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On parle argent métal et d’halogénure, pas de monnaie haha. Globalement, les pellicules anciennes contenaient plus d’argent métal que les films récents. Avant les années 1950–60, pour obtenir de la sensibilité (100, 200 iso…), il fallait des grains d’halogénure d’argent gros, une émulsion épaisse, une concentration en argent élevée. Le résultat est une très bonne densité pour le tirage argentique avec des noirs profonds, un grain visible organique, une grande tolérance au développement.

Les cristaux d’halogénure d’argent, ce sont principalement bromure d’argent (AgBr), chlorure d’argent (AgCl), iodure d’argent (AgI). Ils sont fabriqués par précipitation chimique en mélangeant un sel halogéné (bromure, chlorure ou iodure) avec un sel d’argent (souvent du nitrate d’argent). Ce sont ces micro-cristaux qui sont sensibles à la lumière dans les films et papiers photo. Dans l’industrie photo, la réaction a lieu dans de la gélatine chaude qui sert de support “cage” pour contrôler la croissance des cristaux. Il s’agit de la future émulsion qui sera étalée sur le film ou le papier. Sans gélatine, on obtiendrait une poudre blanche, avec la gélatine, on obtient une émulsion photographique.

Les films anciens ne bénéficiaient pas d’une chimie optimisée, des cristaux tabulaires (T-Grain), des sensibilisateurs spectraux efficaces, des couches multiples à rendement élevé, donc on compensait par la quantité d’argent. À partir des années 1980–90, les fabricants (Kodak, Ilford…) ont cherché à réduire les coûts de fabrication donc à réduire la quantité d’argent, aussi à améliorer la finesse des grains, augmenter la sensibilité des films. cela a été réalisé grâce aux grains tabulaires (T-Max, Delta), aux émulsions multicouches, à une meilleure exploitation de chaque atome d’argent. Aussi il y a moins d’argent maintenant mais il est mieux optimisé.

Les très anciens films des années 1930–50 comme Kodak Super-XX, Verichrome Pan, Orwo anciennes séries… contenaient beaucoup d’argent, ils donnaient des noirs presque “charbonneux”, réagissaient magnifiquement aux révélateurs doux ou compensateurs. C’est une des raisons du rendu surprenant des négatifs anciens, même très vieux ou mal exposés.

Ce n’est pas automatiquement “meilleur”, toutefois le rendu est souvent plus dense, plus tactile, plus « matière ». Les films récents sont plus efficaces chimiquement, mais ils peuvent sembler + “lisses”.

Quantité d’argent métal dans une pellicule Noir & blanc 35 mm (135, 36 poses), films anciens (années 40–70) de ≈ 0,8 à 1,5 g d’argent. Films N&B modernes classiques (HP5, Tri-X, Foma…)
≈ 0,4 à 0,8 g. Films très optimisés à grain tabulaire (Delta, T-Max) ≈ 0,2 à 0,4 g.

En format 120 comme la surface est + grande il y en +. Noir & blanc 120 (6×6 / 6×7), Films anciens ≈ 1,5 à 3 g. Films modernes ≈ 0,8 à 1,5 g. C’est aussi pour cela que le MF donne des négatifs + denses.

Pellicules couleur 35 mm films couleur anciens (années 60–80) ≈ 0,6 à 1 g d’argent. Films couleur modernes (Portra, Gold actuelles) ≈ 0,1 à 0,3 g.

Une pellicule contient de quelques dixièmes de gramme à plusieurs grammes selon l’époque, le format, le type N&B ou couleur. Durant les années 50–90 les labos industriels récupéraient l’argent du fixateur / Blix en utilisant l’électrolyse, précipitation chimique et ils revendaient l’argent récupéré. Cela pouvait atteindre plusieurs kilos d’argent, c’était organisé, rentable. Aujourd’hui seuls les très gros labos ou l’industrie cinéma récupèrent encore l’argent des films.

