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Développement de vieux films

Le pourquoi ? c’est pour faire à la fin un bilan sur les pellicules anciennes et celles dites périmées. Est-ce qu’il peut encore y avoir une possibilité de développer des pellicules exposées depuis des dizaines d’années par exemple. En incluant ce bilan dans la pratique de la photographie expérimentale. Ainsi, j’ai pu récupérer 4 films noir et blanc très très périmés et exposés depuis de longues années.

Un Kodak Super XX au format 620 (lancé officiellement en 1956 et resté disponible jusqu’à 1997). Il s’agit d’un film similaire au format 120 avec une bobine plus fine. Il est à noter qu’il s’agit de l’ancêtre de la Kodak Tri-X (3X elle). Puis un Verichrome Pan au format 120 (lancé en 1938, discontinué en 1992), une Kodak Tri-X pro 35mm 2ème génération et une Gevapan 33 au format 120.

Deux sont actuellement développés au Rodinal à la dilution 1+25 , avec prémouillage, agitation 30s toutes les minutes, 10 minutes dans le révélateur à 20 degrés, bain d’arrêt avec acide citrique, fixateur durcisseur Bellini. L’objectif était de récupérer les photos sur ces films avec l’utilisation d’un révélateur énergique. Bien que le Rodinal soit réputé pour renforcer le grain, dans le cas de ces films très périmés, qui sont d’ailleurs déjà bien granuleux d’origine, la priorité était de se donner le maximum de chance de réveiller ces anciennes émulsions forcément altérées par le temps, avec des conditions de conservation inconnues. Le Rodinal avec son acutance forte, les transitions nets entre ombres et lumières « découpe » les contours, cela aide à la visibilité des photos, Toutefois cela renforce aussi toutes les micro-dégradations (craquelures, piqûres, voile résiduel…) d’un film très ancien. Le grain classique du film est accentué visuellement et les irrégularités de l’émulsion (causées par le vieillissement) aussi. Réflexion/expérimentation : Le Microphen d’Ilford agirait avec plus de douceur tout en ayant un effet énergique connu. Il reste à en acheter pour tester sur les futures pellicules anciennes. Le développement lent (stand dev) fait monter le voile, donc ce n’est pas conseillé pour les pellicules très anciennes qui ont forcément une montée du voile dans les tons moyens car c’est que l’on constate couramment .

Le Film Kodak Super XX

Une pellicule exposée depuis plus de 60 ans retrouvé lors d’une succession : Le développement n’a pas été facile car le papier vert au dessous noir entourant le négatif au format 620 avec un rembobinage très serré, s’était collé en partie sur l’émulsion avec le temps. Il a fallu faire un prémouillage appuyé en laissant le film tremper 10 minutes, puis 2 rinçages encore à 20 degrés pour ensuite le ressortir de la cuve Paterson dans le noir, pour enlever délicatement le papier qui s’est finalement décollé. La bonne nouvelle c’est qu’il y a des photos sur le négatif ! L’émulsion est altérée avec des traces du papier sur une partie, un voile sur les bords, des tâches noires ainsi que des bandes verticales sombres, dû au transfert et collage du « backing paper » et probablement une réaction chimique avec la compression de l’émulsion sur la bobine durant autant d’années + humidité. Après examen approfondi les tâches noires, rondes ou irrégulières sont bien des pertes localisées de l’émulsion sensible (en blanc transparent sur le négatif). La période des prises de vues est estimée entre 1955-1960. Les photos sont en 6X9 probablement faites avec un appareil de type Kodak Brownie.

Il est à noter qu’il n’y a pas énormément de voile. global Il y a eu des fuites de lumière ou du voile sur les bords, des traces du papier noir qui s’est collé à l’émulsion probablement sous l’effet de l’humidité et des altérations de la structure de la couche de gélatine.

Version avec correction des tâches et des poussières…

Rue à Vichy – circa 1955–1960 – Film Kodak Super XX retrouvé exposé en avril 2025

Vichy – circa 1955–1960 –

Transformation en 6X6 post-traité en respectant l’aspect ancien. 🙂

Kodak Tri-X 2ème génération

Sur la petite bobine 135 Kodak de 12 poses retrouvée avec le Super XX, il n’y a qu’une seule photo d’un groupe de personnes, sans grand intérêt de type inauguration d’un bâtiment (photo unique pas insérée car ce sont des personnes qui posent) … Ensuite rien. C’est toujours un peu décevant quand il n’y a pas grand chose sur une pellicule … Le film a dû être retiré de l’appareil pour l’utiliser plus tard en ressortant l’amorce et oublié ensuite… C’est une pratique courante quand on a besoin d’un autre type de film sans avoir terminé celui dans l’appareil. Le fait que ce soit une 12 poses indique un besoin ponctuel. Comme on voit une Peugeot 405 sur la photo, les prises de vues sont moins anciennes que la précédente et l’émulsion n’est pas altérée.

