Quand on débute en photographie, quand on commence à vouloir améliorer ses photos, on peut croire qu’il faut apprendre beaucoup, de manière condensée. On peut se dire oulala ça va être difficile, il y a tellement d’éléments qui entrent en jeu. En réalité, quelques bases bien comprises suffisent à construire une pratique déjà + solide.
Apprendre la photographie est souvent présenté comme un apprentissage technique dans une quête à la « belle photo ». Pourtant, beaucoup de personnes qui débutent ou qui pratiquent depuis des années, ressentent la même chose : leurs photos sont correctes… mais il manque un truc.
Apprendre la photographie, ce n’est pas seulement apprendre à utiliser un appareil photo.
C’est apprendre à regarder, à choisir, à exprimer, à sentir une personnalité derrière les réalisations.
Le cadrage, la composition, la posture comme renforts de l’intention : Cet ensemble est une prise de position. Cadrer, ce n’est pas seulement “bien placer” les éléments dans le cadre. C’est décider ce qui compte, ce qui est secondaire, ce qui disparaît, ce qui est suggéré. Composer ce n’est pas seulement le fait que les éléments soient bien répartis et bien équilibrés. La posture, la façon dont un photographe se tient face au sujet est un élément fort a intégrer avant même de déclencher.
La lumière avant la technique et la marque de l’appareil photo : La photographie est avant tout une affaire de lumière. Avant de penser réglages, « Quelle lumière est-ce que je veux montrer ? « Quel est son impact sur ce que je vais obtenir ? ». Une photo peut être sombre, douce, contrastée, dense, pastel, atmosphérique, poétique, franche … Déjà entre un choix expressif.
La netteté, le piqué… ne sont pas toujours une finalité. Une photo techniquement parfaite peut être vide et froide. Une photo imparfaite peut être profondément sincère et expressive. La technique doit servir la photo, pas l’inverse. (sauf si on est dans une analyse de matériel photo et du rendu de l’optique). Il y a plusieurs types de photographies, ce n’est pas le même besoin si on fait des photos d’objets pour vendre sur catalogue, là il faut du descriptif net, du techniquement « propre » et quand on est dans de la photo expressive où la netteté maximale n’est pas alors un critère déterminant.
Pratiquer la photographie de manière consciente
Apprendre la photographie passe par la pratique, évidemment. Toutefois il est bon de réfléchir à sa manière de pratiquer. Pratiquer de manière consciente, c’est accepter de ne pas produire beaucoup de photos en faisant toujours pareil, avec les mêmes tics. Ralentir, observer avant de photographier, déclencher avec une intention, revient à pratiquer de manière consciente en identifiant les manques. Avant de lever l’appareil, prendre le temps de regarder, la lumière, les formes, l’ambiance, ce que la scène fait ressentir, comment se placer. La photographie commence avant les prises de vues.
Faire des photos expressives, pas seulement de la “belle photo”
Une photo expressive dit quelque chose, fait ressentir, transmet une sensation, reflète un regard personnel. Elle peut être silencieuse, inconfortable, imparfaite, bancale, banale en apparence, et pourtant, elle peut toucher.
Apprendre la photographie, c’est aussi accepter que toutes ses photos ne plaisent pas à tout le monde. Certaines peuvent compter surtout pour celui qui les fait, l’expression personnelle peut avoir plus de valeur que la performance visuelle. Le processus et l’expérience photographique vécus peuvent être une satisfaction sans se polariser sur l’objet fini.
Beaucoup de personnes ressentent un palier après quelques temps de pratique. Les causes sont souvent les mêmes. On photographie sans intention claire, on regarde ses photos sans recul, on se compare constamment aux autres, on s’enferme dans le perfectionnisme et le toujours +, on cherche un style avant d’avoir une pratique stable. Progresser en photographie, c’est mieux comprendre ce que l’on fait.
Apprendre à voir autrement
Apprendre la photo transforme le regard bien au-delà de l’appareil. On apprend à remarquer des détails, à accepter la lenteur, à observer avec plus d’attention, à faire des choix. La photographie devient alors un espace d’exploration, une forme d’écriture visuelle, un moyen de relier ce que l’on voit à ce que l’on ressent.
Il n’existe pas une seule façon d’apprendre la photographie. Certaines approches privilégient la conscience plutôt que la performance, la cohérence plutôt que l’accumulation, l’expression plutôt que la démonstration. La photographie peut devenir autre chose qu’une simple production d’images, un espace personnel, vivant et évolutif.
Il arrive un moment important dans le parcours d’un pratiquant de la photographie. Les réglages sont compris, l’appareil est maîtrisé, les photos sont nettes, exposées correctement.
Et pourtant, quelque chose résiste. C’est un moment parfois déroutant, celui où la technique ne suffit plus. Le regard commence alors à chercher autre chose, une présence, sa présence, dans ses réalisations photographiques. Cette présence n’arrive pas en accumulant des règles ou du matériel. Elle ne vient pas non plus en multipliant les déclenchements devenus réflexes, ni en cherchant à reproduire ce que font les autres. Elle apparaît lorsque la pratique change subtilement de nature. Quand on prend le temps de regarder avant de photographier, plutôt que de réagir immédiatement.
Quand on se demande ce que l’on veut vraiment montrer, et pourquoi.
Quand on accepte de déclencher avec plus d’attention.
Quand chaque photo devient un choix assumé, et non un automatisme.
Attention à la pratique sans expérimentation
Il est important de bien connaitre son appareil et les optiques en faisant des exercices avant de se lancer dans une prise de vue importante. Expérimenter d’abord pour voir ce que ça donne en fonction des réglages. Par exemple utiliser systématiquement une ouverture de f1,8 pour avoir un beau bokeh, cela donne une très faible profondeur de champ (genre mise au point sur l’oeil du cheval avec une cavalière à côté, cette dernière sera floue). Utiliser f4 si on ne veut pas uniquement le cheval net, et varier sinon il faudra recommencer et on ne peut ne pas s’en rendre compte en regardant rapidement l’écran de son appareil photo. Parfois on ne peut pas recommencer.
Pratiquer de manière plus consciente, c’est aussi apprendre à s’appuyer sur une intention, même simple, une lumière, une atmosphère, une tension, un détail qui fait sens à cet instant précis. On ne cherche plus seulement à faire de meilleures photos. On cherche à faire des photos plus justes, plus cohérentes, plus singulières — des photographies qui portent une personnalité, plutôt qu’une démonstration de savoir-faire… On en arrive à mettre du soi dans les sujets.