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Original Wolfen (Orwo) NC500 et NC400

Depuis les années 1950, la grande majorité des pellicules couleur en négatif produits pour la photographie (Kodak, Fuji, Agfa, etc.) ont été conçues avec un masque orange uniforme sur la base de l’émulsion. Ce masque, invisible à la prise de vue mais bien visible une fois le film développé, est une caractéristique de ces négatifs, il sert à corriger les défauts croisés des couches sensibles couleur (cyan, magenta, jaune), qui réagissent différemment à la lumière et aux produits de développement. Ce masque orange permet une meilleure séparation spectrale des couches couleur, une correction colorimétrique automatique lors du tirage couleur analogique classique, un rendu le plus juste sur les tireuses couleur ou dans les logiciels de scan utilisant des profils standards.

Toutefois tous les négatifs couleur n’ont pas ce masque orange… Avec le retour en vogue de la photographie argentique, de nouveaux types de films couleur sont apparus, notamment issus du monde du cinéma, ou produits par des fabricants comme Orwo, Harman, CineStill, et des ateliers de reconditionnement de films spéciaux comme le reconditionnement de la Kodak Arerocolor (Santa Color, CatLabs etc). Ces films sont soit des produits expérimentaux, développés pour une vision artistique ou plus “brute”, soit des films cinéma convertis en cartouches photo, aussi des formules anciennes revisitées. Ils utilisent un voile coloré différent vert, cyan ou gris par exemple. Les films cinéma, comme ceux d’Orwo ou de Kodak Vision, sont destinés à l’origine pour être tirés par contact ou téléciné, pas à être imprimés. ils n’ont pas besoin du masque orange, qui est un outil de correction pour le tirage papier argentique RA-4. Certains films alternatifs cherchent aussi à simplifier le processus de fabrication, ou à se démarquer esthétiquement, en supprimant ce masque — parfois au prix d’une colorimétrie moins standardisée, en s’appuyant sur les outils numériques actuels qui permettent de corriger les dérives colorées, en post-traitement. Le masque orange n’est ainsi plus une nécessité absolue pour certains usages comme la numérisation.

Les logiciels des scanners ont été optimisés pour traiter les films avec masque orange car ils étaient les plus courants. Lorsque ce masque est absent ou remplacé par une teinte différente (verte, cyan, etc.), le traitement automatique ne donne pas un très bon résultat au niveau de la colorimétrie, avec notamment une mauvaise balance des blancs, des couleurs délavées ou irréalistes, un contraste mal interprété. Aussi il est nécessaire d’adapter la méthode de scan.

Les films couleur sans masque orange , une autre logique : Pour les films sans masque orange, comme les Orwo NC500 ou NC400, le réglage automatique “Color Negative” classiques des scanners demande à être corrigé ensuite manuellement. Il est possible aussi de les scanner en mode diapositive (positif) puisque les pellicules diapos ne nécessitent pas de correction du masque orange.

ORWO = ORiginal WOlfen ; Wolfen est la ville allemande où se trouvait la célèbre usine de pellicules construite par AGFA au début du XXᵉ siècle. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne est divisée l’usine AGFA de Leverkusen reste en Allemagne de l’Ouest ; l’usine de Wolfen se retrouve en Allemagne de l’Est (RDA). Pendant quelques années, les deux entreprises utilisent encore la marque AGFA selon des accords territoriaux. Mais en 1964, l’usine de Wolfen doit abandonner définitivement ce nom et crée une nouvelle marque : ORWO. pendant le développement des nouvelles pellicules couleur, il y a eu un litige sur les droits de la marque ORWO. Les fabricants mettent alors en avant le nom « Original Wolfen », qui rappelle directement la signification de l’acronyme tout en valorisant l’héritage historique de l’usine.

Original Wolfen NC500

Le original Wolfen NC500 (ORWO) est un film couleur négatif inspiré des émulsions cinéma anciennes de type Agfa. Il se distingue par l’absence de masque orange, remplacé par un léger voile verdâtre, une sensibilité approximative de 400 iso (avec souvent un meilleur rendu à 200–320 ISO en lumière naturelle), un look spécifique marqué, avec des couleurs désaturées, un peu froides, avec une prédominance des teintes vertes et bleu-acier, une granulation visible renforçant son aspect brut et ancien.

