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Le piège argentique

ou le perfectionnisme analogique … On peut se retrouver à faire de l’argentique au départ pour le rendu et le processus et au final entrer dans un système qui prend + de temps en traitement numérique derrière. Le vrai problème (et il est rarement dit clairement), ce n’est pas l’argentique. C’est le fait de vouloir tout maîtriser + tout optimiser + tout contrôler derrière. Avec développement maison, scan maison, post-traitement avancé, correction précise des dominantes, gestion des défauts. On recrée une chaîne numérique… plus lourde que le numérique lui-même.

Une recherche de contrôle total : On fait tout soi-même avec les avantages, une cohérence totale, une compréhension profonde, un rendu très personnel. Inconvénients énorme temps passé, fatigue physique et mentale, un fort risque de saturation et de lassitude.

Une voie pragmatique : déléguer le développement couleur et le scan à un laboratoire professionnel pour se concentrer sur la prise de vue avec un gain de temps massif avec un rendu couleur standardisé. Garder uniquement la pratique maison pour le noir et blanc en développement maison pour échapper au développement couleur et au scannage qui est délicat. Les inconvénients sont le coût, le rendu “standardisé” avec scanner Noritsu / Frontier, moins de contrôle donc sur le rendu mais c’est possiblement le meilleur équilibre pour ne pas se lasser et garder du plaisir.

Mettre en place une pratique hybride : par exemple labo pro pour le développement couleur avec scannage de base et re scan maison ensuite uniquement pour certaines photos. Choisir où on veut mettre son énergie

Le piège subtil : “On finit tout le temps avec des fichiers numériques”… Si l’objectif final est numérique… Il est intéressant de réfléchir à la chaîne complète ; argentique → scan → correction → export = finir numérique. On finit par du numérique en + compliqué.

Questions à se poser : À quel moment tu veux t’arrêter dans le processus ? après la prise de vue ? après le négatif ? après le scan brut ? après une interprétation numérique ? Parce que chaque étape rajoute du temps… et change la nature de la pratique.

Il est possible de faire de l’argentique pour l’expérience + expérimentation, pas pour tout et rester au 100% numérique pour le reste quand on veut une production maîtrisée. Concernant l’argentique, cela va dépendre de la fréquence, peut être ne pas hésiter à déléguer la partie labo et scan. Ne garder que le développement et le scan maison pour des projets spécifiques qui valent l’engagement et le temps passé.

L’argentique peut devenir plus chronophage que le numérique, surtout quand on veut un rendu “parfait”, que l’on a une attente forte en termes de rendu. Tout dépend en fait de son rapport au temps passé, de ce que l’on veut vivre dans sa pratique photo, de son niveau d’exigence sur le rendu final.

Paradoxalement quand on creuse, que l’on va loin dans une recherche d’un rendu spécifique et que l’on fait tout soi-même, l’argentique est une pratique plus difficile et plus fatigante que le numérique …

L’aspect “poétique”, romantique de l’argentique cache sa réalité physique et mentale. L’argentique devient difficile dès qu’on le pratique très sérieusement. En réalité on ne quitte pas le numérique, on ajoute l’argentique par-dessus. Chaque étape demande de la précision, exposition soignée, développement (temps, température, agitation), scan (avec une interprétation énorme), correction (avec des couleurs parfois instables). Rien n’est “automatique”, tout est fragile et demande du travail. On peut arriver à de la fatigue décisionnelle, choisir quelle pellicule, car en argentique le rendu commence dès le choix du film. En noir et blanc quel révélateur, quel rendu visé, quel compromis accepter. Cela peut être épuisant sur la durée.

En argentique usage basique en sous traitant développement et scan = assez simple. En usage approfondi, la pratique argentique est beaucoup plus exigeante que le numérique. L’argentique paraît simple tant que l’on ne cherche pas à le maîtriser.

Pratique argentique en mode “léger”, plaisir, spontanéité, rendu accepté tel quel. Argentique exigeant, rendu maîtrisé, processus complet, demande temps + énergie, satisfaction plus profonde mais risque d’épuisement. Au niveau d’exigence équivalent l’argentique est plus fatigant que le numérique mais il peut être + engageant, + tangible, + “vécu”. En fait il s’agit de calibrer son degré d’engagement. Parfois on trouve que le développement + scan à faire soit même lourd, puis le désir de voir ses photos est une motivation pour mettre le processus en action.

