes lumières (sans brûler). Cela donne du relief sans le côté trop “numérique”.

Test de lisibilité (repère pratique) : Passer la photo en N&B temporairement. Si la photo garde du relief avec une bonne lecture tout en paraissant avec un rendu un peu doux, le contraste convient (en noir et blanc il faut souvent plus de contraste qu’en couleur). Si déjà le contraste parait trop dur (noirs bouchés, blancs cramés), adoucir. Réactiver la couleur, et comparer avant/après. Vérifier sur un autre écran en réduit (ex. 800 px), si ça claque même en réduit, c’est trop contrasté.

Dans la quête de piqué il y a une grande action de l’optique utilisée. Le piqué vient du contraste local (micro-contraste), c’est ce micro-jeu de valeurs entre les surfaces, cette tension douce entre les tons voisins qui donne du relief sans que ça crie. Le numérique récent confond souvent “netteté” et “violence du contraste” : ça claque, mais ça ne respire plus. Certaines optiques comme Zeiss par exemple donnent un piqué qui vient de la matière elle même, pas du traitement. L’œil entre dans la photo, au lieu d’être repoussé par une netteté artificielle, les contours restent naturels, la lumière se glisse entre les détails,

Si on hésite entre deux niveaux de contraste lors du post-traitement, retenir le plus doux. Il vieillira mieux et paraîtra plus naturel sur d’autres écrans et en tirage. Faire une pause et revenir plus tard sur ses photos car l’oeil a tendance à s’habituer au fort contraste et on finit par ne plus se rendre compte à force de trop pousser des curseurs. Très souvent dans sa pratique on a tendance à sortir des photos très contrastées pour raccrocher un aspect facilement flatteur. Trouver le bon dosage en fonction des sujets aussi. Comme toujours il n’y a pas une règle universelle, cela dépend aussi de son propre style. C’est l’intérêt de la Photo, on peut faire comme on veut de manière subjective … en étant en phase avec son intention.

Un poil trop 🙂

Totalement épuisé. © Patrick Pestre


De la subtilité …

De la subtilité dans son post-traitement des photos