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Vendre son matériel photo

Si on vend son matériel photo d’occasion : faut-il payer des impôts ou déclarer les ventes ? La question revient régulièrement dès qu’il est question de vendre plusieurs objets sur Leboncoin, eBay ou une autre plateforme de vente en ligne : « Est-ce que les ventes sont transmises aux impôts ? Est-ce que je vais devoir payer des taxes ? » Il faut distinguer deux choses différentes qui sont souvent confondues : la transmission d’informations à l’administration fiscale et l’imposition des sommes perçues.

Les plateformes peuvent transmettre les ventes

Dans le cadre du dispositif européen DAC7, les plateformes de vente en ligne doivent, sous certaines conditions, transmettre à l’administration fiscale des informations concernant les vendeurs et leurs transactions. Pour les ventes de biens, une plateforme bénéficie notamment d’une dispense lorsque le vendeur a réalisé moins de 30 transactions et pour un montant total n’excédant pas 2 000 € au cours de l’année.

Si l’un de ces seuils est dépassé, les informations peuvent être transmises. Toutefois faire l’objet d’une transmission d’informations ne signifie pas que les sommes sont automatiquement imposables.

C’est une distinction importante à comprendre.

Exemple : Imaginons un pratiquant de la photographie qui décide de faire du tri dans son matériel, il vend :

  • un ancien boîtier : 600 € ;
  • deux objectifs : 400 € et 500 € ;
  • un flash et des accessoires : 100 €

Il a vendu plusieurs objets qui s’ajoute à d’autres types d’objets du quotidien qu’il a déjà vendu et la plateforme peut être amenée à transmettre les informations correspondantes à l’administration fiscale.

Cela ne transforme pas pour autant ces ventes en revenus imposables. C’est une situation de vente de biens personnels usagés déjà en sa possession. Le fait de vendre régulièrement son propre matériel parce qu’on renouvelle souvent son équipement, qu’on change de système ou qu’on se sépare d’une partie de son matériel collectionné ne signifie pas, à lui seul, que l’on exerce une activité commerciale.

La situation est différente si on achète spécialement pour revendre

Le raisonnement change si on achète régulièrement des appareils photo, des objectifs ou du matériel dans le but de les revendre.

Par exemple : On achète un appareil 800 €, dans l’intention de le revendre 1200 €, puis on recommence régulièrement avec d’autres appareils.

Dans ce cas, il ne s’agit plus simplement de vendre des biens personnels dont on n’a plus l’utilité. L’achat de biens dans l’intention de les revendre peut relever d’une activité commerciale, avec des obligations fiscales et éventuellement sociales.

La différence importante est donc la nature de l’activité, et pas simplement le nombre d’objets que l’on a vendu.

Vendre beaucoup ne signifie pas automatiquement « être imposable »

Une personne peut vendre un nombre important d’objets personnels au cours d’une année : changement de matériel photo, déménagement, succession, débarras, collection que l’on décide de réduire, etc.

Le dépassement des seuils DAC7 peut entraîner une transmission d’informations à l’administration fiscale, mais ces seuils ne constituent pas des seuils d’imposition.

À l’inverse, quelqu’un qui achète régulièrement des biens pour les revendre peut dans ce cas exercer une activité commerciale même si les montants concernés sont relativement modestes.

Et le paiement utilisé ?

Autre confusion fréquente : DAC7 ne concerne pas uniquement les paiements effectués avec le système de paiement de la plateforme. Le fait qu’un acheteur paie directement par virement, espèces ou un autre moyen ne transforme pas une vente personnelle en vente commerciale, et l’utilisation ou non du paiement intégré ne détermine pas à elle seule l’imposition. La question fiscale porte avant tout sur la nature des opérations réalisées.

En résumé

On peut retenir trois idées simples :

  • Vendre un bien que l’on possède déjà c’est une vente d’un bien personnel ; elle n’est pas automatiquement imposable.
  • Acheter un bien dans le but de le revendre : peut relever d’une activité commerciale, notamment lorsque l’opération est répétée.
  • Dépasser les seuils DAC7 peut entraîner une transmission d’informations par la plateforme internet utilisée ; cela ne signifie pas automatiquement que l’on devra payer un impôt.

