Un peu de technique de temps en temps car il en faut pour servir l’intention photographique … La courbe des tonalités (ou courbe de tons) est un outil important en photographie numérique et en post-traitement dans les logiciels (Darktable, Lightroom, Capture One, DXO…). Elle permet de modifier la luminance (la luminosité) des pixels en fonction de leur niveau initial. La lumière est repartie en 256 niveaux, du blanc au noir profond, 255 est la valeur du blanc et le 0 le noir.
- Axe horizontal = les valeurs d’entrée (de la photo originale), de l’ombre (gauche) à la lumière (droite).
- Axe vertical = les valeurs de sortie (après correction), de noir (bas) à blanc (haut).

Point noir : l’ancrage des ombres
Le point noir correspond à la valeur la plus sombre de l’image. C’est le niveau de noir absolu que l’on choisit dans la photo. Sur la courbe, il est situé en bas à gauche (entrée = 0, sortie = 0).
Définir une limite : tous les pixels plus sombres que ce point seront ramenés à un noir pur avec un écrasement. L’action permet de contrôler le contraste dans les ombres : en relevant légèrement ce point (vers le haut), on crée un noir plus doux, un effet “fade” ou film mat (noir qui n’est plus complétement noir).
Les actions possibles : Accentuer le contraste en tirant le point noir vers la droite (→) compresse les basses lumières → effet plus dramatique. Atténuer les ombres en remontant le point noir verticalement par exemple pour un obtenir un rendu de type argentique ou rétro.
Point blanc : l’ancrage des hautes lumières
Le point blanc est la valeur la plus claire de la photo. C’est le niveau de blanc absolu. Sur la courbe des tonalités, il est situé en haut à droite (entrée = 255, sortie = 255). Il sert à déterminer la limite de ce qui sera blanc pur. On peut intervenir pour éviter de sur-exposer en ajustant la brillance. Ainsi en abaissant ce point (vers le bas), cela rend les blancs moins agressifs, plus doux.
Baisser le point blanc = effet film adouci, photo plus douce. Pousser le point blanc vers la gauche (←), écrasement des hautes lumières → style plus percutant avec le risque de « brûler » les détails.
Les interactions point noir / point blanc
Ensemble, ces deux points définissent la plage dynamique effective de la photo réalisée. Ainsi plus ils sont rapprochés plus le contraste général est fort. S’ils sont éloignés (avec des courbes douces) le contraste est plus faible , plus “plat”, aussi souvent plus subtil. Le fait de modifier uniquement les extrémités (point noir/blanc) sans toucher fortement au milieu de la courbe des tonalités (tons moyens) permet de garder une photo lisible tout en changeant son ambiance.
| Réglage de la courbe | Effet obtenu |
|---|---|
| Point noir monté (0, 20) | Ombres douces, noir mat, style film |
| Point blanc abaissé (255 à 220) | Blancs plus crémeux, photo de type pastel, effet vintage |
| Points noir et blanc déplacés vers le centre (15–240) | Photo plus contrastée (tout est compressé dans une plage plus étroite) |
| Point noir = 0, point blanc = 255 (par défaut) | Plage dynamique complète obtenue lors de la prise de vue, rendu standard (si on a bien exposé au départ) |
En pratique : Pour un portrait doux, on peut remonter le point noir pour éviter les ombres trop dures. Pour une photo dramatique (ville, paysage en contre-jour), on peut garder un point noir dur pour renforcer les masses sombres. Pour imiter une pellicule, on remonte le point noir légèrement et on baisse un peu le point blanc.
Par exemple : Point noir (entrée) = 0 → Point noir (sortie) = 0
👉 Les ombres profondes restent inchangées : les noirs sont conservés.
Point blanc (entrée) = 255 → Point blanc (sortie) = 220
👉 Les pixels les plus clairs de la photo ne deviennent pas plus blanc, ils s’orientent vers un ton clair crémeux ou ivoire doux.

Passer du temps dans les réglages de la courbe contribue à obtenir un rendu souhaité.

