Aller au contenu

Un rendu numérique avec de l’argentique

🙂 Article inspiré par la sortie en août 2025 d’une « nouvelle » pellicule Leica Monopan 50 pour les 100 ans du Leica 1. C’est pour l’humour de chez les paradoxes photographiques … Des gens veulent du net, du piqué, de la précision, du chirurgical, du tranché, pousser les curseurs des scans au maximum, on y va on scrute les coins à 200 % sur écran Retina. Les films qui « bavent » ou présentent du bon gros grain sont vus comme du « pas beau », beurk du grain … plutôt que expressifs. On veut que l’argentique ressemble au numérique, avec quand même un peu de “feeling » ‘vintage’, du tangible. « Je suis argentique, je veux du propre et lisse ». haha

🔴 L’Adox 50 HR est-ce que ça dit quelque chose ? peut-être bien… Origine : un film technique Agfa. A la base, la HR-50 vient d’un film scientifique destiné à la reprographie, au microfilm, ou aux travaux de précision. Ces films sont conçus pour offrir un grain ultra-fin le moins visible possible, une acutance extrême (netteté des contours), cela donne… un fort contraste avec une faible gamme de gris et une faible sensibilité réelle (souvent réellement autour de 32 ISO). Quand Agfa a disparu, ADOX, société allemande, a repris certaines émulsions techniques. Ils ont adapté le support (triacétate classique), la sensibilité et développé un révélateur spécial, le ADOX HR-DEV, pour adoucir la courbe de contraste et rendre ce film plus utilisable en photo créative. Doc technique en anglais :

On parle de l’ADOX après il ne restera qu’à comparer avec le nouveau Leica Monopan 50.

Propriétéscaractère indicatif
Sensibilité nominale 50 iso (à l’origine plus proche de 32 iso modifié à 50 iso par la,technologie Speed Boost d’ADOX)
GrainUltra fin, invisible même en A3 ; film nommé HR= haute résolution
ContrasteTrès élevé sans révélateur adapté
NettetéTrès net haute résolution
Latitude d’expositionTrès faible (1 à 1,5 IL)
Bien pourArchitecture, paysages fixes, macro, documentaire, studio, temps gris, photos de rue en lumière abondante
Moins bon pourPortraits doux, scènes déjà à fort contraste, scènes avec peu de lumière

280 paires de lignes par millimètre (en conditions de laboratoire, avec objectif à haut contraste et développement ultra optimisé), en usage réel, on reste au-dessus de 150 p/mm, ce qui est déjà énorme pour de l’argentique. Le terme « superpanchromatique » parfois utilisé est flou commercialement. Il est censé désigner une sensibilité au spectre lumineux jusqu’à 780 nm, ce qui correspond au seuil du proche infrarouge, situé juste au-delà du spectre visible. À cette frontière, la sensibilité spectrale des films peut s’étendre vers l’infrarouge tout en restant sensible aux rouges intenses, ce qui permet une réponse accrue dans les tons rouges et une pénétration plus profonde dans certains matériaux (comme la végétation). Cela donne une sensibilité accrue à certaines lumières artificielles, une bonne séparation dans les tons chair, une meilleure restitution des feuillages L’Adox HR-50 « voit large » dans le spectre mais ce n’est pas unique, d’autres films comme le Rollei Retro 80S ou le l’Ilford SFX 200 voient encore encore plus loin (jusqu’à 820–830 nm). Le proche infrarouge (NIR) commence généralement autour de 750–780 nm et s’étend jusqu’à 1100–1400 nm. https://www.adox.de/Photo/hr50-en/

