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Harman Phoenix

Photos et scans avec la Phoenix en format 120 – Version 1

Pas facile de poser des impressions sur une pellicule quand on scanne. Il y a beaucoup d’éléments qui interfèrent. Par exemple lors d’un développement maison, il n’est pas évident en C41 de ne pas légèrement sur développer ou sous développer car la phase de révélateur doit être à 38 degrés durant le processus. il y a aussi la façon d’agiter car dans ce cas on est dans une pratique manuelle et pas automatisée, ainsi que « l’usure » des produits, donc nous ne sommes pas dans un process hyper précis. D’autre part ensuite on scanne et là aussi il y a énormément de possibilités d’interventions encore plus avec un film particulier comme celui-ci qui n’a pas une base de support orange mais mauve, aussi l’utilisation du mode automatique avec le scanner n’est pas conseillée.

Les caractéristiques de la Harman Phoenix 200

Film dont la production n’est pas complétement stabilisée.

ÉlémentsDétails
FabricantHarman Technology (Ilford) – UK
Annonce officielleNovembre 2023
StatutFilm couleur expérimental, série limitée (pas la version définitive)
ObjectifTester une fabrication 100% maison, 1er film couleur de la marque spécialisée dans le noir et blanc
DéveloppementC-41 standard

Un support de l’émulsion rigide et épais sans masque orangé comme la plupart des autres films, dont la matière n’a pas été indiquée.

ÉlémentsDétails
Base du filmProbablement polyester épais, non confirmée officiellement
ÉpaisseurÉpais et rigide, comparable à certains films techniques
Teinte du supportMauve/violet pâle (comme Ilford XP2)
Masque orangeAucun – donc incompatible avec certains scanneurs en mode auto
Format disponible35 mm au départ, 120 depuis mars 2024

Un rendu (look) volontairement expérimental. Il ne s’agit pas d’un film classique aux couleurs dites « justes ».

ÉlémentsDétails
Teinte dominanteChaude, souvent tirant vers le magenta / jaune
RougesPlutôt fanés ou ternes, manquent parfois de saturation
PeauxTeinte pêche/orangée, peu flatteuse sans correction
BleusVirent vers le turquoise dans les ombres parfois
VertsPlutôt doux, un peu désaturés
Saturation globaleÉlevée, variable selon l’exposition lors des prise sde vues
Look général« Pellicule périmée mais scannée proprement », très stylé, rendu de type « vintage » chaud.
Couleurs naturelles ?❌ Non, c’est un film expressif, pas réaliste

Conseils pour le développement :

ÉlémentsDétails
ProcessC-41 strict standard (temps/température classiques)
Température sensibleOui → éviter tout dépassement (38°C max)
SurdéveloppementAccentue le contraste qui est déjà fort de base
AgitationPréférer modérée, régulière
BlixBien respecter les temps, attention aux sous-blanchiments

Un scannage non standard, à adapter, étant donné la particularité du film. Ce qui demande un temps d’adaptation et de la … patience.

ÉlémentsDétails
Masque orange absentMieux de le scanner en positif puis inversion manuelle
Scanner à utiliser ou à photographier en numérique avec une optique macro en format rawÀ plat de qualité (type Epson V700/V750…) Tif ou scan RAW + Negadoctor de Darktable par exemple
Dominante nativeJaune/vert/mauve, à corriger manuellement selon le résultat souhaité
Traitement conseilléExport neutre 48 bits RVB en positif + gestion des couleurs manuelle
Redéfinition des couleursNécessaire si on veut retrouver de la subtilité dans les tonalités.

Utilisation : Photographie expérimentale, artistique, scènes de rue, portraits expressifs, ambiances légèrement surréalistes, travail personnel sur les couleurs, pas pour les commandes professionnelles commerciales avec besoin de couleurs fidèles ! Film au rendu expressif, imparfait, avec des couleurs natives atypiques, un grain présent, une attitude vintage affirmée. Un peu sauvage, peut être imprévisible, toutefois très plaisant à explorer. C’est un film de parti-pris. C’est pourquoi il peut éventuellement décevoir certains utilisateurs qui n’ont peut être pas creusés le caractère pourtant annoncé très spécifique de ce film.

Ce que ça peut donner

Ce film a un grand potentiel d’interprétation. Traitement couleur chaud car la photo a été faite en toute fin de journée, donc la lumière était réellement chaude. Les rouges ont été remontés car sur un scan neutre ils sont vraiment atténués. Développement C41 maison, prise de vue au 6X6 Bronica S2A, objectif Nikon Nikkor-P 75mm F/2.8. Scanner Epson V750, post-traitement Capture one pro. (les bords bleus sont issus de la lumière du scan grr.)

