Pourquoi se mettre ou remettre à la photographie argentique aujourd’hui ?
La photographie argentique fait son grand retour dans un monde saturé par le numérique. Alors que les smartphones et les appareils numériques nous permettent de réaliser des milliers d’images instantanément, l’argentique nous invite à ralentir, à réfléchir et à renouer avec une pratique potentiellement plus authentique, artisanale et artistique de la photographie.
Réapprendre à réfléchir, à penser, avant de déclencher
L’une des différences majeures entre la photographie argentique et numérique est le coût par photo. Avec un appareil argentique, chaque photo a un coût assez élevé avec le film, le développement, les tirages et éventuellement le scannage. Cette contrainte financière pousse naturellement le photographe à réfléchir plus avant d’appuyer sur le déclencheur.
- En numérique : Il est assez facile de faire 500 photos en une journée, de les stocker sur un disque dur, puis de ne pas les revoir très souvent et même de les oublier.
- En argentique : Chaque déclenchement devient une décision mûrement réfléchie. Le photographe s’attache à la bonne lumière, au bon cadrage et attend le moment idéal. Cette pratique développe la patience, la précision et la capacité à observer et à passer en mode lent.
Conseil : Avant de déclencher, se poser trois questions : Pourquoi cette photo ? Que vais-je en faire ? Qu’est-ce qui rend ce moment unique ?
Donner une seconde vie aux anciens appareils photos familiaux
De nombreux appareils argentiques dorment dans les greniers, les armoires ou les tiroirs. Ces boîtiers, souvent de grande qualité, n’attendent qu’une chose : être remis en service.
- Un héritage familial : Ces appareils ont souvent une histoire. Utiliser le boîtier de son grand-père ou de ses parents donne une dimension émotionnelle à la pratique photographique.
- Une mécanique fiable : Contrairement aux appareils numériques, les boîtiers argentiques sont souvent entièrement mécaniques et très robustes. Ils peuvent fonctionner pendant des décennies sans panne majeure.
Conseil : Sortir ces appareils oubliés, les nettoyer, les tester pour leur redonner vie. On peut être surpris par la qualité matérielle des photos qu’ils peuvent produire.
Quels appareils photos argentiques pour débuter ou s’y remettre ?
Si l’exploration du patrimoine familiale n’a rien donné, ce peut être une occasion d’approfondir sa technique dans la maîtrise du triangle d’exposition, d’autant plus que les iso sont fixes avec les pellicules, il ne reste qu’à coordonner l’ouverture du diaph et la vitesse d’obturation. Aussi utiliser un reflex peut être une très bonne école en privilégiant les 100% mécaniques car ils sont dispensés des aléas de l’électronique qui a vieilli et qui peut être capricieuse. La pile sert dans ces modèles mécaniques uniquement à alimenter la mesure de la lumière. Il est possible même de s’en servir sans pile. Il reste des versions très abordables et peu prisés encore (quoique ça puisse changer) que l’on peut se procurer à prix intéressant en rapport à leur qualité et à celle de l’optique standard de 50mm souvent fournie avec, comme par exemple les minolta SRT 101 qui sont des tanks très solides et réparables. Si l’on veut faire une liste des appareils qui sont simples, fiables, et supers pour apprendre, il y a aussi les Pentax K1000 , Canon FTb, Praktica MTL 5, les sous évalués au niveau tarif Cosina CSM / C1 / C2 / Hi-Lite. Il y a toutefois une certaine inflation sur certains modèles comme les Olympus OM-1, les Nikon FM / FM2, Les Leica on n’en parle même pas à ce sujet. 🙂 Attention aux achats sur les sites de petites annonces, car même s’ils sont mécaniques ces boitiers ont de l’âge et certains vendeurs soit n’y connaissent rien, soit vendent parfois-souvent avec des dysfonctionnements. Les plus fréquents sont le levier d’avancement du film qui ne revient pas, la toile de l’obturateur qui est détendue, de la vieille huile qui s’est cristallisée qui coince la mécanique, les mousses à changer et d’autres joyeusetés. Aussi un tour chez un réparateur d’appareils argentiques est en général à prévoir, sauf chance. Après ils sont aussi jolis comme déco en face de son bureau.