Pour un photographe qui revend son ancien boîtier, ses objectifs ou une partie de son matériel, le fait d’avoir plusieurs annonces ou plusieurs ventes ne suffit pas à déterminer qu’il exerce une activité commerciale. Ce qui importe notamment est de savoir pourquoi et dans quelles conditions les biens ont été acquis et revendus.

Les règles fiscales peuvent dépendre de la nature des biens, des conditions de vente et de la situation du vendeur. Pour une situation importante ou régulière, il est préférable de vérifier les règles applicables auprès de l’administration fiscale.

Source : https://www.impots.gouv.fr/particulier/questions/comment-declarer-mes-revenus-issus-de-leconomie-collaborative?

« Si le nombre d’opérations réalisées dans l’année est supérieur ou égal à 30 ou si les montants perçus excèdent 2 000 €, les plateformes transmettent ces informations à l’administration fiscale. Ces seuils ne signifient pas automatiquement que les sommes sont imposables. Les montants peuvent apparaître dans votre déclaration pré-remplie sans être imposables. »

Si on est un boulimique du matériel photo car on aime tester et pas forcément garder très longtemps, le nombre de ventes peut attirer l’attention, mais il ne suffit pas à lui seul à déterminer la nature de l’activité. L’administration peut examiner les circonstances des achats et des reventes pour déterminer s’il s’agit de la gestion de biens personnels ou d’une activité d’achat en vue de revendre. Il faudra expliquer j’achète du matériel pour l’utiliser. Je teste beaucoup de matériel, je change souvent, puis je revends ce qui ne me convient finalement pas. Je ne fais pas de bénéfices sur les ventes. C’est très différent de j’achète des appareils à 500 € parce que je sais que je peux les revendre 700 € et je le fais très souvent en revendant de suite après l’achat. Le BOFiP indique d’ailleurs, dans le cadre de l’appréciation de l’intention spéculative, que des éléments comme le délai entre acquisition et revente, les bénéfices réalisés et le caractère nombreux et fréquent des opérations peuvent être examinés. Acheter et revendre rapidement n’est pas en soi la preuve qu’on avait acheté pour revendre. Un photographe peut acheter un objectif, constater trois semaines plus tard qu’il ne lui convient pas et le revendre. C’est particulièrement crédible dans la photo : on peut être un véritable maniaque de l’essai de matériel sans être pour autant commerçant.

Prix de vente, des aspects psychologiques

On élargit ce sujet car on voit parfois des offres de prix qui paraissent très hautes surtout dans le matériel photo où il y a une part d’affectif avec un vendeur qui ne calcule pas comme l’acheteur. C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du marché de l’occasion. Un mécanisme psychologique peut expliquer une partie de la résistance des prix de l’occasion avec des tarifs élevés.

Le Nikon D850 est un excellent exemple : son prix neuf au lancement tournait autour de 3 800 € boîtier nu en Europe. Pour beaucoup de photographes, c’était un investissement très important. Quand ils le revendent, plusieurs mécanismes peuvent entrer en jeu.

  • L’ancrage sur le prix d’achat. Le vendeur garde en tête les 3 800 € payés, pas la valeur actuelle du marché.
  • L’aversion à la perte, baisser le prix par exemple à 900 € revient psychologiquement à reconnaître une perte considérable, même si la décote est logique après plusieurs années.
  • Un attachement personnel. Le boîtier a accompagné des voyages, des projets, parfois des années de travail. Il devient difficile de le considérer comme un simple objet dont le prix a très fortement baissé.
  • La justification de l’investissement. Un vendeur peut se dire : « C’est encore un appareil exceptionnel, donc il vaut forcément un bon prix. » La qualité réelle du matériel vient alors conforter son estimation.

Il y a même un paradoxe intéressant, + un appareil a coûté cher à l’achat, + son propriétaire peut avoir du mal à accepter sa dépréciation, alors que son prix d’achat passé ne détermine pas sa valeur actuelle. Cela peut créer un marché à deux vitesses : des annonces qui restent longtemps en ligne à des prix trop élevés, et d’autres vendeurs qui ont réellement besoin de vendre et acceptent un tarif inférieur.