Avec un scan neutre brut on obtient ceci ci-dessous, dans l’exemple une dominante légèrement verte, des rouges éteins, un bleu désaturé, un rendu chaud malgré le vert. Il n’y a pas de secret quand on explore un nouveau film atypique, il y a besoin de passer du temps … La difficulté c’est quand on touche à une couleur, ça fait basculer une autre, en général sa couleur complémentaire, c’est la joie des films couleurs. Quand on a trouvé les ajustements qui conviennent, le mieux est de sauvegarder les réglages pour ne pas recommencer à partir de zéro la fois suivante.

Il y a matière à expérimenter si tu t’ennuies mets toi à l’argentique, avec des films atypiques. ^^

Scannage en mode positif (diapo) pour un contrôle plus aisé des dominantes de couleurs, avec ici une recherche de rendu assez neutre, pas facile et on retire le caractère du film, donc pas le but …

De la difficulté d’agir sur les dominantes de couleurs sur un négatif scanné

On intervient sur une couleur et cela crée une dominante de sa couleur complémentaire … Il s’agit d’un phénomène très sensible dans les scan de négatifs couleur car les couleurs sont interdépendantes, bouger un canal crée une réaction en chaîne, souvent visible comme une dominante de la complémentaire. Chaque couche couleur a été exposée, développée et inversée, donc les relations entre les couleurs sont complexes et non linéaires. Le scan d’un négatif, c’est une inversion + reconstitution de courbes couleur : On ne corrige pas une photo « normale », on compense une inversion logarithmique. Chaque ajustement de R/V/B touche une densité différente de l’émulsion. Ainsi on sature rapidement une couche ou on déséquilibre le contraste, ce qui provoque… le déclenchement de sa couleur complémentaire. Sur le cercle chromatique, les couleurs opposées s’annulent ou se renforcent selon le contexte. Exemple : modification du rouge pour compenser une dominante verte, en le faisant on bascule… vers le cyan (complémentaire du rouge) dans les ombres ou les hautes lumières. Ces interactions sont exacerbées avec les négatifs car toute correction affecte l’interprétation relative des autres couches. Les couches sensibles sont superposées (3 couches couleur). Une solution est d’intervenir sur la courbe de tonalité, canal par canal et pas globalement, de scanner en 48 bits pour avoir assez de matière, de corriger les tons séparément (tons sombres / moyens / clairs) ou de scanner en mode positif (diapositive) on obtient alors un négatif en numérique qu’il faut retransformer en positif …

On ajouteOn risque d’obtenir…
RougeUne dominante cyan ailleurs
VertUne dominante magenta
BleuUne dominante jaune

Solution : Scanner en mode diapositive pour obtenir le négatif tel quel, sans modifications. Puis on le réinterprète en post-prod. Avec des films comme la Harman Phoenix et les autres sans masque orange comme le Orwo NC500 par exemple, les films périmés aussi, scanner en mode positif permet de ne pas perdre l’information des couches couleur, de maîtriser les dominantes sans saturer un canal de couleur. L’inversion automatique directe des scanners négatif en positif numérique ne « comprend » pas les bases violette, verte ou rouge des supports des pellicules atypiques.

Mode de scanCe que fait le logicielRésultat obtenuIntérêt
Négatif couleurInversion automatique, correction de base, balance des couleursPhoto positive “interprétée » par le logiciel du scanner lors de l’inversion⚠️ Souvent couleurs fausses, difficilement récupérables
Positif (diapo)Aucun traitement, lecture directe.Photos en négatif numérique✅ Traitement manuel des couleurs

Une autre solution peut être aussi de photographier le négatif avec un appareil numérique et un objectif macro et de bénéficier de la souplesse des fichiers raw.

Ce type de rendu correspond plus au caractère de ce film :

Conclusion : Pellicule que l’on peut apprécier ou pas en fonction de son type de pratique photographique. Intéressant en photographie expérimentale, lo-fi, recherche personnelle d’un rendu spécifique, de la même veine que les Orwo couleur ou certains films Lomography. Ce type de film en matière mouvante demande un investissement temps si on souhaite un look précis que l’on a en tête. Contrasté élevé, rendu chaud, grain apparent, pas de la haute définition, couleurs capricieuses, pas facile à scanner pour stabiliser le rendu. Film pas fait pour être utilisé pour des portraits ou des prestations professionnelles, à réserver à de l’expérimental.