Le grain, la douceur de la transition des hautes lumières, la texture des gris, des noirs, la réaction au contraste, viennent en grande partie de la forme et de la structure des cristaux d’halogénure de l’émulsion, pas seulement du type révélateur utilisé lors du développement du film.

Quand on dit qu’un film a “+ d’argent”, on parle de quantité d’halogénures d’argent dans l’émulsion, après exposition + développement cela deviendra la quantité d’argent métallique possible dans le négatif. Seront influencés, la densité maximale atteignable , la présence de matière, la résistance du négatif à la lumière, la capacité à construire des noirs profonds, pas directement le contraste global. Le contraste dépend surtout de la réponse tonale du film (courbe), du révélateur (énergique ou compensateur), du temps de développement, de l’agitation, de la scène (plage dynamique réelle). Le contraste est une relation entre zones (HL et ombres), pas une simple quantité de matière. Avec + d’argent les zones exposées peuvent devenir opaques, on a un noir matériel, pas un noir “posé au scan”. Le contraste perçu peut augmenter parce que les noirs sont plus crédibles. Plus d’argent c’est plus de grains activables, plus de matière entre deux niveaux, des transitions moins sèches. Le contraste devient plus « charnel », pas forcément plus dur. Dans la pratique, on peut confondre, film pauvre en argent + développement énergique les noirs montent mais deviennent secs ce qui donne un contraste dur mais maigre. Un film riche en argent + développement énergique, les noirs montent en étant plus épais, contraste fort mais plein. Le contraste perçu est plus beau, on a l’impression que plus d’argent = plus de contraste, en fait c’est grâce à la qualité du contraste, pas à sa quantité brute que l’on perçoit une différence. L’argent donne de la matière au contraste. Le révélateur lui donne sa forme.

Les pellicules qui se rapprochent le + des émulsions anciennes

Ilford HP5 Plus : Film très polyvalent avec grain cubique classique, très grande tolérance. Le plus facile pour retrouver un rendu typé un peu ancien.

Fomapan 400 : Émulsion simple, peu optimisée, grain très présent, noir franc. Il réagit fortement au type de révélateur. A choisir pour le caractère avant la perfection. Le Fomapan n’est pas très cher même si ça pourrait sembler contradictoire avec sa richesse en argent. La production est pensée de base pour être accessible, c’est son créneau, il n’y a pas de R&D sophistiquée derrière sa fabrication.

Eastman Double-X (code 5222) et Cinestill BwXX : Film cinéma, émulsion quasi de type années 1950 encore fabriquée, grain visible non criard, avec une courbe caractéristique longue, un contraste global modulable selon le développement. Assez proche d’un film ancien authentique encore produit. Double-X est conçue pour être scanné, être étalonné derrière supporter de la sous/surexposition sans s’écrouler. Son rendu est pensé pour passer par toute une chaîne cinéma (scan, grading, diffusion). En photo cela donne un côté dense, profond. Film de niche en photo donc très onéreux. A réserver à des projets photo qui valent cet investissement.

ADOX CHS 100 II : Inspiré d’émulsions Agfa anciennes, grain cubique classique, rendu très organique, pour des scènes calmes et les textures. Film “lent” pour le contemplatif.

Bergger Pancro 400 : un film N&B moderne mais à émulsion classique avec grain bien présent, assez généreux en argent pour un film actuel avec un rendu qui n’est pas plat ni trop “numérique”. C’est un très bon compromis entre esprit ancien et pratique moderne, il a du “corps” sans être un film d’époque.