Plus sérieusement, les modèles en ancienne monture d’objectif M42 sont très intéressants car ils ouvrent la voie à l’utilisation directe de multiples optiques anciennes qui ont un effet « vintage » sur le rendu des photos comme par exemple l’objectif Helios 44-2 et tant d’autres, qui peuvent toutefois être montés sur d’autres appareils avec des bagues d’adaptation.
Adopter une autre vision de la photographie : La photographie argentique offre une esthétique particulière qui diffère du numérique. Chaque film a sa propre personnalité, avec des rendus de couleurs, de contrastes et de grains spécifiques.
- Le grain : Le grain de l’argentique apporte une texture organique aux images, loin de la perfection clinique du numérique.
- Les couleurs : Les films argentiques produisent des tons et des nuances difficiles à reproduire numériquement à l’identique sans post-traitement approfondi et encore… Ce n’est pas tout à fait pareil.
- L’imprévu : Les aléas de la prise de vue, les imperfections du développement ou les accidents créatifs apportent une touche d’authenticité et du caractère qui renforce le côté unique.
Conseil : Tester différents types de films pour trouver celui qui correspond à son propre style photographique ou au look souhaité selon les sujets et l’inspiration du moment.
Quelles pellicules quand on débute en argentique ?
Au départ les films les moins onéreux sont à privilégier pour se faire la main (prix variables car tendance générale à la hausse).
| Pellicules Couleur | Sensibilité | Caractéristiques | Prix indicatif (35 mm) | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Kodak ColorPlus 200 | ISO 200 | Ton chaud, assez doux | 9–10 € | Pour la lumière du jour, très utilisée pour débuter. |
| Kodak Gold 200 | ISO 200 | Plus de contraste, couleurs vintage | 9–11 € | Facile à trouver, bon rendu général. |
| Fujifilm C200 | ISO 200 | Tons neutres/verts, assez doux | 9–11 € | Alternative à ColorPlus, un peu plus froide, verts citronnés typiques Fuji. |
| AgfaPhoto Vista 200 (rebadgée parfois) | ISO 200 | Couleurs pop, un peu « cheap » ancien | 8–10 € | Parfois réemballée sous d’autres noms (ex: Fomapan Color). |
| Pellicules noir et blanc | Sensibilité | Caractéristiques | Prix indicatif (35 mm) | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Fomapan 100/200/400 | ISO 100–400 | Look vintage, (sauf la 200 à grain tabulaire, plus moderne) | 5–6 € | Bon rapport qualité/prix, bien pour s’exercer, parfois des défauts d’émulsion (tâches noires). |
| Kentmere 100 / 200/400 (Harman/Ilford) | ISO 100 / 400 | Fabrication plus stable que Foma. | 6–7 € | Excellente qualité pour le prix. |
| Rollei RPX 100 / 400 | ISO 100 / 400 | Plus contrastée, look classique | 7–8 € | Bien adaptée aux débutants, souple en développement. |
Privilégier les 200–400 iso pour plus de souplesse en lumière naturelle. Commencer avec 1 ou 2 types de films pour apprendre leurs rendus. Si on souhaite développer soi-même, commencer avec du noir & blanc (plus facile). Concernant la couleur, le processus C-41 maison est délicat

Apprendre la patience et le plaisir de l’attente
Avec le numérique, on peut voir le résultat instantanément. En argentique, il faut attendre.
- Le développement : Il peut s’écouler plusieurs jours entre la prise de vue et la découverte des images, voire plus si on développe soi-même ses pellicules. Astuce : par souci de budget, il est possible d’étaler le développement sur plusieurs mois si on a utilisé un nombre important de films lors d’un voyage par exemple.
- La surprise : Cette attente crée une excitation unique. Redécouvrir des photos faites il y a plusieurs semaines ou mois est une expérience particulière.
Conseil : Noter dans un carnet pour documenter ses prises de vue. Ainsi, lorsque l’on récupère les négatifs, on peut se replonger dans ses intentions initiales.
