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Utiliser des films périmés

Les pellicules, films argentiques ont une date de péremption indiquée, toutefois il y a de la marge. On peut utiliser un mot moins péjoratif que périmés, comme arrivés à maturité, maturés, expirés. Pour conserver les pellicules le plus longtemps possible dans de bonnes conditions, il convient de les stocker dans un frigo ou carrément au congélateur.

Il est possible d’utiliser des films argentiques périmés loin de la date indiquée, toutefois il y a certains risques associés à cette pratique. Tout d’abord, la sensibilité du film peut possiblement être affectée, en réalité il s’agit d’une monté de voile, comme si le film avait été été légèrement exposé à la lumière, cela touche principalement les tons moyens avec pour conséquence une baisse de la latitude d’exposition (perte de dynamique), ce qui signifie qu’il faudra ajuster les paramètres d’exposition sur son appareil photo pour les pellicules en négatif, pour compenser cette perte de sensibilité probable. Les couleurs peuvent aussi varier à cause du temps, surtout si pendant le stockage il y a eu des variations significatives des températures.

Traces bavures des perforations sur l’émulsion – Agfa Vista 200 origine « Made in Germany » périmée au 12/2004

Sur-exposer ou pas ?

Attention car il y a pas mal de légendes urbaines qui circulent. Déjà un film négatif et positif(pour diapositives) sont à considérer différemment l’un de l’autre. Il se dit qu’il faudrait surexposer systématiquement mais cela concerne uniquement les films négatifs, pas du tout les diapositives qui ont nativement une plus faible latitude d’exposition, donc il ne faut pas les surexposer, même périmées. Il y a par exemple une règle qui circule selon laquelle il faudrait supprimer 1 arrêt de sensibilité du film par tranches de 10 ans où il est obsolète. Par exemple, si un film iso 400 est expiré depuis 20 ans, l’exposer comme un film iso 100. On ne sait pas d’où provient cette règle, et chacun la répète, aussi cette règle n’en est pas vraiment une. Il y a plusieurs exemples qui montrent que des films très périmés ont été exposés à leur valeur nominale et il y a eu comme résultat des photos exploitables. Le rendu des films périmés est aléatoire, cela dépend fortement des conditions de conservation. Les films plus sensibles(valeurs iso élevées) se détérioreraient plus rapidement ainsi que les pellicules diapositives. Les pellicules en négatif ont une importante latitude d’exposition par nature donc il n’y a pas de souci pour les surexposer. Ce n’est pas le cas des films diapositives donc vraiment attention à ne pas sur exposer fortement car dans ce cas il n’y aura pas de photos sur le film, ce sera une masse blanche après développement… Certains disent que les films périmées c’est de la crotte car ils n’en obtiennent rien, mais d’emblée ils ont exposé toute la pellicule en surexposant très fortement sans varier les iso en partant déjà de l’iso d’origine, aussi en surexposant très fortement ils ont obtenu un négatif noir, donc surexposition qui a dépassé la latitude d’exposition. Si on n’a qu’un film périmé pour voir ce qu’il donne, varier l’exposition au lieu de partir directement sur du x3 EV ou + en surexposition … partir de l’iso d’origine une photo, puis +1 EV, + 2 EV + 3 EV, en fait faire 4 photos de la même scène et doubler en numérique ou avec un film non périmé, si les scènes sont importantes.

Faire des « bracketing » d’exposition et des tests

Pour l’utilisation il est plus prudent de partir sur une base iso proche de la valeur indiquée et de doubler ou tripler les photos en surexposant. Dans les manuels de Kodak, Ilford et certaines publications comme le « Kodak Professional Black-and-White Films Data Book » (disponible dans les années 80-90), il était conseillé de tester les films stockés longtemps et de faire des « bracketing » d’exposition. Ces manuels destinés aux professionnels, ne disent pas explicitement « sur-exposez systématiquement ». L’idéal est d’avoir plusieurs films périmés conservés ensemble et de faire des tests sur le premier pour voir s’il faut l’exposer à son iso d’origine ou de combien le sur-exposer. Sur-exposer d’emblée très fortement, surtout avec des films n’ayant pas d’origine une grande latitude d’exposition expose au risque de ne rien obtenir sur la pellicule et d’accuser ensuite le fait qu’il soit périmé, prudence donc sur le niveau de surexposition surtout avec des films précieux plus fabriqués et difficilement trouvables.