KiKiPan 320 (Orwo N75) : structure classique à grain cubique, émulsion épaisse, densité en argent généreuse, une réponse tonale brute, un grain très visible, un rendu ancien avec effet matière très visible au scan. (épuisé, y en a pu 🙁 )

Concernant les films couleurs, c’est + difficile de retrouver le rendu des anciens films. Les films couleur anciens contenaient + d’argent, avaient des couches plus épaisses, des coupleurs moins stables, une chimie pensée pour le tirage optique. Les films récents sont pensés pour le scan, la neutralité, la reproductibilité, la correction numérique. La densité d’un négatif couleur, c’est la quantité de colorants formés dans les couches, la quantité d’argent réduite puis retirée (en C-41, l’argent est enlevé au blanchiment/fixage), donc combien le négatif bloque la lumière. Plus il est exposé (dans une certaine limite), plus il est dense (sombre à l’œil). Une sous-exposition donne peu de matière formée, peu de grains sont activés, peu de colorants se forment, l’argent formé est moindre (puis retiré), le négatif reste clair, transparent. Un négatif couleur sous-exposé donne, après scan/tirage du bruit/grain très visible, des couleurs maigres, des ombres “vidées”, du contraste dur, une photo qui a un rendu « sec”. Sous-exposer puis sur-développer en C-41 (pousser) ne “rattrape” pas la matière perdue, cela monte le contraste, monte le grain, peut modifier le rendu des couleurs. On ne recrée pas les colorants qui n’ont pas été formés. La matière en couleur, elle se joue lors de l’exposition, pas lors du développement. Surexposer, dans la latitude du film maximale, sans la dépasser, active plus de grains, forme plus de colorants, donne un négatif plus dense, plus épais avec des transitions plus riches, un grain plus doux, un rendu qui semble “plein”. C’est la meilleure manière de donner de la matière à la couleur.

Kodak Gold 200 (un peu) : le plus “argentique” classique des films grand public actuels avec le grain visible, des tons chaleureux, des contrastes pas trop cliniques. Ce n’est pas une émulsion ancienne, toutefois elle ne cherche pas à être trop « propre ». Astuce : surexposer en exposant à 100 iso, développement standard sans dépasser le temps pour des couleurs épaisses, qui font moins “numérique” et si on veut + alors traitement C41 spécial sans respecter la norme standard.

Kodak Portra 400 (un peu) : très propre de base, avec une grande latitude qui accepte très bien la surexposition franche (+1 à +2 IL). Surexposé, il retrouve des transitions longues, de la douceur, une matière un peu crédible « ancienne ». Exposé “pile” à 400 iso, il peut paraître lisse et moderne. Poussé en sur-développant et exposé à 800 iso ou 1600 iso le rendu est très contrasté avec des ombres bouchées, une montée du grain, des couleurs saturés avec possiblement une dominante. Pellicule très onéreuse donc à ne pas trop expérimenter en développement spécial.

ORWO NC500 : Lui c’est l’anti moderne, avec une formulation atypique, des verts et jaunes particuliers, grain très présent. Ce n’est toutefois pas un rendu de type ancien Kodak ou Fuji. C’est un rendu spécial granuleux qui fait ancien, limite lo-fi.

Il y a aussi les films cinéma Kodak Vision que l’on trouve pour la photo mais le rendu n’est pas exactement identique aux pellicules couleur de 1ère génération. Ils sont intéressants car pensées pour le cinéma avec les couches physiquement épaisses, le négatif a une densité réelle avec en + une couche anti-halo (remjet). Le Vision3 est toutefois conçu pour l’étalonnage numérique, très optimisé, très stable, assez neutre. Le développement n’est pas le procédé C41, c’est le procédé ECN-2. Ils existent sous d’autres dénominations avec la couche remjet retirée et compatibles C-41 (CineStill 50D / 800T et d’autres marques artisanales). Enlever la couche anti-halo, ce n’est pas revenir au rendu ancien exact, c’est accepter que la lumière déborde. Le rendu s’approche un peu quand même, un peu car les les films couleurs anciens avaient des transitions moins contrôlées, n’étaient pas parfaits et laissaient parfois passer de la lumière parasite entre les couches. Les films Vision sans remjet ressemblent un peu à de l’ancien par leurs défauts visibles, pas par leur matière profonde. Les anciens films couleur avait une conception “tirage papier”, d’autres coupleurs couleur, d’autres équilibres de couches, + d’halogénure d’argent.

