Certains prétendent qu’il n’y a pas besoin d’avoir son propre style en photographie, qu’il est plus intéressant de toucher à tout en changeant de façon de faire continuellement. Le fait d’avoir son propre style photographique étant un enfermement destiné à ceux qui ont besoin d’une reconnaissance pour les effets psychologiques, ou un besoin de se vendre dans une ambition commerciale. Que ce qui est important c’est la démarche dans ses réalisations photographiques. Quelle est la différence entre démarche et style en matière de photographie artistique ? quel avis peut-on avoir sur le fait que travailler son style personnel a peu d’importance ? Certains prétendent mais en réalité font le contraire en proposant des formations pour travailler son style, c’est le paradoxe de l’humain, parfois dire et faire le contraire. Toutefois le questionnement est positif pour nourrir la réflexion et trouver son propre chemin sans tomber dans les tendances du moment si le but de son travail n’est pas prioritairement de trouver des clients en se focalisant sur l’aspect accrocheur-vendeur du résultat.
Tentons d’éclaircir cette question avec des points de vue pour nourrir une réflexion sur son envie dans le faire, du comment et du pourquoi.
La différence entre démarche et style en photographie artistique est subtile mais importante, car ces deux concepts relèvent de deux niveaux différents de la pratique créative.
Le style photographique :
Le style est souvent perçu comme l’ensemble des caractéristiques artistiques qui définissent l’œuvre d’un photographe avec une identité visuelle. Cela peut inclure :
- Des choix esthétiques comme la palette de couleurs, les angles de prise de vue, la composition, les effets de lumière, le traitement spécifique de la couleur ou du noir et blanc avec un rendu très contrasté, doux, pastel, très net, avec du flou, en appuyant sur une atmosphère etc …
- Des thèmes récurrents ou des sujets très spécifiques tournant autour de même thématiques.
- Une manière particulière de raconter visuellement une histoire en imprégnant sa marque personnelle.
Avoir un style reconnaissable est souvent lié à la cohérence d’ensemble dans l’œuvre d’un photographe. Cela permet à un public d’identifier immédiatement son travail. Un style peut évoluer au fil du temps, tout en restant ancré dans la vision singulière du photographe. Travailler son style personnel peut aider à se démarquer, à se faire reconnaître et à s’ancrer dans une signature visuelle, surtout dans des contextes où il est nécessaire de se positionner face à une concurrence commerciale ou dans un besoin de reconnaissance.
La démarche artistique :
La démarche artistique est plus profonde et concerne l’intention derrière l’acte photographique. Elle inclut :
- Le processus de réflexion qui précède la prise de vue.
- Les raisons qui poussent à choisir certains sujets, méthodes, angles, façon de traiter un sujet.
- Le message ou l’émotion que l’artiste souhaite véhiculer.
La démarche est plus conceptuelle et philosophique que visuelle. Elle porte sur ce que le photographe veut dire, pourquoi il le dit, et comment il s’engage dans sa pratique pour exprimer une idée, une émotion, ou explorer un sujet. C’est se servir de la photographie comme un moyen d’expression comme on pourrait le faire avec des poèmes ou des écritures. Elle ne dépend pas nécessairement d’un style visuel précis et répété. Elle peut même prendre des formes variées d’un projet à un autre tout en restant dans une cohérence de la démarche et pas forcément dans une cohérence visuelle.
Le style en photographie : est-ce vraiment nécessaire ?
Certaines voix soutiennent que le style personnel n’est pas indispensable et qu’il peut être un frein si cela mène à une répétition mécanique, technique, des mêmes formules visuelles. Selon cette perspective :
- Ce qui importe davantage, c’est l’authenticité de la démarche, c’est-à-dire la sincérité dans l’exploration des sujets et des idées.
- Être enfermé dans un style trop marqué pourrait limiter la liberté créative et empêcher d’explorer d’autres voies esthétiques.
Un photographe peut tout à fait choisir d’explorer différents genres, techniques et approches sans se sentir contraint de développer un style fixe en répétant les mêmes recettes qui au final peuvent devenir lassantes. Une exploration continue peut d’ailleurs être une démarche en soi, basée sur la curiosité, la découverte et l’expérimentation.
Avis sur cette question :
Cela dépend largement des objectifs du photographe. Travailler un style personnel peut être utile dans certains contextes et besoins :
- Pour ceux qui souhaitent se positionner sur le marché commercial (expositions, commandes, vente de tirages), un style distinctif facilite la reconnaissance.
- Un style fort peut aussi être perçu comme une signature artistique dans le cadre d’une œuvre cohérente développée sur le long terme.
Cependant, si l’ambition est davantage orientée vers la recherche artistique, la création de nouvelles significations ou l’expérimentation sans souci premier de reconnaissance commerciale, se focaliser sur un style peut effectivement sembler restrictif. Dans ce cas, la démarche est ce qui compte le plus si l’objectif et avant tout l’intention, la narration, la recherche pure. Ne pas être enfermé dans un style peut offrir plus de liberté en explorant de nouveaux horizons afin de repousser ses propres limites dans la créativité.
Le choix de donner plus d’importance au style ou à la démarche dépend du pourquoi le photographe pratique la photographie, de ses propres aspirations. La photographie peut être un instrument pour s’exprimer dans une envie de partager des sensations, de trouver du plaisir dans une façon du dire, non pas pour prendre mais pour donner à voir en s’inscrivant dans une démarche sensible d’un besoin de s’exprimer, hors de l’aspect de la valorisation de son soi, du genre montrer comment on est bon en privilégiant des photographies spectaculaires qui si on analyse les aspects psychologiques peuvent être un moyen de chercher une valorisation personnelle plus liée à ses traumatismes qu’au besoin de s’exprimer librement. La photographie peut aussi avoir un aspect thérapeutique. Au final peu importe si c’est parfois le cas, dès lors que l’on trouve du plaisir dans cette pratique.