—
RVB : (ou RGB en anglais) est un modèle de couleurs utilisé dans les appareils photos numériques, les écrans et les logiciels d’édition. Il repose sur la synthèse additive :
- En superposant Rouge, Vert et Bleu, on peut créer toutes les couleurs visibles à l’œil humain.
- Si on ajoute ces trois couleurs à pleine intensité → on obtient du blanc.
- Si on les enlève toutes → on obtient du noir.
Les capteurs des appareils photos enregistrent la lumière selon ces 3 composantes : R (Red), V (Green) et B (Blue).
Rouge, Vert, Bleu : pourquoi ces trois canaux ?
Chaque pixel d’un capteur est généralement sensible à une seule de ces trois couleurs. Les données sont ensuite interpolées pour reconstituer l’image complète. Rouge (R) : sensible aux tons chauds, c’est le canal qui influence fortement la peau, les couchers de soleil, etc. Vert (V) : le canal le plus sensible, souvent dominant dans les capteurs (2 photosites sur 4 sont verts). Il influence la netteté, le contraste général et les détails fins. Bleu (B) : sensible aux tons froids, utile pour les ciels, ombres froides, eaux profondes, etc. Dans les logiciels, On peut ajuster chaque canal individuellement (teinte, saturation, luminance) pour affiner le rendu.
Luma
Luma désigne la luminosité d’un pixel, c’est-à-dire combien de lumière il contient, indépendamment de la couleur. Elle est dérivée du RVB mais pondérée car l’œil humain perçoit certaines couleurs comme plus lumineuses que d’autres. Formule simplifiée de la Luma (pondération classique) : Luma ≈ 0.299 × Rouge + 0.587 × Vert + 0.114 × Bleu.
Cela explique pourquoi : Le vert contribue le plus à la perception de lumière. Le bleu, bien que intense en couleur, a finalement peu d’influence dans la luminosité générale.
Ainsi quand on module la luminance d’une couleur dans un logiciel on modifie en fait sa contribution à la Luma. Quand on passe une photo en noir et blanc, le rendu dépend énormément du poids de chaque canal dans la Luma. Les corrections de couleurs (via courbes RVB, ou des LUTs) bougent ces canaux pour donner un style particulier à une photo.
Par exemple pour une photo de portrait, en intervenant sur la courbe du canal vert, on modifie très finement la clarté perçue de la photo. Si on baisse la luminance des rouges, cela va assombrir les tons de peau. Si on augmente la saturation des bleus, cela rend un ciel plus intense. A chaque fois il est nécessaire de faire attention à ne pas obtenir un effet trop artificiel, sauf si cela est l’intention.
On peut aller jusqu’à un post-traitement avancé en intervenant sur l’ensemble de la courbe des tonalités.




Ici il s’agit d’une photo au départ en argentique avec un film Agfa Vista 200 périmé depuis … 12/2004 ! aussi le post-traitement demande un certain engagement ou un un engagement certain pour obtenir le résultat souhaité. A un moment il est bien de stopper et de revenir un autre jour car l’oeil s’habitue à force d’intervenir sur le contraste …