Les films périmés peuvent être proche d’un rendu ancien mais attention les résultats sont aléatoires, variables selon les conditions de conservation.

Kodak Gold 1ère version, ultra périmé (années 90–2000) : à l’origine des jaunes profonds, des rouges denses, grain présent, rendu très “photo de mémoire”. Vu les dates de fabrication le résultat ne sera pas garanti…

Fuji Superia / C200 anciennes versions : verts citronnés, contraste doux, palette non neutre, parfois déroutant (avec des dominantes), peut être poétique, signature couleur forte très typée FujiFilm (si elle n’a pas vrillée).

Une pellicule couleur négative repose sur de l’argent halogéné (comme le N&B), mais surtout sur des coupleurs colorés qui créent les teintes cyan / magenta / jaune. L’argent ne sert qu’à déclencher la réaction. À la fin du développement C-41, l’argent est presque totalement éliminé. L’argent est un catalyseur, pas le matériau final de la photo. Il y avait + d’argent avant dans les années 60–90 car les coupleurs couleur étaient moins sensibles avec des couches plus épaisses et moins de contrôle de la sensibilité. C’était pour obtenir de la densité, de la saturation, une bonne latitude d’exposition, on mettait alors + plus d’argent comme solution. Avec l’évolution les émulsions sont + efficaces avec des cristaux d’argent beaucoup plus petits, une sensibilisation spectrale fine, des couches multiples très minces, une meilleure séparation des couleurs avec moins d’argent, mais mieux exploité. Les films récents sont pensés d’abord pour le scan, la retouche numérique, l’impression jet d’encre. Beaucoup d’argent donne beaucoup de grain, trop de contraste, donc la quantité d’argent a été réduite. En revanche moins d’argent donne parfois une sensation de perte de matière, un grain moins présent, des couleurs moins épaisses, plus lisses, des hautes lumières plus contrôlées.

Si on cherche des couleurs “épaisses”, une matière visible, des rendus peu lisses, du grain visible, il faut soit choisir des films volontairement atypiques (ORWO, SantaColor, etc.), soit utiliser des films couleur anciens / périmés, soit maltraiter (légèrement) le développement.

Sur un négatif ancien noir et blanc des années 1930–70, on observe souvent une densité physique visible avec des noirs qui ne sont pas que sombres, mais épais, une impression de matière déposée, presque poudreuse, une image qui semble résister à la lumière. Parce que l’argent forme de véritables amas tridimensionnels, il y a beaucoup d’argent métallique réduit, les grains sont gros et nombreux.

Sur un négatif noir et blanc moderne optimisé (Delta, T-Max) l’émulsion est très mince, les grains sont plats, orientés, l’argent est parcimonieux, la densité est optique, pas physique. Le négatif laisse passer plus de lumière, crée le contraste par organisation, pas par masse, donne une image très lisible, très propre. L’œil perçoit ça comme finesse, précision, mais parfois absence de matière, de poids visuel. Ce n’est pas forcément un gros grain qui fait ancien, c’est la masse d’argent + la répartition + l’épaisseur. Deux films peuvent avoir un grain visible similaire mais un ressenti radicalement différent, parce que dans un film moderne le grain dessine, peut sembler graphique, moins organique. Dans un film ancien ou riche en argent, le grain fait écran, le noir est absorbé, pas totalement bouché, il reste lisible en donnant une impression de profondeur intérieure. Ce n’est pas “mieux / moins bien” c’est différent. Une densité optique c’est quand la structure “simule” le noir avec une couche d’émulsion très mince, un argent réparti avec précision. La lumière traverse beaucoup plus facilement, n’est pas vraiment bloquée, elle est seulement atténuée de manière contrôlée. Le noir existe, parce que la lumière est réduite, pas parce qu’elle est empêchée par une masse. La densité est un effet optique, pas une barrière matérielle. Par analogie densité physique un rideau épais, la lumière est arrêtée, la pièce reste sombre. Densité optique store léger, la lumière passe, elle est atténuée, ordonnée. Les deux font de l’ombre, un seul donne de la profondeur à cette ombre.