En résumé : Rendu chaud, avec des dominantes rougeâtres/magenta et des teintes vintage. Des tons rouges éteints, un peu fanés voire marron rosé – rarement vibrants, tons oranges bien présents, tendance cuivrée, parfois saturés, tons jaunes dominants, très chauds et puissants (parfois trop), des verts tendance dé-saturée, un peu “passés” parfois qui tirent vers le jaune ou le bleu selon l’exposition, bleus peu profonds dans les ombres qui virent au turquoise ou au cyan. Tons de peau avec une teinte pêche/abricot clair, qui demandent une correction fine. Saturation variable selon l’exposition, de moyenne à forte parfois déséquilibrée (ex : jaunes très forts, rouges ternes). Contraste élevé de base, encore plus si développement un peu long. Hautes lumières sensibles à la surexposition. Ombres qui montent vite et paraissent bouchées sans ajustement fin en post-traitement. En moyen format, la définition plus fine rend les transitions de couleur plus visibles que sur le film 135. Le grain est moins présent qu’en 35mm, le film garde son caractère fort. Le rendu magenta/jaune semble plus prononcé sur certaines pellicules 120. Une palette de couleurs chaude et brute, avec des couleurs imparfaites mais expressives, très différente des films pro. Le rendu évoque des films périmés bien scannés. Film qui demande beaucoup d’attention au scan pour ne pas paraître déséquilibrée. Scanner en positif 48 bits RVB (pas en mode négatif auto), inverser proprement, ne pas trop le corriger : laisser un peu de “chaud spécifique” dans les jaunes pour garder son caractère, ne pas rechercher une neutralité colorimétrique car cela éteint complétement le rendu, accentuer les rouges et verts si souhaité.

Rappel : Un ton vibrant, c’est une couleur qui semble vive, dynamique, lumineuse, comme si elle “rayonnait” visuellement. Il ne s’agit pas simplement d’une couleur très saturée, mais d’un rendu équilibré plaisant à regarder comme si la couleur vibre est présente et lumineuse. On peut avoir une couleur très saturée mais trop sombre ou trop compressée, donc pas vibrante, comme éteinte. Un rouge cerise lumineux = vibrant. Un rouge bordeaux très saturé, mais pas vibrant → il est sombre et plat par exemple. Un ton vibrant donne du peps, il est mis en contraste avec des zones plus calmes (gris, ombres, tons doux). La couleur peut briller comme un jaune citron vif face à un jaune paille ou beige qui vire au marron délavé.

Puis tu te rends compte qu’en noir et blanc ce film est bien percutant pour illustrer l’époque actuelle, c’est là que l’on sent qu’il a une base en noir et blanc avec des couches couleur ajoutées … ça surprend car il est très bon en post-traitement noir et blanc … 🙂

©Photo Patrick Pestre

Encore du travail sur le post-traitement couleur de ce film qui n’est pas facile à scanner… mais il faut y consacrer du temps. Ensuite on peut se faire un preset avec une courbe de tonalités adaptée.

© L’imparfait du subjectif – Patrick Pestre

Harman Phoenix version II

Deuxième génération de la pellicule couleur expérimen­tale de Harman, sortie initialement en version Phoenix 200 fin 2023. Phoenix 200 II est une refonte complète avec de nouvelles couches de colorants et un rendu différent. Encore présentée comme une pellicule expérimentale, elle est désormais plus fiable qu’avant avec des teintes plus subtiles, plus équilibrées, avec une amélioration des tons chair et une meilleure tenue des ombres/hauts-lumières, un contraste modéré, une réduction du grain, tout en gardant le caractère rétro “film”. Base de film violette (pas de masque orange) — ce qui demande un réglage de scan spécifique (type “scan diapo” puis inversion), mais apparemment il est plus facile à scanner que le précédent.

D’après les 1ers retours le rendu est plus cohérent et prévisible que la première version, avec pour les portraits des tons peau plus naturels, tout en restant en ambiance rétro, et ambiance estivale/très saturée. Grain toujours présent mais plus tempéré, bien contrôlé avec exposition entre 100–200 iso. Exposer à 100 iso lisse un peu plus le grain, intéressant en 120 ou en 35mm.

Comme la précédente la Phoenix 200 II s’adresse à ceux qui apprécient un aspect analogique coloré et granuleux, en souhaitant une base assez fiable et modulable. Une belle évolution pour cette Harman, encore en mode non définitive, quand on connait les difficultés aussi bien techniques que financières, pour créer un nouveau film couleur. (pas testé ici, encore)

La version I (boite rouge) reste en vente jusqu’à l’épuisement des stocks, avant de passer en collector.