Ralentir la frénésie du déclenchement
La photographie numérique a engendré une frénésie de déclenchement. En argentique, cette impulsivité est freinée par la limitation du nombre de poses sur une pellicule (généralement 24 ou 36) et par les coûts d’usage.
- Faire moins de photos et de meilleure qualité en s’appliquant : Avec l’argentique, on privilégie la qualité à la quantité.
- Une pratique méditative : Chaque étape de la photographie argentique, de la préparation de l’appareil au développement, devient un rituel qui invite à la contemplation.
Conseil : Prendre le temps d’observer le sujet, d’analyser la lumière et de composer précisément avant de déclencher.
Se reconnecter à un artisanat et à une tradition photographique
La photographie argentique fait partie de l’histoire de cet art. Se remettre à cette pratique, c’est renouer avec un savoir-faire traditionnel.
- Maîtriser le processus : Développer ses propres pellicules et réaliser ses tirages en chambre noire permet de contrôler chaque étape de la création d’une photo.
- S’inspirer des maîtres : La majorité des grands photographes du XXe siècle ont travaillé en argentique. Étudier leur travail et reproduire leurs techniques est une source d’inspiration inépuisable.
Conseil : Se plonger dans les ouvrages de photographes comme Ansel Adams, Henri Cartier-Bresson ou Diane Arbus pour mieux comprendre la richesse de l’argentique.
Réaliser des tirages physiques, varier ses réalisations tout en recyclant du matériel
La photographie numérique pousse à l’accumulation de fichiers, parfois jamais exploités. L’argentique remet à sa place l’importance de l’acte photographique dans une démarche plus intentionnelle et réfléchie, en variant les plaisirs de la réalisation, en ouvrant vers l’histoire de la photographie, tout en recyclant du matériel existant délaissé.
- Moins de déchets électroniques : Les appareils argentiques ont une durée de vie supérieure aux numériques.
- Des tirages physiques : En argentique, on tend naturellement à imprimer ses images, ce qui leur donne une existence tangible et durable.
Conseil : Faire des agrandissements, des tirages de ses photos argentiques les plus réussies pour retrouver le plaisir de la matérialité de la photographie.
Gérer l’impact environnemental des produits chimiques
Le développement argentique utilise des produits chimiques qui peuvent avoir un impact environnemental. Cependant, cet impact peut être réduit par des pratiques responsables.
- Produits chimiques : Les révélateurs, bains d’arrêt et fixateurs contiennent des substances potentiellement polluantes. Cependant, il existe aujourd’hui des alternatives moins nocives et des produits plus biodégradables.
- Traitement des déchets : Les laboratoires de développement professionnels suivent des protocoles stricts pour le traitement des déchets chimiques. Si l’on développe chez soi, il est important de ne pas jeter les produits chimiques dans les égouts. Des centres de collecte existent pour leur recyclage.
- Quantité limitée : La photographie argentique étant une pratique plus lente et réfléchie, la quantité de produits utilisés est limitée par rapport à l’impact environnemental de la fabrication et de l’obsolescence rapide des appareils numériques.
Conseil : Si l’on développe soi-même, apporter les produits utilisés dans une déchetterie, choisir les produits les plus respectueux pour l’environnement.
L’alternative numérique avec un rendu argentique
Pour ceux qui souhaitent retrouver l’esthétique de la photographie argentique tout en utilisant du matériel numérique, il est possible d’opter pour des appareils numériques capables de produire un rendu proche de l’argentique, couplé à un travail de post-traitement. Il s’agit essentiellement de la gamme des premiers appareils photos numériques, qui pour convaincre les photographes professionnels de passer au numérique, ce qui engendrait des investissements importants, ont proposé des boitiers qui s’inspiraient en terme de rendu des films argentiques. A savoir aussi que les optiques montées sur les boitiers ont un rôle important, certains donnent un rendu plus doux, moins sec et tranchant que d’autres. En fait en argentique on ne recherche pas un rendu le plus net possible mais ce qui est appelé du caractère. Onpeut même rechercher beaucoup de grain classique. Les outils choisis participent à un style et à une signature en plus de l’empreinte personnelle que le photographe met dans ses réalisations. Ce domaine de passionnés est un vaste sujet qui peut déclencher pas mal de débats.