Est-ce qu’il est raisonnable de faire de l’argentique ?

Valable d’utiliser encore du film quoi à l’ère du numérique ? Pour vivre une expérience photographique tangible, oui complétement. Dans une démarche de processus, oui complétement aussi. Si on est très sensible au rendu et que l’on veut et voit une différence avec le 100% numérique, oui également. Si on veut expérimenter même au niveau du développement dans une pratique manuelle, oui. Si on veut du facile, de l’immédiat, du très simple, non. Si on n’est pas prêt à des investissements spécifiques aussi bien financiers que niveau connaissances, temps, engagement, non. Si on ne voit pas la logique, une différence de rendu et que l’on est satisfait avec un preset de rendu de type analogique alors non. Il y a un choix tout simple, faire les deux, du 100% numérique et de l’argentique pour des projets particuliers …

Cela dépend vraiment de son envie. Parfois on a un désir d’instantanéité, on a envie de voir ses photos rapidement sans un post-traitement avancé. Le numérique est alors le bon choix car en argentique il y a forcément du délai, un temps d’attente et quand on fait soi même le développement et le scan cela demande du temps. On peut ne pas avoir envie et repousser car le processus est chronophage et contraignant. On peut avoir envie de la légèreté de la pratique numérique avec un boitier que l’on connait bien, en faisant un réglage perso des jpg avec la méthode raw+jpg et on a de suite un rendu qui convient en gardant les raw si ont veut modifier les photos plus tard. Il n’y a pas d’opposition entres les pratiques, cela peut dépendre des projets. Il est clair que c’est agréable de pouvoir voir ses photos de suite, parfois on se polarise trop sur le post-traitement. Si c’est le fait de déclencher, de mitrailler allégrement, de faire des essais de compositions atypiques, en fait si c’est pour l’expérience photographique, sortir faire des photos en mode décontracté, le numérique est agile et quand on est déjà équipé, bien moins onéreux au clic que l’argentique.

Pourquoi utiliser l’argentique ?

Sur ce que l’on appelle le “rendu pellicule”, même une fois scanné (donc passé dans un flux numérique), on peut lister pas mal de dimensions. Certaines sont physiques/chimiques, d’autres perceptives (qui relèvent de la perception).

La structure du grain (pas équivalent au bruit numérique) : Le grain argentique, ce n’est pas le “bruit” numérique. Il y a taille du grain (fin / moyen / grossier) ; régularité / irrégularité ; agglomération (grain compact ou aéré) ; texture perçue (crémeux / sableux / poudreux / rugueux) ; visibilité dans les ombres vs hautes lumières ; grain chromatique ou neutre (couleur) ; micro-mouvement visuel (le grain “vit” différemment du bruit numérique) Delta 100 → grain fin, propre , Tri-X → grain nerveux, organique, Fomapan 400 → grain plus brut, Portra 400 → grain doux.

La courbe tonale / réponse densitométrique : Très important. Une pellicule n’enregistre pas la lumière de façon linéaire comme un capteur brut. Il y a la pente des contrastes, douceur des transitions, compression des hautes lumières, comportement des basses lumières, profondeur des noirs, séparation des demi-teintes, roll-off des hautes lumières, abrupt / progressif, C’est souvent LE truc qui fait « film » et on le différencie bien dans les tons moyens aussi… Portra : hautes lumières longues et douces, Velvia : contraste plus sec, HP5 : courbe souple, Tri-X poussée : raide.

La latitude d’exposition : différence énorme avec le numérique avec une capacité à récupérer les surex, tolérance à la surexposition en négatif, comportement en sous-exposition, dégradation progressive ou brutale, typiquement négatif couleur → énorme tolérance à la surex ; diapo → tolérance faible ; numérique → souvent moins de marge avec HL brûlées brusquement.