Pour les films diapo une surexposition d’un stop est déjà une surex très sévère, cela peut entraîner une perte totale d’image. Pour de meilleurs résultats, exposer à l’iso d’origine, ne surtout pas appliquer cette « règle » d’un arrêt par décennie » pour les diapositives.

Le film négatif couleur tolère bien une surexposition même sévère, par opposition aux films inversibles. En cas de doute, une surexposition est préférable à une sous-exposition. Cependant, la meilleure exposition est celle qui est correcte, aussi rien ne remplacera de tester. Les films négatifs en noir et blanc ont tendance à bien vieillir, donc y aller doucement avec la surexposition. Certains ont constaté que les films Fuji encaissent mieux le vieillissement que les Kodak au niveau de l’émulsion.

Parfois la chimie nécessaire n’est plus disponible

Attention aussi concernant le Kodachrome, il n’y a plus la chimie spécifique qui a été abandonnée pour des questions de coût et de réglementations environnementales. Les Kodachrome étaient spéciaux, fabriqués avec une partie émulsion noir et blanc avec des couches de couleurs. Il est possible de les développer avec des produits pour le Noir et Blanc, bien sûr avec comme résultat une absence des couleurs et des résultats pas terribles.

Il y avait aussi à une époque le développement des films diapos en E4 qui était un processus de développement couleur inversible utilisé par Kodak dans les années 1960 jusqu’au début des années 1970. Il était conçu pour les premières générations de films Ektachrome. Ce processus était chimiquement plus complexe que l’actuel E6. Il utilisait notamment un premier révélateur contenant du formaldéhyde, très toxique. Il nécessitait aussi des températures et des temps de traitement plus critiques. Kodak l’a remplacé par le E6 au milieu des années 1970, qui était plus stable, plus écologique, et plus simple à mettre en œuvre pour les labos. Depuis, tous les films diapo sont conçus pour le procédé E6. Les anciens films conçus pour E4 ont des couches d’émulsion formulées pour réagir avec les chimies spécifiques à E4. Les colorants incorporés dans l’émulsion des films E4 ne sont pas compatibles avec ceux d’E6. Si on passe un film E4 dans un bain E6, les couleurs seront complètement faussées (délavées, masquées, ou virant au magenta ou au vert).

Il est quasi impossible de développer ce type de film E4 correctement dans son procédé d’origine pour obtenir les couleurs natives. Il existe quelques options aléatoires :

  • Traitement croisé (cross-process) : certains labos expérimentaux (comme Film Rescue International) proposent de traiter les films E4 en noir et blanc, ce qui permet de récupérer une image argentique sans les couleurs. En E6 ou C41 les couleurs sont imprévisibles (certains disent qu’il y a éventuellement la possibilité de ne pas obtenir de photos du tout (?). Développement artisanal : Il existe des forums où des gens ont bricolé des chimies similaires à E4 mais les chances de réussir à obtenir des couleurs justes sont très faibles avec des films très anciens. Le plus simple est de les développer en C41 en sachant qu’il y aura une dérive des couleurs.

A retenir

  • On peut tout à fait sur exposer de 1 ou 2 diaphs les films négatifs expirés car ils encaissent tous par nature de toute façon les sur-expositions de 1 ou 2 crans (exposer à 100 iso un 400 iso expiré).
  • Concernant les films diapositives ne pas sur exposer, les exposer à leur valeur iso native, en variant l’exposition (braketing : 3 photos du même sujet, en sous-exposant légèrement et en sur-exp léger 1/2 diaph). Ils sont en positif, sur exposer va transformer le voile dû au vieillissement de l’émulsion en masse blanche jusqu’à ne plus obtenir de photo du tout. Les diapositives ont une faible latitude d’exposition nativement, avec un comportement différent des négatifs. Ces films périmés voilent facilement dans les hautes lumières, ce qui donne une perte irréversible de détail dans les zones claires. Même périmé, le film réagit généralement mieux à une légère sous-exposition ou exposition juste, avec des corrections en post-traitement scan ensuite. Il est possible de développer des films diapos anciens en process négatif C41, on obtiendra alors un négatif. Les couleurs vont vriller de manière aléatoire, le résultat peut être sympa ou très moche …
  • Le mieux quand on a plusieurs films conservés dans les mêmes conditions et de faire un test sur un films en variant l’exposition et en notant les résultats pour partir sur une base connue du lot.
  • Les films noir et blanc se conservent très longtemps au delà de la date indiquée. Même déjà exposé, avec des photos sur l’émulsion et non développés, il y a eu de bons résultats 30 ans après. Le mieux est de les développer avec des révélateurs rapides, pas en développement lent (stand développement non) car dans ce cas un développement long et doux fera monter le voile présent avec le vieillissement. Sur les très anciens genre 60 ans il y a souvent des champignons sur l’émulsion à cause de l’humidité et des dégradations importantes (voile, tâches, trous d’absence d’émulsion décollée).
  • Les films Kodachrome ainsi que Kodacolor II et X, ne peuvent plus être développés car le process est abandonné. Concernant les Kodachrome, pour sauver des photos ils peuvent se développer en noir et blanc mais le résultat est très mauvais et ne donne parfois pas de photo.
  • Pour la conservation : Le frigo pour utiliser les films dans l’année ; le congélateur pour les conserver sur le long terme, dans un sac en plastique hermétique pour éviter l’humidité. Ce que les émulsions n’apprécient pas, ce sont les variations de températures, encore moins si elles sont brutales. Pour décongeler les films, les passer d’abord de la phase congélation au frigo pour qu’ils décongèlent doucement.