- Les appareils recommandés : Certains appareils numériques sont particulièrement appréciés pour leur rendu plus « organique » et leur capacité à imiter potentiellement les caractéristiques de l’argentique. Il s’agit de modèles sortis par les fabricants au début du passage à la photographie numérique afin de rallier les professionnels attachés à leur matériel argentique et de passer le cap …
- Canon 5D : Apprécié pour ses tons naturels et son grain numérique subtil.
- Canon 1Ds : Réputé pour son rendu des couleurs proche de celui des films argentiques.
- Fuji S5 Pro : Offre une dynamique importante et une palette de couleurs qui rappelle les pellicules Fujifilm.
- Leica M8 / M9 : Ces appareils télémétriques numériques offrent une esthétique unique avec un rendu proche des films Kodak. Globalement la gamme M vise a obtenir des rendus organiques moins typés numériques que d’autres gammes de boitiers.
- Nikon D2H (capteur Nikon maison à mi chemin entre un ccd et un cmos), Nikon D80 et les anciens appareils numériques avec un capteur ccd du début du numérique. Les appareils photos utilisant un capteur CCD, réputé pour être assez proche d’un rendu de films argentiques voir cet article : Style argentique.
Bien entendu des modèles plus récents peuvent aussi approcher plus ou moins un rendu argentique à condition de travailler les fichiers bruts avec un post-traitement particulier. La marque Fuji quant à elle a intégré des simulations de films à choisir avec la réalisation de photos en jpeg traitées par l’électronique de l’appareil photo.
- Le post-traitement pour un rendu argentique :
- Courbes de tonalité : Ajuster les courbes pour obtenir un contraste plus doux et une légère atténuation des noirs.
- Ajout de grain : Appliquer un grain subtil pour donner une texture organique à ses photos.
- Couleurs : Ajuster la saturation des rouges, des jaunes et des bleus pour reproduire les tons typiques des pellicules.
- Vignetage : Ajouter un léger vignetage pour concentrer l’attention sur le sujet.
- Effet de flou : Ajouter un très léger flou sur les bords pour simuler les objectifs vintage.
Conseil : Installer des courbes de tonalité spécifiques dans son appareil photo, utiliser des preset+LUT ou profils ICC optimisés pour un rendu simulant l’argentique en post-traitement par logiciel.
L’alliance des deux techniques
Allier la photographie argentique traditionnelle à la numérisation et au post-traitement numérique offre une combinaison riche en avantages, tout en soulevant la question de la préservation des caractéristiques intrinsèques des pellicules. La numérisation donne une autre dimension à la photographie argentique, dans la quête d’un rendu qui viendra caresser les yeux.
Avantages de la combinaison argentique et numérique :
- Flexibilité du post-traitement : La numérisation des négatifs permet d’utiliser des logiciels de post-traitement pour ajuster l’exposition, le contraste, les couleurs, offrant une flexibilité similaire à la photographie numérique.
- Archivage et partage facilités : Les images numérisées sont facilement stockées, partagées en ligne ou imprimées, combinant le charme de l’argentique avec la commodité du numérique.
- Expérimentation créative : Le post-traitement numérique permet d’explorer des rendus artistiques tout en conservant la base esthétique spécifique et choisie fournie par la pellicule.
Préservation des spécificités des pellicules :
Chaque pellicule possède des caractéristiques uniques en termes de grain, de contraste et de rendu des couleurs qui peuvent même varier selon le processus de fabrication et la conservation des films (utilisation de pellicules maturées ou dites périmées). La numérisation et le post-traitement peuvent altérer ces spécificités si les ajustements sont trop poussés. Cependant, avec une approche délicate, il est possible de préserver, voire d’accentuer, ces particularités.
Avantages de cette approche hybride :
- Optimisation du rendu : Le post-traitement peut renforcer les caractéristiques spécifiques des pellicules, comme le grain ou les teintes particulières, tout en corrigeant des imperfections.