Les caractéristiques spécifiques du Orwo NC500 sont principalement :

AspectComportement observé
Masque couleurAucun masque orange – présence d’un léger voile vert naturel sur la base du film
Dominante globaleTendance à tirer vers le vert-bleu froid, surtout en lumière naturelle diffuse
Teinte des ombresMagenta / violet dans les ombres profondes, surtout après inversion sans correction
ColorimétrieTrès désaturée, tons pastels ou métalliques, plutôt froid
SaturationFaible, surtout pour les rouges et jaunes — les bleus/verts sont plus présents
ContrasteDoux, image assez « plate » avant correction (nécessite un boost des tons moyens)
GrainAssez marqué, visible même à 320 ISO, ce qui donne un aspect texturé
Plage dynamiqueMoyenne – les hautes lumières peuvent être vite brûlées si surexposition
Réactivité à la lumièreTendance à mieux réagir en lumière douce ou nuageuse ; les ciels sont souvent délavés
Peau / carnationTeintes froides, pas forcément facile à corriger sans dériver ailleurs

Certains utilisateurs ont dits que ces films sont basés sur le XT320 qui est un ancien film négatif couleur pour le cinéma développé par Agfa à la fin des années 1980. C’était une émulsion ECN-2 équilibrée pour la lumière tungstène (3200 K), avec une sensibilité nominale de 320 ISO. Après la réunification allemande, il a également été commercialisé sous la marque ORWO jusqu’au milieu des années 1990. Ce film a servi à des productions comme : Out of Africa, Who Framed Roger Rabbit, The Last of the Mohicans, Robin Hood: Prince of Thieves.. ORWO n’a jamais dit que la NC500 était le XT320 rebobiné. Leur formulation est qu’elle est « basée sur » l’émulsion du XT320. Cela signifie qu’ils sont partis de cette technologie historique pour créer une nouvelle pellicule photo moderne en C-41, sans couche remjet. Ce ne sont pas exactement les mêmes émulsions.

Comment exposer la Original Wolfen NC500 ?

Ce n’est pas une pellicule avec une très grande latitude d’exposition qui pardonne autant que les Kodak Portra 400 ou Kodak Vision3 250D : sa latitude est plus réduite, surtout dans les ombres.

ExpositionRésultat attendu
200 iso (+1 IL)Généralement considéré comme un bon compromis. Ombres plus propres, couleurs un peu plus riches, moins de bruit coloré dans les zones sombres.
250 iso (+2/3 IL)Beaucoup de photographes apprécient ce réglage. On conserve le caractère fort de la pellicule tout en sécurisant les ombres. Le film garde son caractère un peu nostalgique et désaturé tout en évitant que les ombres ne deviennent trop pauvres.
EI 320 (+1/3 IL)Très proche de sa sensibilité « réelle » selon plusieurs utilisateurs.
EI 400 (iso de la boîte)Aspect le + brut : contraste marqué, ombres rapidement bouchées si la mesure est un peu optimiste, couleurs parfois ternes. C’est le rendu « officiel » , les hautes lumières tiennent correctement ; les ombres chutent vite ; dans une scène contrastée, on perd rapidement du détail dans les noirs ; le grain paraît plus envahissant car il ressort surtout dans les zones en sous-expositions. à 400 ISO il faut mesurer pour les ombres, comme avec la plupart des négatifs couleur, mais encore plus attentivement avec cette pellicule.
EI 800 (−1 IL) sans pushPeu recommandé sauf expérimentation particulière. Ombres pauvres, grain + agressif, dominante parfois bleutée ou verte. Peut être recherché pour un style très brut et particulier.
800 ISO + développement poussé +1C’est possiblement le push le plus réussi sur la NC500. Couleurs + saturées, moins délavées ; les verts et les rouges gagnent en intensité. Contraste élevé, les photos paraissent plus « finies » sans nécessiter de post-traitement. Le grain augmente, surtout dans les ombres, il reste esthétique et cohérent avec le caractère de la pellicule.
1250 ISO + push +2Donne un rendu très particulier, très fort contraste, certaines ombres disparaissent complètement, on obtient un rendu très graphique.

La NC500, semble avoir deux personnalités : surexposée, elle devient douce, tons pastel, nuancée avec du grain ; poussée à 800 ISO, elle devient nerveuse, contrastée et cinématographique typée ancien. Peu de films couleur offrent une telle différence de caractère simplement en changeant la manière de les exposer et de les développer.

Comment numériser la Orwo Wolfen NC500

Le NC500 pose plusieurs défis : le voile vert est souvent mal interprété par les scanners en mode automatique, il fausse la balance des couleurs en mode “Color Negative”, le rendu est souvent bouché, très vert, pas optimal. En mode “Slide”, diapositive, le négatif numérique brute obtenu est plus exploitable à condition d’être scannée assez sombre, pour conserver la dynamique des hautes lumières après inversion.