Ce qui est intéressant : Le négatif porte l’indication TX 5063. Avant 1954 le Tri-X existait uniquement en 160 asa en film 35mm. En 1954 Kodak sort une nouvelle formule de Tri-X 400 iso pour usage grand public (films 120 et 35mm) nommée Tri-X Pan. Dans les années 1960-1970 ils stabilisent la Tri-X sous le code mentionné de 5063 pour une version pro nommé Tri-X Pan Professional, pour les 35mm en bobines classiques et le format 120. Cette version destinée à la photographie professionnelle (presse, studio, reportages) était donnée pour une plus grade stabilité, régularité, avec des notices de spécifications professionnelles. L’émulsion de base était très similaire, mais la version Pro était plus constante d’un lot à l’autre (important pour les labos pros qui tiraient beaucoup). Ce code 5063 est resté utilisé jusqu’à la réforme Kodak de 2007, où la Tri-X Pro a été modifié. 5063 ce n’est donc pas la toute première génération de Tri-X historique (1940-1950), c’est un Tri-X de deuxième génération, celle qui a rendu le film mythique en photo de rue et de reportage utilisé par des photographes comme Don McCullin, Garry Winogrand, Diane Arbus … Ce code indique une période de production entre 1960 et 2007. Quand Kodak a fait évoluer la Tri-X en 2007, ils ont spécifiquement refusé d’utiliser du grain tabulaire, parce qu’ils savaient que les photographes ne pardonneraient pas un changement aussi radical avec une perte du grain classique, la crainte de casser un rendu historique qui viendrait en plus concurrencer sa propre T-MAX. Le but était d’affiner sans trahir complétement l’essence de ce film. Maintenant il ne reste qu’une seule version appelée Kodak Tri-X 400 TX avec une granularité un peu plus fine que la 5063.

CodeFilmPériode
Sans code, marqué « Tri-X Film »Première génération 1940-1950
5063 TXTri-X 400 Pro 35mm/1201960–2007
400TX (avec nouveau packaging)Tri-X 400 moderne2007 à aujourd’hui

Il y a eu un changement majeur entre le Kodak Tri-X 5063 (l’ancienne génération) et le Tri-X 400 TX (la version actuelle après 2007). Le 5063 a un rendu plus brut, avec un aspect ancien argentique très typé années 60–90. Le 400 TX est plus moderne avec plus de finesse, en étant plus polyvalente, conçu aussi pour l’ère numérique afin de faciliter le scannage.

AspectKodak TRI-X pro 5063TRI-X 400TX actuelle
Type d’émulsionAncienne émulsion cubique classique (grains assez gros, irréguliers)Nouvelle émulsion optimisée (grains affinés toujours cubiques classiques)
GrainPlus visible, plus rugueux, aspect « salé-poivré » typiqueGrain plus fin, plus lissé, meilleur rendu pour agrandissements
ContrasteNativement élevéCourbe tonale légèrement adoucie pour post-traitement numérique. Contraste plus régulier, légèrement plus lisse.
Sensibilité réellePlutôt ~320 iso en pratiquePlus proche du 400 iso nominal
Réponse spectralerenduMoins linéaire (effet légèrement plus dramatique en N&B), rendu rugueux, brut, texturé, paressant pas net avec grain visible.Plus large, meilleure gestion des hautes lumières avec une tonalité plus uniforme, meilleurs tons de peau. Rendu moins rugueux avec grain plus fin et légèrement plus contenu.
DéveloppementAdapté aux révélateurs traditionnels anciens (D-76, Rodinal)Optimisé pour révélateurs modernes
Comportement au scanMoins lisse, plus texturé, potentiel d’effets argentiques brutsScans plus nets, dynamiques plus douces
DisponibilitéPlus produit depuis 2007Toujours fabriqué et vendu