Surexposer pour la densité (pour les négatifs, pas les diapos)

Lors de la prise de vue surexposer permet à tous les grains d’argent de recevoir de la lumière, on optimise ainsi la densité qui est renforcée par le développement qui va dans le même sens. Si le négatif développé est très clair, ce n’est pas bon si on cherche un rendu « matière ». Quand on surexpose on active + de grains, même les plus petits, même les moins sensibles, même dans les ombres. Au développement + de grains d’halogénure sont réduits en argent métal, la masse devient continue, La surexposition n’écrase pas, elle remplit le négatif. On cherche la limite, un négatif dense n’est pas “bouché”, n’est pas illisible, il est chargé en argent. Il semble épais, il freine la lumière, il a une présence physique. En argentique négatif sombre = image riche en informations ; négatif clair = image pauvre en matière. C’est l’inverse de l’intuition numérique. Quand on sous-expose une partie des grains d’halogénure d’argent ne reçoit aucune lumière, ils restent totalement inactivés. Un grain non exposé même avec un développement long, ne deviendra pas argent métallique, il sera dissous et éliminé lors du fixage. On surexpose, (pas trop quand même +1 Ev ; +2 limite à tester) pour que le maximum de grains d’halogénure d’argent reçoivent au moins un photon.

Les révélateurs à privilégier pour le noir et blanc : on cherche une réduction complète de l’argent, Rodinal ou R09 à dilution forte = micro-contraste + grain plus léger qu’en dilution standard qui donne un grain très visible, il donne une signature très “photographie du XXe siècle”, ça dépend ce que l’on souhaite dans tous les cas il faut un développement abouti. Ilford Microphen est très bien pour les films anciens ou riches en argent, il garde les noirs profonds sans les écraser. XTOL dilué 1+1 ou 1+2, + fin, excellent pour récupérer matière et nuances. Réduire l’agitation, dilution du révélateur et temps de développement légèrement allongé. Pour un rendu ancien sur-exposer, développer doux, temps allongé. Le but est d’obtenir un négatif dense pour exposer tous les grains d’halogénure d’argent. Les films anciens n’étaient pas “propres », ils étaient pleins. Kodak Double-X + Microphen ou HP5 Plus exposé à 200 iso + Rodinal dilué 1+50 voire 1+100 et agitation minimale. Quand on regarde le négatif développé il paraît trop dense (sombre), pas de souci, c’est cela que l’on vise. C’est une approche, quand on dit “développer doux”, il faut comprendre aussi ne pas sous-développer, il s’agit de ne pas brutaliser le contraste global mais faire attention au sous-développement. Le but est de réduire au maximum tous les grains d’argent.

Il y a une autre approche pour les films périmés, c’est un développement énergique avec par exemple Rodinal à dilution standard ou Microphen, temps un peu allongé et agitation un peu appuyée. ça parait + violent mais il y aura de la densité et du contraste, le résultat peut être meilleur sur les films noir et blanc périmés pour lutter contre le voile des films anciens qu’un développement lent. Un développement lent risque de faire monter le voile sur des films très périmés. Un développement trop court ou trop timide donne des noirs “gris”, de la matière incomplète, on veut un négatif qui a de l’info et du « corps », donc temps un peu allongé, révélateur qui va “au bout” pour de l’argent métallique pleinement formé et agitation un peu + que d’ordinaire. Le voile d’un film périmé depuis longtemps est dû a des grains d’halogénure d’argent qui se sont activés tout seuls avec le temps, par chaleur, rayons cosmiques, radioactivité naturelle, instabilité chimique, un peu déjà “exposés”. Ce voile est réel, physique, devenu structurel, il est dans l’émulsion. Un révélateur connu pour être très actif (Rodinal, Microphen, etc.) et temps un peu allongé donne une bonne réduction de l’argent. Les grains “voilés” sont aussi réduits(transformés en argent métal), On n’enlèvera pas complétement le voile, on va chercher tout ce qu’il reste en latitude d’exposition. Le voile devient un peu moins perceptible par contraste relatif. On aura du grain visible mais de la densité qu’on est allé chercher. C’est subtil le développement argentique aussi.