Et le gris moyen tant qu’on y est.
Qu’est-ce que le gris moyen ?
Le gris moyen correspond à une valeur de luminance réfléchie de 18 % (0,18 dans un système normalisé), soit la quantité de lumière qu’une surface « neutre » reflète dans des conditions standard.
En code RVB (sRGB), le gris moyen ≈ RGB (118, 118, 118), ou environ 127 selon les systèmes arrondis sur 8 bits. L’œil humain perçoit la lumière de manière logarithmique, on ne voit pas une progression linéaire. Les posemètres (ou cellules d’exposition) sont calibrés pour considérer qu’une scène “moyenne” reflète 18 % de la lumière. Si on photographie une scène complètement grise à 18 %, l’appareil photo cherchera à exposer cette scène pour que ce gris devienne le “centre” de l’exposition de la photo soit ni trop sombre ni trop clair.
Le gris moyen dans la courbe des tonalités
Sur une courbe de tons, il se situe au centre exact de l’axe horizontal. Si on place un point au milieu de la courbe (X = 128) monter ce point → éclaircit les tons moyens → effet plus lumineux. ; descendre ce point → assombrit les tons moyens → effet plus dramatique.
Sur une courbe en S : Le milieu de la courbe est souvent légèrement remonté, ce qui renforce les tons moyens supérieurs (peau, lumière douce). Dans une courbe en S inversée, on écrase ces tons pour un rendu plus terne appelé souvent « cinématographique » ou film ou argentique car sur un film à base d’argent métallique les hautes lumières s’enroulent de manière plus progressive et les tons moyens ont un rendu plus doux qu’en numérique, qui est un système tranché à base de 0 et de 1.
Un carton gris 18 % peut être utilisé pour faire une mesure d’exposition précise ou une balance des blancs manuelle. En post-traitement, se baser sur le gris moyen permet d’orienter l’ambiance générale comme éclaircir les tons moyens pour un rendu plus doux, plus flatteur, assombrir pour un rendu plus dramatique, plus sombre. L’œil humain perçoit la lumière de manière logarithmique : on ne voit pas une progression linéaire. Cette base de gris moyen est utile pour la détermination de l’exposition et pour corriger, si on le souhaite la réaction moyenne de la cellule de mesure de la lumière, en sur-exposant légèrement par exemple ou en sous-exposant, selon son intention.
| Situations | Ce que fait l’appareil photo |
|---|---|
| Si on vise une feuille blanche | Il l’assombrit pour en faire du gris moyen |
| Si on vise une surface noire | Il l’éclaircit pour en faire du gris moyen |
| Si on vise une scène équilibrée | Il garde une exposition « correcte » basée sur ce gris moyen |
DPI et pixels ce n’est pas la même chose
On en profite pour parler de DPI et de pixels car là aussi c’est souvent joyeux la confusion, même pour des concours photo où les organisateurs te sortent une phrase du type : « Résolution minimale : 300 dpi soit 1500 x 2350 px » alors que les DPI n’ont rien à voir avec la taille en pixels d’une photo en soi, et ce genre d’indication confuse dans un concours est malheureusement très courant.
| Termes | Définition | Ce que ça signifie réellement |
|---|---|---|
| Pixel | Unité de base de l’image numérique | C’est la résolution réelle de la photo (ex : 1500 x 2350 px) |
| DPI (dots per inch) | Densité d’impression | Indique combien de points seront imprimés par pouce – utile uniquement pour l’impression |
Quand un concours dit : « Résolution minimale : 300 dpi soit 1500 x 2350 px » il y a un mélange de choux et de carottes : 300 DPI, c’est une densité, pas une taille d’image. 1500 x 2350 px est une taille en pixels Indépendamment des DPI. On peut avoir une photo de 1500 x 2350 px à 72 DPI, 300 DPI, ou même 600 DPI, ce sera toujours la même photo à l’écran, seul le logiciel d’impression en fera un usage différent…
DPI signifie Dots Per Inch, littéralement points par pouce. C’est une unité de densité, utilisée pour mesurer combien de points seront imprimés sur une ligne d’un pouce (2,54 cm) lors d’une impression. En impression, ce ne sont pas des pixels mais des points d’encre (dots). L’imprimante reconstitue un pixel avec plusieurs micro-points, selon une trame…
| Terme | Concerne | Mesure | Exemple |
|---|---|---|---|
| Pixel | Numérique | Unité de base | 1 point de couleur |
| PPI | Affichage sur écran | Densité des pixels | 300 PPI = très fin |
| DPI | Impression | Densité des points d’encre | 300 DPI = qualité photo |
La photo pour l’illustration du processus, c’est avec une pellicule Agfa Vista 200 origine périmée depuis 12/2004, donc au niveau des dominantes de couleurs c’est du ardu … Des détails sur les pellicules en voie de disparition ici.
Vous pouvez laisser un commentaire, ça encourage, pour voir que je n’écris pas dans le vide sidéral. 🙂