Le cas Ektachrome Infrared (EIR) infrarouge Aerochrome

Le Kodak Ektachrome Infrared (EIR) est un film inversible couleur infrarouge très prisé, surtout pour ses rendus spectaculaires en fausses couleurs. Il a été utilisé pour des applications scientifiques, militaires, et artistiques avant son arrêt de production en 2007. Il donne des effets de fausses couleurs uniques ainsi le feuillage des arbres devient rouge vif, l’eau et le ciel bleu profond. Ce film très rare aujourd’hui est très apprécié des photographes expérimentaux et des collectionneurs. Il peut donner des résultats imprévisibles et artistiques, même périmé. L’EIR est extrêmement sensible à la chaleur et au rayonnement. Un film très ancien risque d’avoir perdu une partie de sa sensibilité infrarouge, les couleurs pourraient être fortement altérées, avec un contraste plus faible et peut-être un voile. Destiné maintenant à la photographie expérimentale, même si le film est altéré, il peut donner des résultats abstraits intéressants. Même très périmé, des amateurs de films rares sont intéressés à obtenir un exemplaire. Le Kodak EIR est un film couleur infrarouge unique, il n’a pas besoin d’un filtre infrarouge opaque comme les films noir et blanc IR (ex. Kodak HIE, Rollei IR). Toutefois concernant l’utilisation d’un film périmé pour récupérer des effets infrarouge il est conseillé d’utiliser un filtre de couleur spécifique soit :

  • Pas de filtre → Donne une photo avec un effet infrarouge très subtil, mais exploitable. (Couleurs plus aléatoires, souvent fades)
  • Filtre Jaune (Y2) ou Orange (O2) → Accentue légèrement l’effet infrarouge en boostant les rouges (compromis)
  • Filtre Rouge (R25) → Rend les tons verts encore plus rouges, renforce le contraste, bloque tout le bleu et le vert. Il restera une teinte très magenta ou rouge foncé et peu de nuances. (Effet brutal, peu subtil)
  • Le filtre le plus utilisé avec l’EIR est le Wratten 12 (Jaune profond) Y52, qui coupe le bleu et améliore l’effet infrarouge, nommé aussi Kodak Wratten 12 « Yellow Deep » ou « Minus Blue filter ». (Référence historique)

EIR et développement E4 attention à la confusion : Les tout premiers films infrarouges couleur Kodak des années 60-70 nécessitaient le procédé E4, ils sont à développer en noir et blanc ou en C41, les autres des années 90-2000 sont en procédé E6.

Il existe aussi son ancêtre le Kodak Ektachrome IE qui se développe en chimie E-4 plus disponible. Il est possible de le développer en C41 avec un résultat aléatoire pas trop mal selon certaines expériences en variant l’exposition. Il est à exposer entre 25 iso et 50 iso avec du braketing.

⚠ Ces films IR sont à charger dans l’appareil dans l’obscurité totale car ils sont très sensibles aux fuites de lumière. Attention à l’exposition car la latitude d’exposition de ce type de film est probablement d’un demi-stop seulement. Il faut utiliser aussi un appareil photo avec avancement manuel de la pellicule, sans avancement automatique, ni rembobinage auto, car ces appareils avec auto-avance ont des capteurs infrarouges pour faire avancer le film vers la photo suivante (le système avec codage DX n’interfère pas puisque les contacts sont purement électriques).