- Contrôle accru : Cette méthode offre un contrôle supplémentaire sur le rendu final, permettant d’adapter la photo à des préférences esthétiques précises renforçant son intervention personnelle dans l’esthétique finale.
Choix de la pellicule en fonction du rendu souhaité :
Sélectionner une pellicule en fonction de son rendu spécifique, par exemple, un contraste élevé et des rouges puissants, permet de gagner du temps en post-traitement. Même après numérisation, la photo conservera les caractéristiques de base de la pellicule choisie, offrant un look distinctif difficile à reproduire exactement, de manière similaire, avec un appareil numérique moderne.
Combiner la photographie argentique avec la numérisation et le post-traitement numérique permet de bénéficier des avantages des deux mondes. Cette approche offre une flexibilité et un contrôle accrus, tout en préservant les caractéristiques uniques des pellicules, à condition que le post-traitement soit réalisé avec soin et délicatesse afin de ne pas perdre l’essence de la pellicule argentique spécifique avec un post-traitement trop appuyé.
Ainsi, se remettre à la photographie argentique cumule plusieurs avantages. C’est choisir une approche plus lente, plus réfléchie de la photographie. C’est redécouvrir le plaisir de créer des images avec intention et émotion. Cela permet de ressortir des vieux boîtiers, les charger avec une pellicule pour partir à la rencontre d’une pratique photographique différente, authentique, riche de sens tout en offrant la possibilité d’intégrer cette pratique dans son flux de réalisation de photographies numériques.
L’argentique a un coût important
Le prix des pellicules a fortement augmenté ces dernières années, parfois au niveau de x3, pour plusieurs raisons, qui combinent des facteurs économiques, industriels et liés à la demande… Après l’explosion du numérique dans les années 2000, les grands fabricants de films (Kodak, Fuji, Agfa, etc.) ont drastiquement réduit leur production, fermé et même détruit des usines et abandonné certaines émulsions. Les machines et infrastructures nécessaires à la production de films sont coûteuses à entretenir, et certaines ont été démantelées ou laissées à l’abandon. Redémarrer une ligne de production coûte très cher, d’autant plus que la chimie des films repose sur des procédés complexes nécessitant des matériaux spéciaux. Les pellicules argentiques contiennent de l’argent métal (halogénures d’argent), dont le prix a augmenté ces dernières années. D’autres composants chimiques sont devenus plus difficiles à produire ou à obtenir en raison de réglementations environnementales plus strictes qu’auparavant. Le plastique utilisé pour les supports et les cartouches de films a aussi vu son prix grimper. L’inflation globale, notamment sur l’énergie et les transports, a augmenté les coûts de production. Les films étant désormais produits en petites quantités, les économies d’échelle ne jouent plus autant qu’avant. La logistique (transport international, distribution) a été perturbée par des crises mondiales entraînant une hausse des prix.
Ces dernières années, la photographie argentique a connu un regain d’intérêt, notamment auprès des jeunes générations et des passionnés nostalgiques. La demande a explosé, quand l’offre est resté limitée, ce qui pousse les prix vers le haut. Des films un peu oubliés auparavant sont maintenant très recherchés (Fuji Pro 400H, Kodak Ektachrome), ce qui incite les fabricants à augmenter les tarifs en jouant sur une sensation de rareté. Kodak, par exemple, a régulièrement augmenté ses prix ces dernières années, expliquant que c’était nécessaire pour maintenir et relancer la production. Fuji a retiré plusieurs films du marché et a augmenté les prix de ceux qui restent, justifiant cela par des coûts élevés de fabrication. Certains films sont devenus presque des produits de niche ou de luxe, vendus à des prix bien bien plus élevés qu’il y a 10 ou 15 ans. Des films très populaires ont été arrêtés car les composants chimiques nécessaires étaient trop chers. Chaque fois qu’un film est discontinué, sa rareté fait exploser son prix sur le marché de l’occasion, ce qui influence la perception générale de forte valeur des films.