Kodak Verichrome pan 125 iso

Film au format 120 exposé depuis + de 60 ans retrouvé avec les deux autres (avec des photos de foot dessus au format 6X9), non développé auparavant. Développement : Essai au révélateur Microphen stock non dilué, (au lieu de précédemment au Rodinal) 14 minutes à 20 degrés, agitation 15s toutes les minutes. Le but c’est de minimiser le grain après l’expérimentation précédente au Rodinal qui avec sa forte acutance amplifie aussi visuellement les défauts de l’émulsion (révélateur réputé pour augmenter la sensation de netteté, tout en accentuant la granulation visible). De prime abord les photos sur le négatif étaient peu visibles faisant même penser qu’il n’y avait rien sur le film. La pellicule est très altérée par le temps avec un rendu très peu contrasté et grisâtre. Comme quoi quand on est au labo encore plus dans un moment de fatigue, il ne faut pas désespérer car le scan a bien rattrapé en allant chercher la moindre trace d’image. En effet c’est en général très décevant quand on s’applique à tout bien faire, en réfléchissant en amont à quel révélateur utiliser pour un résultat optimal, que l’on est très précis sur les temps de développement, de se retrouver sans rien sur une pellicule. C’est un fait à prendre en compte en photographie expérimentale, à la fois se préparer à une déception et aussi aux bonnes surprises. Résultat : Un rendu très doux, ok au niveau du grain (en même temps c’est un film autour de 100 iso donc le grain est par nature moins grossier au départ), forte densité du négatif (comme c’est inversé en négatif il est très clair, on voit à peine des traces d’images). Le scanner a bien rattrapé avec une intervention manuelle sur la courbe des tonalités pour aller chercher les gris. En post-traitement le contraste a été poussé à fond de curseur pour obtenir un rendu correct. Est-ce que le Rodinal aurait fait mieux ? ça on ne peut pas savoir. Cette pellicule est très altérée avec des attaques fongiques et des tâches noires. IL n’y a que 5 photos de joueurs de foot au format 6X9, rien d’identifiable sur les autres vues à part des tâches de dégradation de la gélatine.

Une belle attaque fongique sur l’émulsion ! Les champignons (moisissures de stockage) apparaissent quand l’émulsion gélatine (issue de collagène animal) devient un milieu nutritif pour les spores fongiques pour des films conservés dans un endroit humide et chaud pendant longtemps, surtout dans des boîtes métalliques ou quand ils sont enroulés trop serrés.

Critères attaque fongique argentique Présent ici
Structure filamenteuse, ramifiée✅ Oui
Zone laiteuse/opaque en bordure✅ Oui
Attaque partielle de l’image✅ Elle « mange » le bord du film
Rendu irrégulier, diffus✅ Typique d’un champignon (et non d’un défaut chimique uniforme)

Sympa cette photo (avec post-traitement sur contraste – luminosité)

Verichrome Pan

Des infos sur le Verichrome Pan, date de lancement : 1956 – 1ère version panchromatique de la série Verichrome. Successeur de la Kodak Verichrome qui est un film orthochromatique lancé en 1931 (sensible uniquement à la lumière bleue, verte et pas au rouge, peut donc se développer sous lumière rouge pas dans le noir complet). La version suivante avec le « Pan » comme panchromatique donc (sensible à tout le spectre hors UV) est destiné aux appareils moyens formats grand public (format 120, 620). Très utilisé par les amateurs exigeants, les journalistes locaux, et les photographes de rue, à son époque. Film réputé pour sa très bonne tolérance à l’exposition, ce qui était pratique pour les boîtiers sans cellule ou à exposition très approximative. Il a la réputation d’un film « tolérant et fiable » qui était fréquemment utilisé pour la photographie familiale, documentaire et de terrain. Aujourd’hui encore développable, mais comme film périmé il présente souvent une émulsion fragilisée avec perte de densité, voile léger. Arrêt de la production en 1992, remplacé par la Kodak T-MAX 100, à grain tabulaire. Le Verichrome Pan est parfois recherché par les fans d’argentique pour sa douceur et son rendu vintage typique et très doux. Normalement, si encore en état, le rendu est gris chaud, un peu métallique, avec des très bons dégradés de gris, un contraste doux adapté aux portraits, scènes de rue ou paysages calmes maintenant recherché pour un rendu de type ancien caractéristique. C’est un film au caractère très reconnaissable dans les archives familiales et les reportages des années 50 à 80.

Effectivement le rendu est très doux avec une belle gamme de gris et un grain typique des pellicules anciennes. On comprend pourquoi ce film était apprécié.

ÉlémentsDétails
TypeFilm négatif noir et blanc panchromatique
ISO nominal125 ASA
Formats120, 620, 127, 116, 616, 828 (selon époque)
GranulationFine pour l’époque, sans être aussi lisse qu’une T-grain moderne
ContrasteModéré, bons gris intermédiaires
LatitudeLarge – bon rendu même avec une sous ou surexposition
Support de baseTransparent à légèrement grisâtre (support assez fragile, acétate ou polyester pour les versions tardives)

Revisitation des photos d’après la trouvaille sans suppression des attaques du temps sur l’émulsion :

à suivre, il en reste une autre à faire avant d’autres trouvailles