Appliquer des recettes techniques ?
Le style en photographie peut-être appuyé par des recettes techniques récurrentes, comme par exemple utiliser une optique 85mm f1,2 pour obtenir des fonds flous et ajouter un post-traitement spécifique. Si la même recette est utilisée en la répétant nous pouvons nous demander s’il s’agit d’une signature ou d’un artifice technique ?
Nous savons que le style en photographie est une combinaison de choix esthétiques et techniques qui peuvent donner une identité visuelle à un photographe. Outre la technique, ces choix peuvent inclure des éléments comme la composition, le cadrage, la lumière, les couleurs, et les aspects techniques comme le type d’optique, l’ouverture, le post-traitement. Pour comprendre si une technique répétée, comme par exemple l’utilisation systématique d’un objectif 85mm f/1,2 avec un fond flou et un post-traitement spécifique, constitue une signature ou un artifice, il est possible de distinguer ces concepts et leur impact sur l’expression artistique.
Signature et artifice
Signature artistique : Une signature en photographie est un ensemble d’éléments reconnaissables qui reflètent la vision personnelle du photographe. Cela peut inclure des préférences techniques récurrentes, mais celles-ci sont intégrées dans un ensemble plus large qui exprime un point de vue personnalisé. Si un photographe utilise un 85mm f/1,2 de manière consciente pour créer un rendu particulier (un flou d’arrière-plan crémeux pour isoler le sujet et focaliser l’attention sur le sujet ou les détails), cette technique peut devenir une partie intégrante de son style personnel. C’est avant tout l’intention derrière l’usage et la cohérence globale avec d’autres éléments qui en font une signature. Avec par exemple une façon de composer, comme l’utilisation fréquente de cadrages serrés ou d’une lumière naturelle douce pour un effet intimiste. Une palette de couleurs comme le choix constant de tons pastel ou l’inverse avec des couleurs saturées, pour un effet nostalgique ou pour s’appuyer sur les effets des couleurs pour donner une ambiance joyeuse. L’usage du flou d’arrière-plan dirige l’attention du spectateur sur le sujet principal, tout en rendant l’arrière-plan abstrait quand ce dernier n’apporte rien et viendrait brouiller le message. Il s’agit d’un ensemble dans la façon du faire avec la technique qui est au service de l’intention .
Un artifice technique en revanche, se réfère à l’usage d’une méthode pour ses effets visuels immédiats, sans un lien profond avec l’intention artistique ou la narration visuelle. Par exemple, utiliser un 85mm f/1,2 uniquement parce que cela crée un beau flou d’arrière-plan, sans réfléchir à la manière dont ce rendu soutient le message ou le sujet de l’image. L’artifice devient un obstacle si la technique répétée masque une faiblesse dans la composition, l’originalité, la créativité ou l’histoire racontée par l’image. Un spectateur averti peut percevoir l’effet comme superficiel si les photos se ressemblent sans que cela ajoute une valeur narrative ou émotionnelle.
L’importance de la composition et du cadrage
Aussi, la composition, l’approche, le cadrage, le choix de l’instant d’évidence, sont des aspects fondamentaux pour personnaliser un travail photographique. Un cadrage et une composition équilibrée, le choix de l’instant, donnent une identité forte à une photographie et peuvent la distinguer d’autres réalisations même si des techniques similaires sont utilisées. Une composition dynamique en utilisant des lignes directrices, ou des compositions asymétriques peuvent apporter plus de profondeur narrative que les effets techniques ne peuvent pas compenser seuls. Un cadrage harmonieux, un travail sur les éléments en avant-plan et arrière-plan pour ajouter du contexte peuvent rendorcer la vision personnalisée d’un photographe.
La relation entre technique et expression artistique
Une photographie marquante est celle où la technique et l’intention artistique se rejoignent pour créer une émotion, une réflexion chez le spectateur. Il s’agit de questionner l’intention derrière la technique. Utiliser un objectif ou une ouverture spécifique n’est pas problématique en soi, il est primordial de se demander pourquoi. Quel message cela renforce-t-il ? Est-ce un choix systématique ou est-il adapté à chaque scène ou sujet ? Cela ne peut être la marque d’un style uniquement avec cet élément technique. Une technique, aussi efficace soit-elle, peut devenir monotone si elle est employée mécaniquement. Varier les compositions, bien se placer, se déplacer, tourner autour du sujet, varier les angles, explorer d’autres focales (comme un 35mm ou un 50mm pour plus de spontanéité ou d’immersion), tenir compte de la lumière et de l’ombre etc, enrichissent l’exploration artistique. Quant au post-traitement il n’est pas un élément isolé, il est au service de l’histoire. Le traitement d’image doit lui aussi être une extension de la vision du photographe, pas simplement une recette à répéter systématiquement. Si un même style de traitement est appliqué à toutes les photos (comme des tons désaturés ou une surabondance de filtres), cela peut donner une impression d’uniformité, de facilité, qui manque de subtilité et de profondeur.
Pour qu’une technique récurrente devienne une signature et non un simple artifice, elle doit s’intégrer de façon organique dans une démarche créative qui valorise la vision personnelle du photographe. Une optique comme un 85mm f/1,2 avec un post-traitement spécifique peuvent constituer des outils puissants. Toutefois ce sont avant tout la composition, le cadrage, le choix de l’instant, une réflexion avec une intention, la façon du faire, qui permettent de marquer une différence et de faire transparaître une personnalité artistique avant la pure technique qui doit cependant être maîtrisée pour arriver au résultat attendu.