Couleur / palette chromatique : Énorme sujet. Balance globale d’emblée selon le film, chaude, froide, neutre, magenta, cyan, jaune, verte. Saturation faible, moyenne, élevée, saturation sélective selon les couleurs. Type de couleurs pastel, dense, vibrantes, terreuse, acidulé, citronné, réaliste, stylisé, rétro. La réponse par couleur, chaque couche réagit différemment. rouges puissants, bleus cyan, verts désaturés, jaunes très chauds, Velvia ≠ Portra ≠ Gold ≠ Superia ≠ ORWO NC500 ≠ NC 400 ≠ NC200 ≠ LUCKY ≠ Kodak Ultramax ≠ Santa Color 800 etc.

Microcontraste : aspect possiblement sous-estimé, le rendu des détails fins soit mordant, avec de la ,douceur, séparation des textures, acutance, netteté perçue. Kodak T-Max → mordant, Foma → beaucoup moins, certains films couleur → très doux …

Halation : très spécifique à certains films, halo autour des hautes lumières, intensité, teinte (souvent rouge/orange), extension, douceur. Cinestill 800T → énorme ; Vision3 standard → beaucoup moins.

« Bloom » / « glow « lumineux, ce n’est pas exactement halation, c’est la diffusion des hautes lumières, glow doux sur l’ensemble des tons clairs, bloom peut être très local, la diffusion peut être globale selon le support, les couches d’émulsion, la diffusion interne du support du film, l’optique, le scanner aussi. Bloom c’est la diffusion physique la lumière déborde, halo c’est descriptif sur quelques points de haute lumière, glow c’est une sensation de diffusion douce globale (genre on met un filtre qui va diffuser sur toute la photo).

Le rendement spectral : sujet passionnant. La pellicule « voit » les couleurs différemment qu’un capteur. Les variables sont la sensibilité au rouge, au bleu, au vert, UV / IR selon les films et le couchage et la composition des couches couleur. certains verts feuillus très différents, carnations spécifiques, ciels pas le même rendu qu’en numérique.

Le rendu des tons chairs, souvent déterminant. Aspects douceur, rougeur, neutralité, rendu jaune, séparation des tons chair.

Profondeur perçue / modelé : subjectif mais réel. Ce que l’on perçoit des transitions douces ou pas, volume, modelé,“épaisseur” des tons. Souvent un mélange de courbe de tonalité + grain + couleur + microcontraste.

L’apparence des noirs : Les noirs ne se ressemblent pas. Variables : noirs profonds, noirs levés, noirs ouverts, noirs bouchés, noirs mats, noirs brillants, noirs charbonneux, très visible et flagrant en N&B.

Le rendu des hautes lumières : Très distinctif/numérique, hautes lumières crémeuses ? abruptes ? détaillées ? pastel ? qui “fondent” ? Le numérique peut imiter, mais ce n’est pas exactement la même réponse.

« Défauts » / artefacts organiques, qui peuvent faire partie du charme parfois, poussières, micro-rayures, variations chimiques, développement irrégulier, réticulation, dominante inattendue, voiles, vrillage couleur.

Le support physique, même en scannant c’est une base film : triacétate, polyester, épaisseur, transparence, couleur du masque orange ou autre. Cela influence le rendu.

Scanner = interpréter : Le “rendu film” scanné est film + scanner + logiciel + profil + inversion + corrections. Un Nikon Coolscan ≠ Frontier ≠ Noritsu ≠ Epson ≠ DSLR scan. Donc parfois on compare… des scanners, pas des films .

Acutance / contour, aspects différents de la résolution pure. Un film peut sembler très net sans résoudre énormément avec des contours plus doux ou plus nerveux, de la pseudo netteté.

L’aspect émotionnel / perceptif : on associe souvent au film organicité, imperfection, douceur, temporalité, matérialité, nostalgie, une part d’imprévisibilité. Ce n’est pas purement technique.

Ce que l’on obtient avec un film, une combinaison de texture, courbe tonale, palette couleur, réponse spectrale, latitude, halation/bloom, microcontraste, acutance, défauts organiques, interprétation du scan et lors du scannage. Le numérique peut simuler ces dimensions, il ne les génère pas naturellement de la même manière physique. Le résultat visuel peut parfois être proche. Le processus, le mécanisme, non.

Une autre grande différence avec le numérique c’est que l’on a tendance a être beaucoup plus attentif, sélectif dans le quand on déclenche car les pellicules ne sont pas données alors on fait attention. Cela apprend aussi à accepter de faire une sortie photo et de ramener très peu de photos, un remède contre la déclenchite aïgue. 🙂