En photographie, le +1,33 IL (ou +1,33 EV, pour Indice de Lumination ou Exposure Value) désigne une démarche d’optimisation de l’exposition en lumière incidente mesurée avec un posemètre. La méthode d’exposition dite « +1,33 IL », repose sur l’idée de donner au capteur le maximum de lumière possible sans atteindre son seuil d’écrêtage, afin d’obtenir un fichier RAW contenant le maximum d’information exploitable, notamment dans les basses lumières. Le principe s’inscrit dans une problématique de la photographie numérique avec un capteur qui possède une limite physique au-delà de laquelle les photosites saturent et les informations des basses lumières (sous-exposition) et des hautes lumières sont perdues (brûlées, surexposées).
La question intéressante n’est donc pas de savoir si l’idée d’optimiser la quantité de lumière reçue par le capteur a un fondement physique car elle en a un, plutôt jusqu’où peut-on généraliser une valeur aussi précise comme +1,33 IL, et quelle place cette optimisation peut-elle occuper dans la pratique photographique courante ?
Une logique d’optimisation du fichier
Le raisonnement part du fonctionnement physique d’un capteur numérique. Les photons qui atteignent les photosites sont transformés en charges électriques, puis le signal est amplifié et converti en données numériques. Plus de lumière signifie généralement davantage de photons et donc davantage de signal. Le bruit photonique suit toutefois une loi statistique : il augmente avec la racine carrée du nombre de photons. Augmenter la quantité de lumière peut donc améliorer le rapport signal/bruit, particulièrement lorsque l’on cherche ensuite à exploiter fortement les ombres sans les remonter en post-traitement. Cette logique rejoint en partie celle de l’ETTR (Expose To The Right) : exposer aussi généreusement que possible sans provoquer de saturation indésirable permet, dans certaines conditions, d’utiliser au mieux la capacité du capteur.
La méthode +1,33 IL se distingue cependant de l’ETTR classique par son protocole. Elle ne cherche pas simplement à déplacer l’histogramme vers la droite. Elle part d’une mesure incidente au posemètre, puis applique une correction déterminée avant la prise de vue. Une correction de +1,3 IL appliquée à la mesure réfléchie issue de l’appareil photo ne serait pas équivalente à ce protocole +1,33 IL mesuré en lumière incidente.
D’où vient le +1,33 IL ?
Ce raisonnement repose sur plusieurs références. La mesure photographique est rapportée à une référence de luminance correspondant traditionnellement à un gris de référence. Une surface blanche mate se trouve approximativement 2 IL au-dessus de cette référence. Il est considéré ensuite dans ce modèle, qu’un capteur dispose de +3,33 IL entre cette référence et son seuil d’écrêtage. La différence donne alors : +3,33 IL − 2 IL = +1,33 IL. Le +1,33 correspond à la marge théorique disponible entre une surface blanche de référence et la saturation du capteur dans le modèle considéré. Cette valeur est présentée comme la base de l’optimisation. Toutefois une démonstration comparative détaillée établissant qu’elle s’applique uniformément à différentes générations de capteurs, n’a pas été trouvé en cherchant une étude scientifique à ce sujet. Il ne semble pas établi que le +3,33 soit une constante universelle, ni qu’une pratique identique ait été utilisé auparavant (avant 2016). Il faudrait notamment vérifier si la marge retenue reste constante et, si elle varie, mesurer de combien.
Cette précision est importante : +1,33 IL ne semble pas une constante fondamentale de la lumière ou une constante mathématique propre à tous les capteurs numériques. C’est une valeur issue d’un modèle d’exposition et d’une pratique expérimentale. La question est alors de savoir dans quelle mesure le +3,33 IL utilisé dans ce raisonnement est effectivement constant d’un capteur à l’autre ?
Tous les capteurs ne sont pas identiques
C’est probablement la principale limite lorsqu’on cherche à donner à une valeur comme +1,33 une portée générale. Deux capteurs 24 × 36 mm peuvent avoir des caractéristiques très différentes. Un capteur de 12 MP et un capteur de 60 MP de même format n’ont pas la même taille de photosites. Le nombre de photons collectés par photosite, la capacité de charge, le bruit de lecture, le rendement quantique, l’architecture électronique et le traitement du signal peuvent différer. À cela s’ajoutent les évolutions technologiques avec capteurs BSI, capteurs empilés (stacked), nouvelles architectures de lecture, différentes générations de convertisseurs, de processeurs et d’amplificateurs.
Le rendement quantique, par exemple, désigne la proportion de photons incidents effectivement convertis en électrons détectables. Deux capteurs recevant exactement la même lumière peuvent produire des quantités de signal différentes. Il s’agit également de tenir compte de la capacité de saturation du photosite, du bruit de lecture et du comportement du capteur selon l’ISO. Cela ne signifie pas qu’un capteur de 60 MP est nécessairement moins performant qu’un 12 MP, ni qu’un grand photosite est systématiquement meilleur. Les technologies récentes peuvent compenser une partie des différences. Mais cela signifie qu’on ne peut pas considérer tous les capteurs numériques comme une entité parfaitement homogène.
D’ailleurs, l’existence même de normes spécifiques pour déterminer et rapporter la sensibilité des appareils photo numériques montre que la chaîne d’exposition numérique possède des paramètres qui doivent être caractérisés et normalisés. L’ISO 12232:2019 définit notamment les méthodes relatives aux indices d’exposition, aux sensibilités ISO et à la sensibilité de sortie des appareils photo numériques. Cette norme est toujours en vigueur après sa confirmation en 2024.