CaractéristiqueKodak 2236 noté IEKodak EIR / HEIR
Nom completKodak Ektachrome Infrared Film IE 2236Kodak Ektachrome Infrared Film EIR / HEIR
Usage initialAérien / scientifique / surveillancePhotographie créative / artistique / expérimentale
Type de filmDiapositive couleur infrarouge (process E4 abandonné)Diapositive couleur infrarouge (E-6 standard modifié)
Support physiqueSouvent en bobines 70 mm et rouleaux pro (format 135 – 20 poses)Cartouches 35 mm standard (grand public pro)
Sensibilité spectraleRouge + proche infrarouge (IR), moins de vert visibleBleu + vert + IR (répartition décalée en RGB inversé)
Rendu couleurPlus scientifique, souvent peu contrastéFausses couleurs spectaculaires (rouge vif pour la végétation)
ISO nominalEnviron ISO 25 à 50ISO 100 (voire 64 iso)
Type de chimie A tenter en C41E-6 standard ou légèrement ajusté
Filtration recommandéeFiltre rouge ou orange profond, parfois IR cutFiltre orange ou rouge pour renforcer l’effet
Usage recommandé aujourd’huiExpérimentation, très délicat, peu d’infosCréation artistique expérimentale encore documentée
Date de fin de productionInconnue (fin années 1990), usage très marginal déjà à l’origineEnv. 2007 (rare dès 2001)

Fuji Pro 400 H

La Fuji Pro 400H est une pellicule 400 iso très appréciée, elle avait été spécialement conçue pour les photographes professionnels, notamment dans les domaines du portrait, du mariage, et de la photographie fine art. Son rendu particulier est souvent recherché pour sa douceur et sa capacité à saisir des détails subtils dans des conditions d’éclairage variées, tout en supportant très bien une surexposition. Elle est bien connue pour son rendu doux et pastel, notamment dans les tons de peau. Elle offre une palette de couleurs subtiles, avec des verts vibrants légèrement froids et des teintes de peau dites naturelles et flatteuses. Cette caractéristique la rend particulièrement adaptée aux portraits, où la reproduction fidèle et douce des couleurs est importante, les teintes de peau sont ainsi particulièrement bien rendues, avec une absence d’une teinte rougeâtre souvent présente dans d’autres pellicules.. Contrairement à des pellicules comme la Kodak Portra 400, qui a un rendu légèrement plus chaud, la Fuji Pro 400H produit une couleur plus fraîche et moins saturée, donnant un look qui semble « pur » et doux. Concernant les les paysages les verts et les bleus sont un peu plus froids, mais les rouges et les jaunes peuvent être moins saturés, ce qui donne un aspect plus subtil et moins contrasté dans les scènes en extérieur.

La latitude d’exposition de la Fuji Pro 400H est l’une de ses caractéristiques les plus appréciées. Cela signifie que la pellicule peut être surexposée sans que cela nuise à la qualité de l’image. Elle tolère bien les erreurs d’exposition et conserve une grande plage de tonalités, ce qui la rend pratique dans des situations de lumière difficile, comme les mariages en intérieur ou les portraits en extérieur en fin de journée. Elle peut être surexposée d’1 à 2 stops, ce qui permet d’obtenir des résultats plus lumineux et de minimiser le grain dans les ombres. Au delà la limite est à 4 stops car après les couleurs vrillent. Le mieux c’est 1 à 2 stops, les exposer à 200 iso pour les périmés, en général pour commencer. En revanche, elle réagit moins bien à la sous-exposition. Les détails dans les ombres peuvent devenir trop sombres et difficiles à récupérer en post-traitement.

La granulation (grain) de la Fuji Pro 400H est fine et discrète, ce qui lui donne un aspect très « net » pour du 400 Iiso. Cela permet de conserver des détails avec une grande précision, surtout pour une pellicule de cette sensibilité. Le grain est bien maîtrisé et reste subtil, même lors de tirages en grand format. C’est une pellicule très appréciée pour les tirages de haute qualité, comme ceux réalisés pour des expositions ou des travaux artistiques.

Elle présente un contraste relativement faible. Cela permet de capturer une large plage dynamique, du noir au blanc, sans perdre de détails dans les hautes lumières ou les ombres profondes. Cette caractéristique est importante pour les photographes professionnels qui cherchent à obtenir une photo à la fois douce et aussi suffisamment dynamique sans noir charbon bouché. En raison de son faible contraste, la pellicule peut donner un aspect légèrement « plat » lorsqu’elle est scannée ou numérisée, mais cette qualité est souvent recherchée pour la post-production. Les hautes lumières sont bien maîtrisées, ce qui permet de conserver des détails même dans les zones les plus exposées, comme les nuages, les reflets lumineux… ou les robes blanches.

