Généralement on parle de boîtiers, d’objectifs, de capteurs… La carte mémoire, elle, reste souvent un détail relégué au second plan, un simple consommable, un bout de plastique interchangeable. On peut même chercher à ne pas trop dépenser là dessus ou à l’inverse à stresser et à dépenser + que nécessaire.
Sur les anciens appareils numériques, la carte SD est le point de friction numéro un car il n’y a qu’un slot, il n’y en a qu’une, si problème = perte des photos. Il y aussi des cartes refusées sans explication, des messages d’erreur incompréhensibles avec un blocage, ou des fichiers corrompus lors du transfert. Sur les boîtiers récents, on voit apparaître un excès inverse avec des cartes très surdimensionnées, des hautes vitesses inutiles, des choix dictés par le marketing plutôt que par l’usage réel.
Il s’agit de de mettre du bon sens technique dans le choix des cartes SD, d’adapter la carte à l’époque de fabrication de l’appareil photo et à la philosophie du boîtier pour éviter une incompatibilité.
L’évolution des cartes SD
Avant de choisir une carte, il est important de comprendre pourquoi toutes les cartes SD ne sont pas toutes identiques et pourquoi certaines ne sont pas compatibles avec des boîtiers anciens.
SD (Secure Digital) — jusqu’à 2 Go
C’est le format historique de fin des années 1990, utilisé par la majorité des appareils numériques du début des années 2000 avec une capacité maximale de 2 Go, un formatage en FAT16 à faire dans l’appareil photo, pas sur un ordi. Ce sont des appareils photos souvent très stricts sur la norme de la carte avec ce format attendu par les boîtiers anciens (Leica, Nikon, Olympus, Canon…) et pas un autre. Une carte SD 2 Go est différente d’une SDHC 4 Go, même si elles se ressemblent physiquement. Elle utilise un adressage par octets (byte addressing). Le boîtier accède aux données octet par octet. Cette méthode limite mécaniquement la capacité maximale à 2 Go avec un formatage associé en FAT16. Les boîtiers anciens sont programmés pour ce type d’adressage précis.
SDHC — de 4 à 32 Go
Arrivée en 2006, quand les capteurs ont gagné en définition avec des capacité de 4 à 32 Go. Ce format est compatible avec de nombreux boîtiers. En revanche un appareil qui ne connaît que le format SD ne reconnaîtra pas une SDHC, même de petite capacité. Un boîtier conçu avant 2006 refusera la carte, ne connaît pas SDHC, ne peut pas “deviner” le format avec une organisation différente des données qui nécessite que le boîtier sache reconnaître cette nouvelle logique. Il s’agit d’un adressage par blocs (block addressing de 512 octets). Ce changement permet de dépasser la limite des 2 Go mais il impose une nouvelle logique d’accès aux données avec un formatage associé FAT32.
SDXC — 64 Go et plus
Encore plus récentes (2010) et pensées pour la vidéo, la rafale, les usages modernes. Ce sont des cartes de très grandes capacités avec formatage exFAT. Totalement incompatibles avec les boîtiers anciens. Inutile d’essayer “pour voir si ça passe, ça ne passera pas.
Pourquoi les anciens boîtiers sont si exigeants ?
Les firmwares des appareils anciens ont été écrits pour une norme précise. Ils ne savent pas interpréter les formats plus récents ; ils n’ont pas été conçus pour anticiper l’évolution des cartes mémoire. C’est un dialogue impossible entre deux époques.
Plus une carte est récente, plus elle risque d’être incompatible avec un ancien appareil. Une carte simple, modeste, même possiblement industrielle, peut être parfaitement adaptée, voire idéale. Les appareils numériques des premières générations (de 1999 à 2006) ont un point commun, ils sont très exigeants sur le type de carte mémoire, non pas parce qu’ils sont capricieux, mais parce qu’ils ont été conçus à une époque où les capacités étaient faibles, les normes simples et l’évolution future était imprévisible. Les capacités généralement acceptées sont 512 Mo, 1 Go, 2 Go (maximum). La plupart de ces anciens boitiers refusent strictement les cartes au-delà de 2 Go. Le format attendu est SD (Secure Digital) de base uniquement, aussi ces cartes deviennent précieuses pour continuer à utiliser des anciens appareils photos numériques.
Quelques règles simples qui évitent 90 % des problèmes :
- Toujours formater la carte dans le boîtier
- Éviter les cartes “modernes” reformatées artificiellement en FAT16
- Ne pas chercher la vitesse ou la performance
- Privilégier la stabilité et la simplicité
Une ancienne carte modeste conforme vaut mieux qu’une carte récente “bridée” ou détournée par forçage logiciel.