Technologie Speed Boost d’ADOX ? il s’agit d’une modification appliquée aux films d’origine à usage technique, qui par défaut n’ont pas une sensibilité adaptée à la photographie classique. Concrètement le film HR‑50 est dérivé de ce type d’émulsion, ADOX lui applique un processus nommé « Speed Boost », ce qui permet d’ajuster la sensibilité à 50 iso et d’abaisser le gamma (le contraste), le rendant utilisable dans des chimies classiques de développement en utilisant une émulsion ultra‑fine et super‑panchromatique conçue à l’origine pour des applications techniques avec une résolution très élevée. Sensibilité accrue réelle, le film gagne en sensibilité effective sans recourir à un forçage en développement. Contraste plus maîtrisé avec un gamma plus faible qui permet une courbe de densité plus linéaire, avec des détails accrus dans les ombres et une meilleure conservation des hautes lumières. Un résultat visuel plus « photographique » avec la négociabilité tonale améliorée, ce qui rend le film utilisable en portrait, paysage ou photo de rue, contrairement à sa version technique d’origine uniquement adaptée à la micrographie ou l’imagerie scientifique. Ce n’est pas une modification de l’émulsion physique, le film est prétraité en usine avec un composant spécifique (tenu secret) qui permet une sensibilité effective boostée, ce qui augmente la réactivité à la lumière visible, rétablit une courbe tonale plus linéaire (moins de gamma). Cela semble être soit une couche supplémentaire ou un bain chimique qui modifie la façon dont les cristaux d’halogénure d’argent réagissent à la lumière, sans changer leur taille, des ajustements au niveau du support polyester ou de la couche anti-halo pourraient aider à réduire la réflexion interne, augmentant aussi la sensibilité réelle (phénomène par lequel la lumière, une fois entrée dans le film, se réfléchit sur les couches internes du support généralement la base polyester ou la couche anti-halo, puis revient vers l’émulsion).

Concernant l’Adox HR-50 pour obtenir tout son potentiel le révélateur très recommandé est l’ADOX HR-DEV qui a une formule dédiée pour cette pellicule, ou un révélateur compensateur doux type Perceptol à la dilution 1+3 pour ajouter de la douceur, aussi Adox FX‑39 II, Xtol, Adox XT‑3, même du Rodinal 1+50 pour obtenir un grain plus visible avec encore plus d’acutance, en sachant que de base c’est un film contrasté à grain fin. C’est un film très sensible au type de révélateur utilisé et aux écarts de temps de développement, le contraste peut monter très vite et très fortement. Il n’y a pas de documentation pour le développer au Microphen, ce serait intéressant à faire (pas facile de le trouver en vente le HR-50, en rupture un peu partout 7€ environ le prix avant rupture. On subodore une forte augmentation). Microphen est un développeur assez généraliste, les photos pourraient avoir légèrement moins d’acutane qu’avec d’autres révélateurs axés netteté. On pourrait en théorie obtenir un contraste modéré à doux, bien pour de la numérisation, mais avec un rendu micro–grain moins « technique » moins parfait qu’avec la chimie ADOX dédiée. L’avantage avec les films noir et blanc c’est qu’il existe une large façon de les développer. Le HC-110 en revanche n’est pas conseillé, c’est un révélateur énergique même en dilution, il a tendance à accentuer les micro-contrastes, or l’Adox HR-50, est une pellicule à l’origine technique qui a une courbe très raide dès qu’on pousse un peu le contraste avec effet sur le grain, malgré sa sensibilité nominale de 50 ISO, le HR-50 peut montrer un grain étonnamment visible s’il est mal développé. Le HC-110 ne l’adoucit pas, il peut amplifier les effets de bord sur cette émulsion très fine, ce qui au final accentue la perception du grain. Si on souhaite un rendu pas trop contrasté il faut éviter un surdéveloppement, dans ce cas mieux vaut une photo un peu plate que des blancs brulés, privilégier un révélateur doux, surtout pour les portraits ou les scènes à contraste dur en plein soleil.

ADOX est une structure indépendante, rigoureuse, avec une éthique. Chaque vente leur permet de continuer à produire, à innover, voire à relancer des stocks d’émulsions menacées. Ils sont aussi derrière la Silvermax 100, la CHS 100 II, et le développement du nouveau Color Mission. Donc même si Leica revend la HR-50 rebrandée au prix luxe, une part de cet argent soutient la recherche photographique argentique, donc c’est très bien au final. Leica n’a aucune usine de production de film argentique, ne possède ni enrobage, ni découpe, ni chimie propre donc écrire que Leica « lance » un film heu … Après le positionnement marketing est logique de choisir une pellicule au grain quasi inexistant pour une entreprise qui vend des optiques à + de 10k€ pour leur ultra netteté, moins, par rapport à l’origine, avec des photographes de reportage qui ont fait le mythe avec des pellicules 400 asa poussées même parfois à 800 ou 1600 iso.