Par rapport à des pellicules comme la Kodak Portra 400, la Fuji Pro 400H a une dominante plus froide, avec des verts plus prononcés et particuliers ainsi qu’une reproduction des peaux plus neutre. La Kodak Portra 400 est considérée comme ayant des teintes plus chaudes et des couleurs plus saturées, tandis que la Fuji Pro 400H privilégie un rendu dit naturel. Certains critiquent ce film car il est onéreux et très doux, c’est clair quand on cherche des couleurs très saturées, du haut contraste, un rendu direct très « punchy » ou une dominante jaune-marron-orangé, ce n’est pas ce film du tout qu’il faut choisir. On peut faire directement du numérique aussi dans ce cas, c’est plus simple.

Lors du scannage, la Fuji Pro 400H offre un rendu très détaillé avec beaucoup de matière, elle peut nécessiter plus de travail en post-traitement pour « rehausser » les couleurs et le contraste si on recherche une photo dynamique. Les professionnels des photos de mariage et ceux de la photographie artistique préfèrent souvent des tonalités naturelles neutres et un grain subtil, qu’ils peuvent affiner ensuite en fonction de leur style personnel pendant l’édition.

Malheureusement la Fuji Pro 400H a été discontinuée en 2021 par Fujifilm, ce qui a déçu de nombreux photographes professionnels et amateurs qui l’appréciaient particulièrement pour ses caractéristiques uniques. Fujifilm a pris la décision de se concentrer sur ses pellicules grand public et son marché numérique. Bien que la photographie argentique connaisse un regain d’intérêt ces dernières années, la demande pour des pellicules professionnelles spécialisées comme la Pro 400H avait diminué, notamment aussi à cause de la baisse générale de la production de pellicules argentiques de ce type, coûteuses à produire. Moins d’offre, augmentation des prix et découragement à l’achat par des non professionnels qui ne peuvent pas rentabiliser l’acquisition. Bien que la Fuji Pro 400H ne soit plus produite, il existe un marché secondaire pour les stocks restants. Les prix ont tendance à augmenter très fortement en raison de sa disponibilité très limitée et de plus en plus limitée, le film passe ainsi dans les chers disparus et les pellicules expirées recherchées.

Certains avancent parfois que la Fuji X-Tra 400 pourrait être une alternative. Ce ne sont pas des films identiques. La Superia X-Tra 400 a un rendu plus saturé, c’est une pellicule de la gamme dite « grand public » beaucoup plus punchy, mais parfois plus brutale pour les portraits au niveau du rendu des couleurs. Le seul point commun est la sensibilité 400 ISO et une certaine polyvalence, mais le rendu colorimétrique et la finesse de grain sont bien différents.

Critère Fuji Pro 400H Fuji Superia X-Tra 400
Public cible Pro / portrait, mode Grand public / usage général
Palette de couleurs Teintes douces, pastels subtils, verts légèrement froids Couleurs plus saturées, rouges et verts plus intenses
Rendu de la peau Très doux, idéal pour le portrait Moins naturel, parfois un peu rougeâtre
Contraste Faible à moyen Moyen à élevé
Granulation Fine (pour une 400 ISO) Plus marquée que la Pro 400H
Latitude d’exposition Large (gère bien la surexposition) Plus étroite (moins de marge d’erreur)
Utilisation type Portrait, mariage, photographie fine art Photo de famille, voyage, quotidien

Des possibles altérations des couleurs

Pour les autres types de films très périmés dont les produits pour les développer existent encore, il est fort probable que les couleurs soient altérées, qu’une dominante de couleur apparaisse sur les photos ou un voile privant les photos de contraste. L’idéal est de les utiliser pour ensuite scanner le négatif et corriger les défauts par logiciel de post-traitement numérique. Les dérives des couleurs et autres résultats atypiques, c’est ce qui fait le charme de l’utilisation de films expirés.

En ce qui concerne la durée de conservation, cela dépendra du type de film et des conditions dans lesquelles il a été stocké. En général, les films périmés depuis plus de 20 ans ne sont plus fiables, mais certains peuvent encore être utilisables si les conditions de stockage ont été assez bonnes. Il est arrivé avec des expériences vécues, que des pellicules noir et blanc de 60 ans d’âge aient pu donner des résultats très acceptables. Concernant les films couleurs et surtout diapos, cela peut relever d’un espoir. Il faut se préparer à être déçu afin de ne pas trop l’être ensuite au vu des résultats ou plutôt de l’absence de résultat. 🙂

Conservation frigo ou congélateur ?