Les cartes SD industrielles
C’est une solution méconnue très pertinente pour les appareils photos numériques anciens. On associe souvent le mot industriel(Industrial) à quelque chose de coûteux, ou d’inutile en photo. Pourtant, pour les anciens appareils numériques, les cartes SD industrielles sont souvent très bien adaptées. À l’origine, ces cartes sont conçues pour des machines fonctionnant 24h/24, des systèmes embarqués, des équipements professionnels (automatisme, téléphonie, médical, etc.). Leur fonction n’est pas la vitesse, c’est la fiabilité avec les meilleurs composants existants, la stabilité en écriture et en lecture sans variations, la durabilité. Elles fonctionnent bien avec les anciens boîtiers car elles ont des contrôleurs simples, proches des premières générations SD avec un respect strict des spécifications, une tolérance élevée aux firmwares anciens, des capacités modestes (512 Mo, 1 Go, 2 Go). Elles “dialoguent” mieux avec un boîtier ancien qu’une carte SD classique récente refabriquée. La fabrication est avec de la mémoire SLC ou pSLC. SLC(Single-Level Cell) donne de très faible taux d’erreur, 1 bit par cellule, très haute endurance, stabilité (température, vieillissement), avec capacité limitée et composants onéreux. Mémoire pSLC (pseudo-SLC), compromis fiabilité / coût, physiquement de la MLC ou TLC configurée pour ne stocker qu’1 bit par cellule, ≈ 10x à 20x supérieure à la TLC de base. La majorité des cartes SD industrielles récentes sont en pSLC, pas en SLC. Les cartes industrielles ont aussi des tests de vieillissement réels (burn-in), un contrôleur stable etc.
Les cartes industrielles trouvables parfois en occasion, viennent d’équipements démontés (PABX, machines, systèmes pro), d’un usage continu mais modéré en écriture. Pour la photo les écritures sont rares en rapport de ce que les composants peuvent supporter, les volumes et contraintes faibles. Une carte industrielle d’occasion en bon état devient alors très rassurante. Elles ne sont pas obligatoires mais elles offrent une solution souvent plus fiable que le neuf bas de gamme ou des classiques qui ont été très utilisé, avec un confort mental, une cohérence compatibilité avec un matériel ancien …
Ce qui use une carte mémoire ce sont les écritures de données sur l’ensemble de la carte et une réécriture au même endroit, effacer des blocs, faire des photos = écrire, supprimer des photos = réécrire, copier / déplacer = écrire encore. Le formatage rapide (le plus courant) sur ordinateur et les boîtiers photo, recrée la table de fichiers, ne réécrit pas toutes les cellules, les données sont seulement “oubliées”. L’usure est très faible, presque négligeable. On peut sans crainte formater dans le boîtier. Un formatage complet efface réellement chaque cellule, réécrit toute la carte, vérifie les blocs. Cela use davantage. Ce type de formatage est surtout fait pour des tests ou diagnostics, il est inutile au quotidien. Pour la durabilité éviter les formatages complets, faire uniquement un formatage rapide, éviter les cycles “copie / suppression /recopie” permanents, ne pas remplir la carte à 100 %. L’usure devient un sujet surtout en vidéo intensive et avec des systèmes d’enregistrements lourds et continus sur l’ensemble de la carte. La durée de vie est variable, on trouve encore des cartes SD du début des années 2000, certaines fonctionnent encore parfaitement après 20 ans ou +. Les anciennes cartes étaient souvent plus robustes, surtout les industrielle en SLC ou pseudo-SLC qui ont des cellules larges, des contrôleurs simples, elles vieillissent plutôt bien. Concernant les cartes SD de petite capacité, bien traitées durabilité : 15–20 ans → courant ; 20–25 ans → pas rare, au-delà → possible, mais cela dépend des conditions d’usage. Les estimations de durée de vie de 10 à 15 ans correspondent à des marges de sécurité données par les fabricants. Dans la pratique, on trouve de nombreuses cartes SD du début des années 2000 fonctionnelles, en particulier lorsqu’il s’agit de petites capacités et de cartes de conception simple.
Cartes SD pour boîtiers plus récents
Reflex/ hybrides, mono-slot, les appareils photo numériques deviennent plus tolérants et compatibles avec SDHC puis SDXC. Cette compatibilité élargie a créé une nouvelle tentation, le surdimensionnement de capacité. Dans la majorité des cas les SDHC (4–32 Go) sont très adaptées à la photo seule. Les SDXC (64 Go et +) sont utiles surtout pour la vidéo ou les longues rafales. Les formats de fichiers récents (RAW plus lourds, vidéo) ont rendu ces capacités pertinentes… mais pas obligatoires pour tout le monde par exemple si on ne fait pas de vidéo ou rarement …
Sur un boîtier à un seul slot, le critère principal n’est pas la vitesse maximale, c’est la la fiabilité de la carte, la stabilité dans le temps, la discipline de sauvegarde. Une carte ultra rapide n’empêche pas une corruption, un retrait trop rapide, une panne électronique. Il vaut mieux plusieurs cartes de capacité raisonnable qu’une seule carte énorme “pour être tranquille” car s’il y a une défaillance on perdra une grande quantité de photos à la fois.