Cela explique pourquoi on trouve des annonces qui semblent déconnectées du marché. Le vendeur ne cherche pas toujours à vendre rapidement, il teste parfois un prix, attend le bon acheteur ou préfère conserver son appareil plutôt que d’accepter une somme qu’il juge trop faible. En réalité parfois il n’a pas forcément très envie de vendre. Certains préfèrent simplement attendre plutôt que vendre trop bas. Cet hypothèse explique pourquoi les prix affichés peuvent rester déconnectés de ce que les acheteurs sont prêts à payer. Cela touche surtout ceux qui ont acheté l’appareil photo neuf et veulent le revendre.

Il est intéressant d’observer les appareils photo « anciens » : la cote ne reflète pas uniquement la valeur technique, la valeur réelle d’usage, la rareté ou la demande. Elle reflète aussi la psychologie des propriétaires et sur un matériel aussi chargé symboliquement qu’un appareil photo haut de gamme, cet effet peut être assez puissant.

Prix affiché : ce que le vendeur espère obtenir. Prix de transaction : ce qu’un acheteur accepte réellement de payer. Prix de reprise par un professionnel : ce qu’un revendeur peut offrir en tenant compte de ses frais, risques avec une marge pour exister. Les annonces renseignent sur les prétentions des vendeurs, tandis que les transactions réellement effectuées renseignent sur la demande réelle.

Une décote n’est pas forcément régulière, elle peut être très variable selon les marques et la désirabilité du produit. Une décote de 80% est tout à fait possible, s’il y a peu d’acheteurs intéressés. perdre 80 % en 5 ans est possible, ce n’est pas une règle générale. C’est plutôt le scénario d’un modèle qui a beaucoup perdu en attractivité, d’un boîtier devenu peu recherché, ou d’un appareil dont le prix neuf initial était particulièrement trop élevé par rapport à sa valeur d’utilisation. Une décote suit rarement une ligne droite.

Phase 1 — La sortie du magasin : – 15% à −30 %, le simple fait que l’appareil ne soit plus neuf réduit sa valeur. L’acheteur compare aussi le prix d’occasion aux promotions et aux offres de déstockage du neuf. Phase 2 — La concurrence des nouvelles générations + attractives environ 1 à 3 ans après l’achat neuf, un successeur arrive, l’autofocus progresse, la vidéo évolue, les capteurs change, un concurrent propose mieux avec un tarif attractif en neuf. L’ancien appareil reste bon, mais il doit désormais se vendre moins cher pour convaincre car il est carrément en concurrence avec du neuf. Phase 3 — La stabilisation, environ 3 à 7 ans, le prix dépend de plus en plus de l’utilité réelle du boîtier, de sa réputation et de la demande. Certains modèles continuent de chuter, d’autres deviennent de bonnes affaires très recherchées et le prix de revente baisse moins. Phase 4 — Le plancher ou le retour en grâce, après 7 à 10 ans, un reflex professionnel peut atteindre un plancher de prix car il parait complétement obsolète et la demande est très faible. À l’inverse, un appareil devenu emblématique peut bénéficier d’un regain d’intérêt et reprendre de la valeur.

L’âge du matériel photo ne suffit pas à lui seul à prévoir le prix, tout le matériel ne décote pas au même rythme. Il existe des engouements ponctuels, des éditions limitées, des appareils photos qui basculent en mode collection, des attachements particuliers, des difficultés pour revendre car il y a un fort attachement aussi le prix proposé n’a rien à voir avec la demande réelle et le prix qu’un acheteur est prêt à payer, il peut y avoir aussi quelques illusions sur la valeur résiduelle du matériel possédé.

Pour un achat d’un appareil photo d’occasion partir de la valeur actuelle neuf d’un modèle comparable, et non du prix neuf payé autrefois. Regarder la facilité de revente si l’on souhaite s’en séparer après usage, le prix auquel des exemplaires identiques se vendent réellement sur les transactions effectuées, pas le prix dans les annonces. La tendance du modèle sur les 36 derniers mois. Le nombre d’annonces existantes et leur ancienneté. L’état, le nombre de déclenchements, les accessoires et les risques de panne.

Pour acheter pour revendre, c’est une autre affaire car là il s’agit d’acheter le moins cher possible car avec les taxes et cotisations sociales il faut dégager une marge suffisante. Pour acheter en vue de revendre, ajouter les frais, le temps nécessaire pour vendre, les retours, la gestion et une marge de sécurité. Un appareil acheté 500 € et revendable 600 € ne procurera pas un bénéfice suffisant une fois les frais et les imprévus déduits.