Vaut il mieux mettre les pellicules au frigo ou au congélateur pour les conserver quand elles arrivent proches de la date de péremption ? Cela va dépendre de la période d’utilisation prévue. Pour une utilisation prévues dans les 6 mois et 1 an soit un stockage à court et moyen terme le frigo suffit. Température 4°C (compartiment standard) cela ralentira la dégradation de l’émulsion (sensibilité, contraste, couleurs) en rangeant les pellicules dans des sacs hermétiques ou des boîtes étanches pour éviter l’humidité.

Pour une longue période sans utilisation > 1 an et un stockage à long terme pour converser des pellicules plusieurs années après leur date de péremption, le congélateur est recommandé. Température -18°C, cela stoppe presque totalement la dégradation chimique. Une décongélation progressive sera nécessaire pour éviter la condensation (ente 12 à 24h au frigo avant de les utiliser).

Films périmés pas à jeter mais …

L’utilisation de films expirés peut donner des résultats intéressants et créatifs, mais cela comporte quelques risques et des imprévus selon l’éloignement avec la date de péremption indiquée. L’idéal est d’avoir plusieurs bobines de la même marque conservées dans les mêmes conditions et d’utiliser la 1ère en test pour voir le degré de surexposition nécessaire ou pas (pour les diapos non pas de surex).

Si le film a été conservé au congélateur ou sans trop de variations de températures, on ne verra peut-être aucun défaut 30 ans ou plus après la date de péremption. Pour obtenir des effets, il est possible de laisser un film non périmé dans une voiture chaude l’été pendant plusieurs semaines. C’est la chaleur et des variations de températures qui modifient la structure de l’émulsion et les couleurs. Quasi tout le temps concernant les films très âgés que l’on peut trouver ils ne sont pas restés au congélateur pendant 20 ou 50 ans …

Il n’y a pas toujours de mauvaises expériences à utiliser des films périmés en conscience, si la date n’est pas trop éloignée (jusque 4 ou 5 ans il y aura a priori peu d’incidences). Toutefois pour des photos très importantes ce n’est pas recommandé du tout, du tout, sans tests préalables. Un film couleur surtout au delà de la date indiquée perd en contraste et un voile important peut se former, c’est le plus embêtant, ainsi que des dominantes de couleurs variables (c’est souvent ce qui est recherché), cela va dépendre des conditions de conservation. C’est la couche couleur Cyan qui est le plus fragile et se conserve le moins longtemps, et la couche jaune qui est la plus résistante, c’est pourquoi il y a très souvent une forte dominante verte et magenta dans les films périmés. Ceci est lié aux types de composants utilisés dans les émulsions couleur, qui sont en développement chromogène avec une élimination des particules d’argent lors du processus de développement. Il est possible aussi qu’il y ait des champignons sur l’émulsion, elle est sensible à l’humidité. Le résultat sera aléatoire surtout avec une utilisation très éloigné de la date limite, il peut être aussi catastrophique ce voile, jusqu’à n’obtenir aucune photo. Il faut être un peu joueur…

L’utilisation de pellicules, films, périmés est une expérience qui s’inscrit dans la pratique de la photographie expérimentale quand on apprécie les surprises (bonnes ou mauvaises) et que l’on apprend à accepter l’échec, genre c’est très mauvais ou il n’y a rien sur la pellicule alors que j’ai passé 3 jours à faire des photos et j’en suis sûr il y en a une exceptionnelle, en plein dans ce que j’aime, ha mince ! … Cela peut être un moyen de sortir de sa forte tendance perfectionniste ou alors à un moment de se dire ouep je vais arrêter avec les films expirés depuis trop longtemps car ce n’est pas raisonnable … Pour faire face aux risques pour des photos engageantes il est plus prudent de doubler les prises de vues avec un autre appareil, soit en film frais, soit en numérique. Quant aux films noir et blanc exposés depuis des décennies sans avoir été développés, on peut trouver aussi un important voile et une émulsion très dégradée ; en général concernant les films couleurs exposés et non développés, c’est pire au niveau de la conservation de l’émulsion. Après cela dépend dans quelle type de pratique on s’inscrit, car on peut rechercher de la basse fidélité, article ici : lo-fi.

Où faire développer des pellicules photos argentiques par correspondance ? article ici

Pellicules en voie de disparition : ici

Guide des pellicules photos (liste de films disponibles : ici