Concernant la couleur si on veut maltraiter le développement C41 pour tenter un rendu ancien, c’est délicat, à faire soi-même. Commencer des tests avec des photos non critiques et prendre des notes pour pouvoir reproduire (ne pas faire ça avec les photos de mariage de la cousine). Développer un peu + chaud (39–41 °C au lieu de 38 °C), pour un aspect moins lisse, des couleurs +chaudes qui peuvent être parfois un peu instables, un grain plus présent, du micro-contraste accru. Comme la chimie s’emballe les couches couleur réagissent moins “proprement” entre elles. C’est un premier pas pour casser le rendu trop propre. On peu aussi tenter un peu plus froid (36–37 °C), pour des couleurs plus douces, une saturation inégale, parfois des dominantes subtiles, intéressant pour des films très neutres d’origine. Avec une agitation minimale ce qui va donner de légères inégalités, des transitions moins lisses, une texture organique. Un temps dans le révélateur un peu + long (+10 à +20 %) pour une densité accrue, des couleurs plus épaisses, contrastes plus marqués, possiblement des dérives de teinte toutefois. Un temps + court que le standard (-10 %) va donner un rendu plus doux, des couleurs moins « justes », parfois un côté pastel, un grain perçu plus présent, effet poétique possible. Faire un pré-bain avec eau à 38–40 °C avant le révélateur couleur, la gélatine gonfle, la chimie pénètre moins uniformément, les transitions seront un peu plus épaisses pour un rendu légèrement moins lisse. C’est très subtil, mais ça retire un peu de « propreté » lisse. Utiliser un révélateur couleur fatigué, légèrement oxydé, couleurs moins nettes, saturation plus irrégulière, parfois un léger voile, matière plus “sale”, à manier avec parcimonie, ça peut vite basculer en rendu moche si bain trop fatigué. En C-41, la matière réapparaît quand la chimie cesse d’être parfaitement dans les clous du standard strict. On cherche de la matière là, pas du tout beau, du pas granuleux, des couleurs justes, du tout propre, tout lisse, pas un rendu « clinique », pas du numérique à 100 millions de pixels, c’est l’opposé.

Le scan

Une différence au scannage : Face à une densité physique, la lumière est freinée, le scanner s’adapte, les zones denses restent denses. Face à une densité optique, la lumière passe partout, le scanner “voit tout”, il reconstruit le contraste. Les scanners sont conçus pour une lumière très uniforme, un rendu linéaire, une extraction maximale d’informations. Sur un négatif riche en argent et dense, la lumière est fragmentée, la matière est conservée. Sur un négatif mince et sous exposé (comme on est en mode inversé négatif clair et transparent, peu dense), la lumière traverse cela donne une image plate mais précise, dont la densité n’oppose pas de résistance matérielle. Le scanner peut amplifier le caractère du négatif, il ne le crée pas. Le paradoxe c’est que l’on peut arriver à un rendu très proche d’un capteur numérique … Les fabricants ont cherché à rendre les films plus fins, plus scannables, plus “propres” et ont parfois sacrifié ce qui faisait une différence aisément perceptive entre argentique et numérique.

Réglage du scanner, à désactiver absolument netteté, clarté, contraste automatique, courbes auto, amélioration des détails, tout ce qui “aide” et enlève l’effet de matière. Si le scan est immédiatement bon et beau il a probablement été trop interprété. Il s’agit d’obtenir un rendu « fade » avec le maximum de détails, au format Tif, pour ajuster ensuite en post-traitement. Ajuster le contraste, lentement, il doit venir de la masse, pas de manière logicielle artificiellement poussée.