Il est possible toutefois de le scanner soit en mode négatif couleur en ajustant la balance des couleurs, soit en mode diapositive. Par exemple avec le logiciel pour scanner VueScan ces réglages donnent satisfaction, à adapter, car cela dépend aussi de l’exposition et du type de lumière lors des prises de vues :

Mode négatif Couleur

ParamètresRéglages Remarques
Type de filmNégatif couleurIl faut corriger l’absence de masque orange, reprendre le réglage des couleurs manuellement.
Bits par pixel48 bits RVB (RGB)Conserve toute la profondeur de couleur
Luminosité (Brightness)autour de 2,3A ajuster en fonction de l’exposition lors de la prise de vue
Courbe Bas / HautMettre à Zéropas d’intervention sur la courbe des tonalités
Balance des couleursNiveaux auto en corrigeant ensuiteLe mode « Auto » sert de base à modifier, en général laisser les 3 couleurs rouge vert bleu à 1 ou proche de 1. C’est très réactif donc aller doucement, par exemple 1,2 ou 1,3, à expérimenter selon le rendu souhaité.
ExportTIFF 48 bits non compressé ou compression standardFormat d’archivage pour le post-traitement

En mode diapo

ParamètresRéglages Remarques
Type de filmDiapositive (Slide film)Permet de désactiver la correction automatique du masque orange
Bits par pixel48 bits RVB (RGB)Conserve toute la profondeur de couleur
Luminosité (Brightness)autour de 0,7Photo volontairement sombre pour conserver les détails
Courbe Bas / Haut0,01 / 0,99Évite l’écrêtage, garde un contraste modéré
Balance des couleursAucune (None) ou Manuelle (Manual)Ne pas utiliser « Auto » dans ce mode
ExportTIFF 48 bits non compressé ou compression standardFormat d’archivage pour le post-traitement

En mode diapo, ensuite il reste à importer les négatifs numériques dans son logiciel de post-traitement favori pour faire l’inversion en positif et appliquer les ajustements nécessaires selon son souhait de rendu. Darktable avec son onglet « docteur néga » fonctionne très bien pour les inversions rapides, si on ne souhaite pas poursuivre avec Darktable, il est possible ensuite d’exporter la photo obtenue au format Tif 16 bit et de poursuivre le post-traitement avec son logiciel préféré. On arrive à la dernière phase et non des moindres en s’habituant à l’action des curseurs inversés car on est parti à la base depuis un négatif numérique. L’idée est de garder l’esprit argentique et de s’approcher d’un rendu du look natif du film (ou pas) avec une variété de possibilités, sans chercher des couleurs « justes » avec ce type de films atypiques … Concernant la balance des blancs qui est très sensible, l’ajustement peut se faire en recherchant dans la photo un point gris neutre.

Comme souvent en numérique et en informatique il existe plusieurs méthodes pour arriver au même résultat. Pas testé encore en photographiant le négatif et en post-traitant un fichier raw, c’est peut-être plus facile (?). Avec les scanners avancés il y a besoin d’un temps d’adaptation, avec de la patience, pour obtenir le résultat escompté. Sinon au niveau du rendu des couleurs aussi bien en argentique qu’en numérique, c’est le post-traitement qui est décisif (balance des blancs, courbe des tonalités sélective, saturation). En argentique cela n’a pas trop de sens de changer complétement le rendu des couleurs, puisque logiquement on choisit un film en fonction de son rendu natif, après tout est possible …

Original Wolfen NC500 y a du grain quand on apprécie le grain 🙂

Original Wolfen NC400

NC = Negative Color, le film NC400 est une pellicule couleur négative lancée récemment par ORWO avec une nouvelle formulation, proche de l’émulsion utilisée pour le cinéma avec des couleurs légèrement froides, peu saturées, avec un grain assez visible. Beaucoup adorent le caractère spécifique du film, très différent des Kodak et Fuji. D’autres le trouvent difficile à maîtriser sans post-traitement numérique après scannage avec des couleur imprévisibles. Il donne une ambiance post-soviétique, style années 70-90, ou cinéma d’auteur. Cette pellicule n’est pas pour tout usage.

Le NC400 et le NC500 sont deux films très différents, même s’ils partagent le même nom de série. Beaucoup de photographes ont été surpris par cette différence marquée. La base support de l’émulsion est brune/ambre-marron alors que celle du NC500 est verte ce qui influence le scan. Le NC400 a un rendu doux et légèrement chaud dans les ombres (à cause de sa base brun-ambre), globalement assez neutre dans les teintes mais pas totalement. Les couleurs sont peu saturées, surtout les rouges. Il ne présente pas de dominante verte marquée comme le NC500 ni un aspect d’office lo-fi granuleux Son grain est classique, pas trop présent pour du 400 iso, son contraste est doux, son rendu est très intéressant pour des photos au ton calme, rétro ou contemplatif. Le film ne cherche pas la fidélité des couleurs, mais une interprétation sobre, presque mélancolique avec un rendu typé et spécifique. Les tons rouges sont peu saturés et globalement le film donne un look désaturé, pouvant même tirer vers le brun-magenta, ce qui donne un rendu ancien non clinquant, très intéressant pour des séries contemplatives ou urbaines.

Dominante magenta à corriger, ce n’est pas toujours facile

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