Quel est le nombre de photos faites par an dans le monde ? Rise Above Research publie chaque année un « Worldwide Image Capture Forecast ». Leur édition 2024 annonce ≈ 1,8 billion (1 800 milliards) de photos prises dans le monde en 2024 (tous appareils confondus). Les estimations pour l’année 2025 sont autour de ≈ 2,1 billion, soit ≈ 5,3 milliards de photos par jour (≈ 61 400 par seconde). ≈ 94 % des prises de vue sont avec smartphone en 2024, cette part ne cesse d’augmenter,.
On parle bien de plusieurs milliards… par jour : autour de 4,7 à 5,3 milliards/jour selon l’année et la source. Ces chiffres sont des estimations/forecast (prévus) élaborés par cabinets spécialisés (modèles de parc smartphones/APN, usages, démographie, etc.). Ils ne proviennent pas d’un comptage réel global. on parle de captures = déclenchements, pas forcément de photos uniques conservées car il y a des rafales, bracketing, doublons. Certaines études distinguent les “photos prises” des “photos sauvegardées” (cumul). Il s’agit d’un ordre de grandeur, à considérer comme une indication, pas comme un audit exhaustif.

En tant que photographe qu’en conclure ?
- Positionnement : dans cet océan de photographies, l’enjeu n’est pas de produire +, c’est de produire avec de la personnalité (cohérence de série, intention, récit).
- Process : travailler l’éditing et la sélection devient aussi important que la prise de vue — côté workflow, c’est le tri (dédoublonnage, choix réfléchi, élimination, notation, association, cohérence) qui va créer de la valeur.
- Différenciation : le smartphone domine la quantité ; l’expérience (lenteur, film, procédé, matière) et la vision d’auteur créent la rareté.
Même avec plusieurs milliards d’images par jour, la rareté ne vient pas de la quantité, elle vient de l’intention, de la vision, de la sélection, et de la cohérence artistique. Le style photographique est un antidote à la surproduction.
Souvent nous ne photographions plus pour conserver, nous photographions pour exister socialement. La photo est devenue un acte de communication avant d’être un acte de mémoire. Elle sert à dire : « Je suis là », « J’y étais », « Regardez-moi ». La photo devient éphémère (Stories, Reels) : vue → oubliée → remplacée. L’image est consommée comme un flux, pas comme une trace.
La quantité dévalorise l’image… mais revalorise l’œuvre. Quand tout le monde produit des images, le tri devient primordial. → noyade dans ses propres archives. L’auteur doit sélectionner, éditer, structurer. Le discernement est le talent, il est aussi rare aujourd’hui. Un discernement des nuances.
Le smartphone standardise les optiques, la dynamique, les corrections auto, les couleurs « marketing ». avec une explosion de « bonnes photos » techniquement mais pas forcément des photos qui marquent et resteront. Un gros grand volume peut épuiser l’attention. On ne regarde plus les photos, on les fait défiler. Une photo devient précieuse exactement quand elle résiste à cette vitesse. Quand tout se ressemble, l’œil s’arrête quand il sent une signature, il reconnaît un regard, il perçoit une intention récurrente. Ce qui touche, c’est ce qui a du sens : le temps passé, la relation avec le sujet, le geste choisi. Une bonne photo n’est plus une prise, c’est une marque de présence.
| Hier | Aujourd’hui |
|---|---|
| Savoir régler | Savoir choisir |
| Montrer ce qu’on a fait | Montrer moins pour dire + |
| Maîtriser la technique | Maîtriser l’expérience |
| Laisser parler le réel | Suggérer, construire une narration, mettre de la personnalité |
L’auteur contemporain doit appuyer sa singularité, pas uniquement sa technique. C’est sa façon personnelle de voir qui peut faire une différence.
Dans le torrent des images, une seule photo peut suffire quand elle sait nous retenir.
Dans le flot, il y a un nouvel acteur, les images générée par IA puis retravaillées manuellement, ce n’est plus vraiment de la photographie ?
Les images générées par — Midjourney, DALL·E, Firefly, etc. — produisent des visuels d’une qualité telle qu’elles imitent la photographie. Elles ne captent pas le réel, elles le synthétisent. Elles ne témoignent pas, elles interprètent à partir d’un réservoir d’images existantes. Elles ne rencontrent ni la lumière, ni matière, ni personne.
La photographie, depuis son invention, repose sur un pacte implicite « Ce que tu vois a existé devant un objectif, à un instant précis.” Ce lien physique, ce témoignage de présence, est ce qui distingue la photo d’un dessin, d’une peinture ou d’un rendu numérique. L’IA, elle, rompt ce pacte : elle invente des traces de réalité. Même si l’image semble photographique, elle n’a pas eu lieu. Ce glissement n’est pas neutre, il change notre rapport au souvenir, à la preuve d’une existence. L’image générée n’est pas fausse par défaut, elle n’est plus un témoin d’un moment. Elle ne raconte pas ce qui a été, mais ce qui aurait pu être. Ces images hybrides, générées par IA puis retravaillées manuellement sont une forme d’art numérique, qui peuvent être riches plastiquement. Toutefois cela reste de l’image composée, pas de la photographie au sens strict. Parce que la photographie, même retravaillée, garde toujours un ancrage dans le réel avec un moment de lumière, une empreinte physique, un lien avec le monde. Quand cet ancrage disparaît, on quitte la photographie pour entrer dans la fabrique d’images. Cela ne veut pas dire que c’est “moins bien” — mais c’est autre chose. Un autre langage, un autre rapport au monde. L’IA apprend sur nos photographies pour produire des compositions, des lumières, des visages. Elle ne voit pas. Elle compile. Elle ne ressent pas, elle reconstitue.
Ce que cela change pour les photographes : Le témoignage devient précieux. Avec des images inventées, les photos “vraies” celles issues d’une expérience vécue, gagnent une valeur nouvelle. Le spectateur redécouvre le plaisir de croire à ce qu’il voit. Dans le montrer le réel tel qu’il est, la photographie reprend son rôle d’écriture pas d’imitation. Ce qui pourrait compter désormais, ce n’est plus la perfection formelle, c’est la présence du photographe, son regard, sa sincérité, sa relation avec le sujet. Quand presque tout peut être fabriqué, l’authenticité deviendrait il un luxe ?