Sinon ce que l’on aime généralement en argentique c’est aussi l’imperfection « vivante », le grain visible typique de l’argentique d’origine, le contraste maitrisé, une large gamme de nuances de gris, le flou expressif, la halation, parfois les micro-accidents que l’on peut appeler « défauts » si on veut ou le caractère plutôt si c’est ce que l’on recherche, que le rendu soit organique, surtout pas parfait lisse et froid (bah sinon on fait du numérique en passant par la moulinette des logiciels anti-bruit numérique). Après la photographie c’est subjectif, chacun fait comme il veut et c’est une grande chance d’avoir une palette d’outils la plus large possible et que l’on puisse détourner les usages. Toutefois 50 iso c’est vraiment très peu comme sensibilité, surtout en reportage généraliste où on est à l’aise avec du 400 iso. Si on aime le grain par exemple ou sur exposer genre exposer le 400 iso à 200 en exposant pour les ombres pour bien profiter de la souplesse des négatifs noir et blanc sur les hautes lumières, ce ne sera pas le bon choix de film … A acheter donc en ayant réfléchi si c’est un film pour soi et le type de photos que l’on veut faire, afin d’éviter une déception.

La maquette de l’emballage du « nouveau » film Leica Monopan 50 est très sobre. Il sera vendu autour de 15€ oups, ce qui est très très onéreux pour un film noir et blanc … Le prix du design, de faire noter le nom sur l’émulsion et de la pastille rouge. Des expérimentations futures permettront de vérifier s’il s’agit de la pellicule Adox. 😉 …. C’est confirmé d’après des testeurs il faut utiliser un révélateur spécifique, de préférence l’ADOX HR-DEV, sinon le résultat n’est pas terrible avec un contraste trop élevé.

Obtenir un rendu numérique avec de l’argentique, c’est un sujet à approfondir, très amusant, car souvent c’est l’inverse, on fait de l’argentique pour sortir des looks numériques. Certaines pellicules se rapprochent d’un rendu numérique avec comme critères par exemple une très bonne scannabilité, sans artefacts ou virages inattendus, un grain ultra-fin, une latitude d’exposition élevée permettant de récupérer les hautes et basses lumières comme un RAW numérique, des couleurs réalistes et équilibrées, sans dominante marquée, un contraste aisément ajustable en post-traitement numérique. par exemple les films noir et blanc à grains tabulaires T-Max 100, Ilford Delta 100, les ex films scientifiques comme l’Adox HR-50. En couleur le Santa Color 100, aussi les Kodak Ektar 100, CineStill 50D, les pellicules techniques-scientifiques et à basse sensibilité … En revanche certaines pellicules ont un caractère marqué, très différent du rendu numérique comme par exemple Fomapan 400 avec un grain dit « grossier », un rendu lo-fi même bien développé, Kodak Gold 200 tons chauds, granuleux, tons jaunes nostalgiques, Rollei Retro 80S fort contraste, halo IR, très “typé”, CineStill 800T teinte magenta, effets de halo, rendu esthétique, loin du neutre. Nous sommes plein de contradictions et c’est charmant car on peut aimer le gros grain en noir et blanc et adorer le film Santa Color pour sa vibrance des couleurs. Parce qu’au final c’est l’intention qui compte.

La diversité ce sont ceux qui cherchent à faire ressembler leurs photos numériques à des photos argentiques et inversement. On veut de la latitude, de la dynamique, de la précision dans les couleurs, une photo très nette, sans grain trop visible, toutefois on aime le processus argentique, l’objet négatif, le fait de scanner à partir de la matière. C’est tout à fait faisable. Objectif : des photos argentiques numérisées au rendu aussi « propre », « net », « neutre » qu’un raw de boîtier plein format numérique bien exposé, toutefois avec cette subtile matière du film dynamique douce, transitions dites naturelles, textures organiques discrètes.