Vitesse réelle : ce qui compte vraiment… et ce qui ne sert à rien
Pour la photo une carte UHS-I correcte suffit largement si on fait peu ou pas de rafales. Les vitesses extrêmes sont surtout utiles en vidéo lourde ou rafale intensive. Acheter une carte “300 MB/s” pour de la photo lente et tranquille n’apportera rien. La capacité est à adapter à son usage (32–64 Go souvent suffisantes), choisir une marque fiable et connue, il n’y a pas besoin du “top du top”, une rotation des cartes est un meilleur usage qu’une carte unique même très haut de gamme. Une seule carte = point de défaillance critique unique. Plusieurs cartes = plus de sérénité.
En photo la majorité des boîtiers n’exploitent pas les vitesses extrêmes, le goulot d’étranglement est souvent au niveau du buffer du boitier. La carte mémoire n’est pas un accessoire anodin. C’est le dernier maillon avant la perte ou la conservation des photos. .Il s’agit d’adapter la carte à l’époque du boitier, à l’usage, sans dépenser inutilement. Une bonne carte mémoire est celle qui permet de photographier l’esprit libre sans angoisse.
En usage professionnel sensible un appareil avec double slot (2 cartes pour doublon des photos) est très conseillé. Sinon deux boitiers avec des cartes de petites capacités, pour ne pas perdre toutes les photos en cas de défaillance d’une carte. C’est assez rare mais cela peut arriver et en général ça arrive au mauvais moment …
FAT16, FAT32, ex FAT ?
FAT signifie File Allocation Table, en français : table d’allocation des fichiers. C’est la manière dont une carte mémoire organise et retrouve les fichiers. On peut voir ça comme un plan de classement qui dit “ce fichier commence ici, continue là, et se termine là-bas”.
FAT16 — l’ancien système simple : Utilisée à l’époque des petites capacités, très simple, très robuste avec un nombre de fichiers limité, une structure très basique, peu de sophistication avec peu de surprises. Les anciens boitiers photos ont un firmware simple avec peu de calculs nécessaires, ils ont besoin de stabilité en écriture.
FAT32 — évolution nécessaire pour des cartes plus grandes capacité que 2 Go. FAT16 est devenu trop limité, il fallait gérer plus de données, plus de fichiers. FAT32 est une évolution, pas une révolution. Il gère des cartes de 4 Go à plusieurs dizaines de Go avec des tables plus grandes, + de fichiers possibles, une organisation plus complexe. C’est le format associé aux SDHC (4–32 Go).
FAT16 et FAT32 sont des systèmes d’organisation des fichiers. FAT16 est simple et limité (≤ 2 Go), FAT32 est plus complexe et permet des capacités plus grandes. Les boîtiers anciens ne savent lire que FAT16, car c’est le système de leur époque.
exFAT — signifie Extended File Allocation Table. C’est un système de fichiers créé par Microsoft pour répondre aux très grandes capacités de stockage. FAT32 a deux limites, la gestion lourde des très grosses capacités, la limitation sur la taille maximale des fichiers. Avec le besoin de cartes 64 Go et + pour la vidéo HD puis 4K, exFAT a été concu pour cet usage. Il n’existait pas lors de la conception de certains boîtiers. Il nécessite + de mémoire, + de puissance de calcul. Il implique des structures de fichiers complexes. Utile pour la vidéo 4K / 8K, longues séquences en rafales, fichiers très lourds (beaucoup de pixels). Elles sont peu utile pour la photographie classique, la photo lente. Beaucoup de photographes utilisent exFAT sans en avoir réellement besoin.
Le piège classique, acheter une carte SDXC neuve formatée exFAT par défaut, insérée dans un boîtier ancien = non reconnue. Tentative de reformatage = inutile si le boîtier ne supporte pas exFAT.
UHS ?
