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Diapo ou négatif couleur ?

Pour les anciens photographes, on préférait à l’époque de l’argentique unique souvent les pellicules diapos car on obtenait un rendu connu directement en fonction du choix du type de pellicule. La diapo est conçue pour produire une photo finale avec déjà une esthétique propre. Quand on regardait une bonne diapo bien exposée on ne se disait pas quel scan vais-je en tirer, avec quel post-traitement ? La photo existait déjà alors qu’une pellicule en négatif, elle, donne une photo potentielle.

Une diapo sur une table lumineuse est déjà un objet photographique en soi. On peut la contempler sans ordinateur, sans logiciel, sans interprétation de scan, sans se prendre la tête. C’est peut-être ce qui manque parfois avec le négatif couleur moderne entre le film exposé et la photo finale, il y a une énorme part d’interprétations et de traduction numérique. L’inconvénient maintenant est le peu d’offre, il n’y a plus le Kodachrome avec son rendu très apprécié. L’inconvénient actuel de la diapo est le coût des films, la faible latitude d’exposition et le développement E-6 plus contraignant que le C-41.

Dans les années 1980-2000 il y avait du choix, Agfachrome RSX 100, Kodachrome 25, Kodachrome 64, Kodachrome 200, Fujichrome Velvia 50, Fujichrome Velvia 100F, Fujichrome Provia 100F, Fujichrome Astia 100F, Kodak Ektachrome E100VS, Kodak Elite Chrome, Fujichrome Sensia 200, Fujichrome Provia 400F, Kodak Ektachrome 400, Agfachrome RSX 200 et d’autres.

Chaque film avait son caractère. Aujourd’hui, si on parle de films diapos réellement fabriqués et pas toujours faciles à trouver, on tourne essentiellement autour de Fujifilm Provia 100F, Fujifilm Velvia 50, Fujifilm Velvia 100 (selon les marchés et disponibilités), Kodak Ektachrome E100 et … c’est tout.

Paradoxalement, le négatif couleur est aujourd’hui plus riche en personnalités visuelles que la diapo avec un large choix, Kodak Gold, Ultramax, Color Plus, Portra, Ektar, Cinestill, ORWO NC500, ORWO NC400, Santa Color,Harman Phoenix, Lucky Color 200 et bien d’autres ainsi que les diverses pellicules cinéma en ajoutant les films périmés dits grand public encore utilisables en expérimental.

En diapo il reste essentiellement trois esthétiques : Velvia = saturation forte ; Provia = équilibrée ; Ektachrome = froide et assez propre. On constate l’absence de véritables films 400 ISO courants alors qu’en négatif il y en a.

Si on photographie souvent, des paysages ruraux, de l’urbain, des bâtiments, des scènes vernaculaires, parfois par temps couvert, dans ces conditions, une Portra 400 ou une HP5 donnent une liberté énorme. Avec une diapo 100 ISO on se retrouve à ouvrir davantage, utiliser un trépied, accepter des vitesses limites … ou photographier principalement en lumière abondante. C’est l’une des raisons du succès historique de la Portra 400, elle a fini par remplacer beaucoup d’usages autrefois dévolus à la diapo. Les photographes ont accepté de perdre un rendu direct en échange d’une latitude d’exposition très importante et d’une souplesse d’usage.

En fait nous avons hérité de la partie contraignante de la diapo (prix, exposition critique, faibles sensibilités) sans retrouver la diversité des émulsions qui faisait son attrait à son âge d’or. C’est un peu comme si en noir et blanc il ne restait plus que la T-Max 100, la Delta 100 et rien d’autre. Beaucoup de la richesse du médium noir et blanc aurait disparu. Il y a aussi une caractéristique de la diapo, elles n’ont pas du tout la même souplesse au niveau des hautes lumières que les négatifs, aussi, en scannant on est proche du rendu numérique. Une diapo scannée aujourd’hui est souvent regardée sur un écran, traitée dans Lightroom ou Capture One, puis diffusée sur Internet. Dans ce contexte, on perd une partie de ce qui faisait sa spécificité historique. Avec un capteur numérique moderne, on peut obtenir déjà des couleurs fidèles, un contraste maîtrisé, beaucoup de détails, une image positive directement visible. Une fois la diapo scannée, l’écart avec le numérique devient parfois moins différenciant que l’on pourrait l’imaginer.

En revanche, le négatif couleur conserve plusieurs caractéristiques spécifiques : une latitude énorme dans les hautes lumières, une transition douce vers le blanc, une compression « naturelle » des contrastes dans les tons moyens, une gestion des contre-jours très différente du numérique. Aussi certains films ont ce grain organique bien visible qui n’a rien à voir avec du bruit numérique.

On en arrive au fait que le négatif couleur est aujourd’hui souvent plus distinct du numérique que la diapo. La diapo donne un rendu souvent plus contrasté, une image positive directement, une exposition plus critique qu’avec un négatif, une dynamique plus restreinte. Alors que le négatif couleur conserve cette capacité très particulière à encaisser les erreurs d’exposition et à produire des transitions lumineuses difficiles à reproduire exactement avec un capteur. D’ailleurs, lorsque on pense au Kodachrome, ce qui manque n’est pas simplement la diapo, c’est un film qui possédait une signature extrêmement forte et quasiment impossible à recréer fidèlement. Une Provia ou une Ektachrome actuelle restent de belles diapos, mais elles ne procurent pas forcément cette sensation de regarder une photo issue d’un procédé radicalement différent du numérique. C’est pour cela que l’on peut être davantage attiré aujourd’hui par les films couleur à personnalité très marquée car ils apportent quelque chose que le numérique n’apporte pas spontanément, alors qu’une Ektachrome bien scannée peut parfois sembler étonnamment proche d’un bon fichier numérique traité avec soin. Après ce n’est pas exactement identique au niveau du rendu entre diapo et directement appareil numérique, réfléchir si la différence vaut l’investissement ou pas. Si on parle d’expérience photographique clairement il y a une différence. Le côté sympa de la diapo c’est que l’on obtient directement un objet photographique, une image en positif avec un rendu choisi (toutefois limité), si on veut encore + de saturation des couleurs, on sous-expose très légèrement, ce sont des films formateurs au niveau du choix de l’exposition. Cela oblige aussi à soigner encore + la prise de vue et à se limiter étant donné le coût du film.

La diapo actuelle est un peu devenue le domaine de la pureté technique : exposition précise, couleurs maîtrisées, attention lors des prises de vues, photo « propre ». Le négatif couleur, lui, est devenu le domaine de la personnalité visuelle. C’est là que l’on trouve aujourd’hui les rendus étranges, les palettes inattendues, les comportements imprévisibles et les caractères forts qui rappellent l’époque où chaque film avait une certaine identité. Pour ceux qui cherchent une écriture photographique personnelle plutôt qu’une simple fidélité au réel, il y a matière à explorer du côté des négatifs couleur actuels.