L’augmentation des prix des pellicules est due à une combinaison de coûts de production accrus, rareté de certaines matières premières, baisse des volumes de production, hausse de la demande et aussi stratégies commerciales des fabricants dès lors qu’il y a une demande soutenue, ils sont sur une tendance haussière. Malheureusement, cette tendance ne semble pas se calmer.
Estimatif pour avoir une idée, pour 5 pellicules par mois sur 1 an, variable, ça dépend de la définition souhaitée du scan (M,L, XL, XXL), si on arrive à trouver moins cher avec des promos, si on fait moins que 5 par mois, si on scanne ou développe soit même.
| Type de pellicule | Prix pellicule (€) | Développement + Scan (€) | Coût total par pellicule (€) | Coût mensuel (5 pellicules) (€) | Coût annuel (5 pellicules/mois) (€) |
|---|---|---|---|---|---|
| Pellicule couleur 36 poses | 15 | 13,80 | 28,80 | 144 | 1728 |
| Pellicule noir et blanc 36 poses | 8 | 15 | 23,00 | 115 | 1380 |
Un paradoxe dans la numérisation des films argentiques ?
Il peut sembler paradoxal de réaliser des photos en argentique pour ensuite la numériser, puisque cela revient en quelque sorte à « transformer » une image chimique en un fichier numérique. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles les photographes font cela :
- Préservation et partage : Le numérique permet d’archiver, de dupliquer et de partager plus facilement les photos, ce qui est difficile avec des négatifs ou des tirages papier…
- Post-traitement avancé : La numérisation permet d’appliquer des corrections et des ajustements plus confortablement qu’en chambre noire.
- Impression et publication : Beaucoup de tirages modernes, même argentiques, passent par une étape de numérisation avant d’être imprimés sur papier.
En somme, ce n’est pas vraiment un paradoxe, mais plutôt une hybridation entre deux mondes : on utilise l’argentique pour capturer l’image et le numérique pour la travailler et la diffuser.
Différence avec un appareil numérique et post-traitement
Si l’on considère uniquement le résultat final (une image numérique), est-ce qu’il y a une grande différence entre une photo faite en numérique et une photo argentique numérisée ? Oui, et cela tient à plusieurs facteurs :
🟠 Rendu des couleurs et des tons
- L’argentique a une réponse spectrale différente de celle des capteurs numériques. Chaque pellicule a sa propre signature en matière de couleur, de contraste et de grain.
- Le numérique est plus linéaire dans sa capture des lumières et des ombres, alors que l’argentique a une façon plus progressive de gérer les hautes lumières (notamment dans les films négatifs).
- Même avec des presets et des émulations (comme les films Fuji dans les boîtiers Fuji ou les LUTs en post-traitement), le numérique a du mal à reproduire certaines subtilités de l’argentique surtout au niveau des transitions dans les tons.
🟠 Granularité et bruit numérique
- Le grain argentique est aléatoire et organique, ce qui donne une texture dite « plus naturelle », disons traditionnelle, plus avec un effet tangible matière, texture.
- Le bruit numérique quant à lui (surtout en haut ISO) est souvent perçu comme plus artificiel et structuré.
🟠 Dynamique et récupération des hautes lumières
- Un film négatif a une plage dynamique étendue dans les hautes lumières, avec un effet de halo dans les parties surexposées. En fait les hautes lumières s’enroulent sans un effet brûlé abrupte, elles sont + crémeuses.
- Toutefois, un capteur numérique récent(surtout les capteurs full-frame et moyen format) a une plage dynamique importante même dans les ombres qui théoriquement ont moins de détails, permettant ainsi de récupérer des infos dans les zones sombres (avec augmentation du bruit si récupération élevée).
🟠 Processus et esthétique du rendu final
- En argentique, la photo est en partie « pré-cuisinée » par la pellicule choisie et le développement chimique, ce qui lui donne un aspect particulier d’emblée.
- En numérique, c’est le photographe qui doit recréer cette esthétique en post-traitement à partir d’un fichier brut très neutre, ce qui peut être plus long, technique et pas complétement identique au rendu d’un film.
Pourquoi faire de l’argentique si on numérise ?