UHS signifie Ultra High Speed. Ce n’est pas une capacité, ni un format de carte (SD / SDHC / SDXC), c’est une interface de communication entre la carte et le boîtier. UHS décrit à quelle vitesse la carte peut dialoguer avec l’appareil, pas combien elle peut stocker. UHS ne rend pas la mémoire flash plus rapide, il accélère la communication entre la carte et le boîtier. C’est une affaire de fréquence de bus, de signaux et de canaux de transfert. Les premières cartes SD n’avaient pas UHS. UHS est arrivé quand les limites de vitesse en écriture et en lecture sont devenues problématiques. L’interface est dite “SD standard” avec des débits faibles, suffisant pour les écriture lente mais stable avec des petits JPEG, les premiers RAW. SDHC (2006) est toujours sans UHS avec des débits un peu meilleurs, la même interface, toujours limitée par l’ancienne logique de transfert. On stocke plus, mais on n’écrit pas beaucoup plus vite. À l’époque usage photo avec des fichiers très légers, rafales courtes ou inexistantes, pas de vidéo HD, buffers boitiers modestes. L’interface standard était largement suffisante. UHS est une réponse à de nouveaux usages, le besoin d’un débit + élevé. Les premières cartes SD(fin 1990s – début 2000s) avaient des débits très modestes, ~1 à 2 MB/s au début, ~5 MB/s pour les meilleures cartes SD “rapides” de l’époque, adaptés aux usages de l’époque avec les buffers des boitiers minuscules, des capteurs de 2 à 5 MP, JPEG légers, rafales quasi inexistantes, vidéo absente ou anecdotique.
UHS-I est introduit autour de 2010, pour augmenter la vitesse, utilise la même rangée de contacts que les cartes SD classiques avec un débit théorique maximal de 104 MB/s. elles sont rétrocompatible avec les boîtiers plus anciens. Une carte UHS-I fonctionne dans un boîtier non-UHS, mais à vitesse réduit, dans la majorité des cas : aucun gain réel dans un boitier ancien SD de base. Le boîtier ignore totalement UHS, la carte bascule en mode SD standard, la vitesse est limitée par le buffer, l’interface du boîtier et son contrôleur interne.
UHS-II — la vraie rupture (2011–2012) quand UHS-I atteignait ses limites avec les rafales longues, les RAW très lourds, la vidéo exigeante. UHS-II apporte un vrai saut de performances, avec plusieurs canaux parallèles, des signaux mieux isolés et des fréquences plus élevées. Débit théorique max de 312 MB/s reconnaissables avec leur deuxième rangée de contacts au dos de la carte, une nouvelle interface interne. Compatible avec les boîtiers UHS-II (pleine vitesse), les boîtiers UHS-I et certains anciens appareils à carte SD basiques (à vitesse réduite sans utiliser les canaux supplémentaires). Toutefois si le boîtier attend SD ≤ 2 Go, ça ne passera pas. Une carte UHS-II est rétrocompatible avec les boîtiers UHS-I, dans lesquels elle fonctionne à la vitesse UHS-I. Dans les appareils numériques plus anciens, elle peut fonctionner en mode SD standard, sans aucun bénéfice de performance, la compatibilité n’est pas toujours assurée. En photo pour les boitier UHS-II, vidage du buffer rapide, rafales confortables, gain surtout visible sur les boîtiers haut de gamme, aucun gain sur la qualité d’image, techno inutile si le boîtier n’exploite pas UHS-II.
UHS-III — la version confidentielle (2017) sur le papier débit théorique max de 624 MB/s, Toujours basé sur l’architecture UHS, pensé pour des usages très intensifs. En réalité très peu adopté. Arrive au moment où d’autres technologies prennent le relais.
Après UHS : SD Express avec un changement de philosophie, on quitte le système UHS. Basé sur PCIe / NVMe, les débits comparables à un SSD, conçu pour vidéo lourde, nécessite des boîtiers très récents, incompatibilité pratique avec les boitiers anciens. Hors sujet pour la majorité des photographes qui ne font pas de la vidéo.
CFexpress et autres formats très haut débit
Sur les boîtiers les plus récents et haut de gamme, les cartes SD atteignent leurs limites.
Pour répondre aux besoins en rafale extrême et en vidéo très lourde, de nouveaux formats sont apparus. CFexpress est aujourd’hui le standard très haut débit pour la photo sportive, d’actions rapides en rafales intensives et la vidéo professionnelle.
Les cartes CFexpress utilisent des technologies issues du monde des disques durs SSD , interface PCIe / NVMe, débits très élevés (plusieurs centaines à plusieurs milliers de MB/s selon les versions), grande stabilité pour les usages intensifs.
Il existe plusieurs variantes :
- CFexpress Type A (Sony notamment)
- CFexpress Type B (le plus répandu, Canon / Nikon / Panasonic)
- CFexpress Type C (rare, usage vidéo pro)
Il existe aussi XQD, format de transition, largement supplanté par CFexpress. CFast, utilisé surtout en vidéo cinéma, peu présent en photo. SD Express, une évolution théorique des cartes SD (PCIe), très marginale en pratique. Ces formats concernent des usages spécifiques.