ÉlémentsRecommandations
FilmFilm couleur négatif récent et équilibré (Kodak Ektar 100, Portra 160), films diapos à faible sensibilité 50 iso, 100 iso, ou noir & blanc fin (Ilford Delta 100, Kodak T-Max 100) et films techniques et scientifiques
ExpositionExposition très précise. Utiliser un posemètre ou boîtier avec mesure spot. Éviter les sous-expositions.
OptiqueOptique moderne très piquée (Leica R, Zeiss ZF, Nikon AIS haut de gamme, etc.). L’utiliser à son diaph le plus défini en général autour de f8 (parfois f5,6)
StabilitéUtiliser un trépied ou des vitesses rapides. But : netteté parfaite, pas de flou de bougé, de mise au point ou d’intention.
DéveloppementChimies fraîches, agitation contrôlée. Température stable. Pas d’effets créatifs.
ScanScanner de qualité (Plustek, Epson V850 ou DSLR Scan) avec profil ICC si possible. Balance des couleurs neutre, pas de filtrage.
Post-traitementRéglage des courbes doux. Colorimétrie cohérente sur toute une série. Pas de dominante de couleur.

On veut indiquer que l’argentique n’est pas seulement utilisé pour son effet vintage, il est possible d’intégrer l’argentique dans une chaîne de production rigoureuse en mélangeant argentique et numérique. Une maîtrise technique en numérique peut cohabiter avec un support de base analogique. Pourquoi pas ? De toute façon ici, dans une matière subjective, on est contre rien et surtout on n’est pas acide envers n’importe quel acteur qui contribue à faire perdurer l’argentique.

Adox HR-50

Les différents révélateurs et les résultats

RévélateursRésultat typiqueCommentaire
Rodinal 1+50Contraste extrême, ombres bouchées, hautes lumières densesPhoto très dure, peu nuancée exploitable pour du rendu graphique.
Microphen / D-76 / ID-11Nettement trop contrasté, densité rapideLe film “explose” : il n’a pas été conçu pour ces révélateurs standards.
Perceptol / D-23Meilleur, mais encore durTonalité un peu plus douce, mais toujours limitée par le fort contraste.
HC-110 (dil. B)Très net, mais ombres noires et peu de latitudeConvient si on cherche un look “microfilm artistique”.
Révélateurs spécifiques RésultatISO effectif
ADOX HR-DEVConçu pour, avec rendu riche, beaux gris, grain très fin50
SPUR Modular UR NewExcellent substitut, même philosophie50–80
Bellini Low Contrast DeveloperBon compromis, ton doux50
Caffenol LC (recette douce)Grain visible, bon contrôle du contraste25–50

Sinon globalement au sujet du look, du rendu, l’argentique réalisé au moyen format d’après des pellicules 120 scannées, le résultat quand on numérise fait que l’on se rapproche fortement d’un rendu réalisé au départ avec un capteur numérique quand on regarde les photos sur écran en petit format. Quand on fait des tests de type pelloche ou pas pelloche en comparant des photos initialement en argentique et en numérique il y a beaucoup d’erreurs d’identification car en numérique un traitement spécifique peut approcher un rendu argentique scanné. Une différence peut se voir au niveau de la répartition du grain, plus présent dans les ombres en argentique. Toutefois avec des pellicules au grain fin et faibles en iso d’après un négatif conséquent au niveau de sa surface ce n’est pas forcément évident, la différence peut être très subtile surtout avec un post-traitement numérique très maîtrisé qui imite ce que donne un film. Quand on scanne un négatif on le passe en numérique … C’est quand on utilise des films à haut iso, 400 iso et + avec un rendu spécifique affirmé et en 24X36 ou demi-cadre que la différence est plus flagrante. Il y a un aspect différent aussi au niveau des hautes lumières en argentique avec généralement des transitions plus douces et progressives. Il y a des différences, nuances, mais cela nécessite un oeil averti. Quant aux tirages sur du papier photo baryté avec toute la chaîne en argentique la différenciation est plus aisée à remarquer.