Si l’on considère que la photo finale est numérique, alors pourquoi ne pas faire directement en numérique ? quelques raisons qui poussent les photographes à garder l’argentique :
- L’expérience photographique : L’argentique impose une autre approche, plus lente, plus réfléchie. Chaque déclenchement compte.
- Le rendu spécifique : Certains préfèrent le rendu spécifique du film, la lumière ne réagit pas de manière identique sur une pellicule organique, ce rendu est difficile à reproduire même avec un bon post-traitement.
- Le processus artistique : Certains apprécient le travail en laboratoire, la chimie, l’attente du développement, la part de surprise…
- L’objet physique : Avoir un négatif ou une diapositive semble une archive matérielle durable, contrairement aux fichiers numériques qui peuvent être corrompus ou perdus. On est dans du tangible.
Il y a une différence notable entre une photo argentique numérisée et une photo issue directement d’un appareil photo numérique avec post-traitement. L’expérience photographique et le rendu sont différents. Numériser de l’argentique permet d’obtenir une photo hybride, entre l’authenticité du film et la flexibilité du numérique. Ce n’est donc pas un paradoxe, plutôt une manière de tirer parti des avantages des deux mondes !
Reprendre la photographie argentique après s’être habitué au numérique peut être une expérience frustrante. Cela vient principalement de la différence d’approche entre les deux technologies, des contraintes propres à l’argentique et des habitudes acquises avec le numérique.
Une approche différente qui change la perception de la réactivité
Avec le numérique, on a pris l’habitude d’une photographie instantanée :
- On déclenche et on peut voir immédiatement le résultat sur l’écran, corriger, ajuster la prise de vue, refaire si besoin.
- On peut prendre plusieurs photos pour ajuster l’exposition, le cadrage, la composition, la mise au point.
- La vitesse d’exécution est plus rapide, grâce à l’autofocus et aux cadences de prise de vue élevées.
En argentique, tout est plus lent :
- Il faut d’abord bien choisir le film et s’y tenir pour toute une série de photos (ISO fixe, rendu défini à l’avance).
- L’exposition demande beaucoup d’attention, surtout en mode manuel où l’on doit mesurer la lumière précisément et ajuster les réglages en fonction des sujets et de la photo mentale que l’on souhaite voir ensuite.
- L’absence d’aperçu immédiat oblige à une rigueur technique et une anticipation que l’on a tendance à perdre avec le numérique.
- Le développement et le tirage imposent une attente, ce qui peut être frustrant et long quand on est habitué à voir ses photos immédiatement. On peut aussi se lancer dans le développement des pellicules si l’on manque de patience.
Des automatismes numériques difficiles à transposer à l’argentique
En passant du numérique à l’argentique, on se rend compte que certains réflexes acquis par le passé, on été perdus.
- On a l’habitude de déclencher beaucoup et de trier ensuite, alors qu’en argentique, chaque déclenchement coûte cher (films et développement). Le tri se fait par une réflexion avant de déclencher.
- On ajuste facilement la sensibilité ISO sur le numérique, alors qu’en argentique, elle est figée pour l’ensemble de la pellicule.
- La correction d’exposition après coup sur un fichier RAW est possible, alors qu’un négatif mal exposé est très délicat à rattraper.
Cette différence de processus peut donner l’impression d’un manque de souplesse et de réactivité.
Une mise au point plus lente et plus difficile
Avec le numérique, l’autofocus aide : il est rapide, précis et permet de suivre des sujets en mouvement. En argentique, sauf exception (certains compacts et appareils autofocus des années 90-2000), la mise au point est souvent manuelle. Plusieurs difficultés apparaissent :
- Manque de pratique : on a perdu l’habitude d’ajuster la netteté à l’œil, surtout avec un viseur moins lumineux que celui des reflex numériques.
- Moins de confort visuel : les verres de visée ne sont pas toujours optimisés pour la mise au point manuelle et les systèmes d’aide (stigmomètre, microprismes) ne sont pas aussi précis qu’un autofocus moderne.
- Dextérité réduite : la mise au point demande une certaine rapidité et fluidité dans la rotation de la bague, un geste qui n’est plus naturel après des années de numérique.
Résultat : on a l’impression que l’argentique est lent, imprécis, alors qu’en réalité, c’est une question de réadaptation qui demande du temps de pratique. Il existe toutefois des appareils photos argentique avec autofocus si la mise au point manuelle est un problème ou si on recherche de la rapidité et un confort d’usage. Si on veut de l’autofocus la dernière génération des appareils argentiques ont l’autofocus et ceux de la gamme professionnelle sont très réactifs et en termes de praticité d’usage ils sont proches des numériques.
L’attente du développement
Avec le numérique, le plaisir est immédiat : on visualise, on partage, on édite. En argentique, il faut :
- Terminer la pellicule : si on ne shoote pas souvent, cela peut prendre des jours, voire des semaines avant d’exposer les 36 vues.
- Envoyer au labo : déplacement, envoi postal ou attente si le labo est surchargé.
- Développement : généralement de 48h à une semaine d’attente, selon le service choisi.
Cet enchaînement d’attentes peut être frustrant voire même décourageant quand on est habitué à la spontanéité du numérique.
Une frustration qui peut masquer l’intérêt de l’argentique
Si l’on revient à l’argentique en recherchant la même rapidité et fluidité que le numérique, on risque d’être déçu. L’argentique offre d’autres avantages qui demandent un changement de mentalité :
- Il force à plus réfléchir avant de déclencher, ce qui peut affiner le regard et la précision de la composition et du cadrage.
- L’attente du développement crée une sensation de surprise et de redécouverte qu’on ne retrouve pas en numérique.
- Le rendu particulier des films argentiques apporte une texture et une esthétique difficile à reproduire en numérique. On peut même se surprendre à préférer ce rendu …
- Le processus manuel de développement et de tirage en chambre noire peut être une expérience enrichissante si on le fait soi-même.
Reprendre l’argentique après des années de numérique est une transition exigeante. La lenteur, la difficulté de mise au point, l’attente du développement peuvent sembler frustrantes, elles sont inhérentes à cette approche. Plutôt que d’essayer de retrouver la réactivité du numérique, il est nécessaire d’accepter cette temporalité différente, d’apprendre à être patient et d’en tirer parti pour redécouvrir une photographie différente, plus réfléchie, plus matérielle et sensorielle.
Et à l’avenir ?
Sans avoir de boule de cristal, l’analogique restera très probablement une niche vivante active, surtout pour les photographes passionnés qui apprécient la dimension tangible, tactile et authentique de la pellicule. Tant que cette demande existe et qu’il y a une communauté prête à préserver l’art de la photographie argentique, il est raisonnable de penser qu’elle continuera à prospérer tranquillement, même de manière modeste. Les fabricants de pellicules et les laboratoires continueront d’exister dans cette logique de niche, offrant possiblement des produits de plus en plus spécialisés, de nouveaux acteurs pourraient émerger pour répondre à des demandes spécifiques.
Un engouement pourrait stimuler l’innovation dans certains domaines, comme la création de pellicules spéciales, l’adaptation de processus pour rendre l’argentique plus accessible, même avec l’augmentation ambiante des prix et des coûts. Les photographes cherchant une expérience plus « authentique » que la photo numérique ou ceux en quête de processus plus réfléchis seront probablement au cœur de ce mouvement à long terme.
La maîtrise complète du processus
Le plaisir de l’argentique en noir et blanc c’est d’avoir la maîtrise complète du processus, le choix du film en fonction du rendu souhaité, le choix du sujet, le développement en faisant sa petite sauce personnelle, le scannage, le post-traitement en laissant le caractère argentique, le choix du format qui peut être atypique …

Ce qu’il y a de bien avec l’argentique c’est qu’une fois que tu plonges ou replonge là dedans, tu n’as plus envie de faire la course aux pixels et d’acheter un moyen format numérique de 100 millions de pixels, tu t’en fiches. Toi t’es parti dans l’expérimental, le lo-fi et le noir et blanc origine bien granuleux. 🙂
Guide des pellicules photos (films argentiques) : ici