Tendance de la progression indicative de la dynamique des capteurs numériques.

La précision du « 1,33 »
Une autre question apparaît alors : que signifie réellement cette précision de deux décimales ?
1,33 IL correspond à : 2^1,33 ≈ 2,52 (2 exposant 1,33); autrement dit, environ 2,5 fois plus de lumière que la référence (conversion mathématique entre les IL indices de lumination et la quantité de lumière.). La différence entre +1,30 et +1,33 IL est seulement d’environ 2 % en quantité de lumière.
Cela conduit à une question légitime : pour qu’une valeur de +1,33 soit significativement différente de +1,3 (+ un et un tiers), il faudrait que l’ensemble de la chaîne de mesure et d’exposition soit suffisamment précis pour que cette différence de l’ordre de quelques pourcents ait une signification pratique. Or la prise de vue réelle implique plusieurs éléments. Le posemètre possède sa propre précision de mesure. Le diaphragme indiqué sur l’objectif est une valeur géométrique — le f-number — et non une mesure directe de la lumière réellement transmise. Deux objectifs réglés à f/2,8 peuvent transmettre des quantités de lumière différentes en raison de leurs pertes optiques. C’est précisément ce que prend en compte le T-stop, couramment utilisé en cinéma. La vitesse d’obturation affichée par le boîtier possède elle aussi des tolérances. La quantité de lumière réellement reçue par le capteur résulte de toute une chaîne : mesure → ouverture → transmission optique → vitesse réelle → calcul du processeur → capteur → conversion du signal.
Cela ne remet pas en cause l’intérêt d’une méthode précise. Mais plus on présente 1,33 IL comme une valeur physiquement extrêmement précise, plus il devient pertinent de considérer les incertitudes cumulées de cette chaîne.
Pourquoi utiliser un posemètre plutôt que la mesure du boîtier ?
Il s’agit ici distinguer deux types de mesure. La mesure réfléchie du boîtier dépend de la lumière renvoyée par la scène. Une scène sombre et une scène claire conduisent à des résultats différents selon leur contenu.
La mesure incidente, elle, mesure la lumière qui arrive sur le sujet. Elle n’est pas dépendante de la réflectance propre du sujet. C’est la raison pour laquelle la méthode privilégie un posemètre incident.
Le principe est compréhensible : le posemètre ne connaît pas les caractéristiques exactes du capteur, mais il permet d’obtenir une référence indépendante du sujet photographié. La correction +1,33 vient ensuite déplacer cette référence vers le but recherché : exploiter au maximum la dynamique du capteur tout en restant sous le seuil d’écrêtage.
Il ne faut toutefois pas confondre cette idée avec une incapacité des appareils modernes à mesurer correctement la lumière.
Les boîtiers actuels disposent de systèmes de mesure extrêmement sophistiqués, intégrant parfois plusieurs milliers de zones de mesure, la couleur, la distance, la reconnaissance de sujets et différents algorithmes d’exposition. La mesure automatique n’est donc plus comparable à celle des premiers appareils photo.
L’ISO elle-même souligne que la norme ISO 12232 sert notamment à déterminer les paramètres permettant aux appareils numériques de produire une exposition appropriée, qu’elle soit réalisée manuellement ou automatiquement.
Un capteur n’est pas simplement « numérique »
Une autre distinction technique est utile. Un capteur photographique fonctionne d’abord dans le monde physique : les photons produisent des charges électriques dans les photosites. Le signal est ensuite amplifié et converti en données numériques. On peut donc dire, de façon pédagogique, que la formation initiale du signal est analogique.
Mais cela ne signifie pas que tous les capteurs se comportent de la même manière. Entre les photons et le fichier RAW interviennent le rendement du capteur, la capacité des photosites, le bruit de lecture, l’amplification, le convertisseur analogique-numérique et toute l’électronique de traitement. Dire « le capteur est analogique » peut donc être une manière de rappeler que l’image numérique repose sur un phénomène physique continu. Ce n’est pas une raison pour considérer les différents capteurs comme tous équivalents.
Une méthode cohérente avec certaines pratiques
La recherche du maximum d’informations dans le RAW prend tout son sens dans certaines pratiques photographiques comme la photographie de mode, de beauté ou de portrait réalisé dans des conditions contrôlées peut nécessiter :
- une très grande latitude de retouche ;
- une reproduction très propre des carnations ;
- une conservation maximale des détails ;
- une grande homogénéité entre les prises de vue ;
- une excellente qualité technique du fichier ;
- une reproduction sur des supports exigeants.
Dans ce contexte, rechercher méthodiquement une exposition qui exploite au mieux la dynamique disponible peut être parfaitement cohérent. La qualité technique du fichier constitue alors une partie importante du résultat final. Mais ce n’est pas nécessairement le même objectif pour toutes les formes de pratiques photographiques.
Qualité du fichier et qualité photographique
C’est probablement ici que se situe la distinction la plus importante.
La qualité technique de l’enregistrement et la qualité photographique de l’image ne sont pas la même chose.
Une photographie peut avoir :
- très peu de bruit ;
- une dynamique parfaitement exploitée ;
- des hautes lumières préservées et optimisées;
- des ombres riches en informations ;
- une excellente résolution ;
- une exposition extrêmement précise ;
et pourtant ne produire qu’un faible effet visuel ou émotionnel. Inversement, une photographie peut comporter du bruit, une ombre très dense, une haute lumière volontairement perdue, du flou ou une exposition qui n’est pas « optimale » au sens du capteur, tout en étant parfaitement cohérente avec l’intention du photographe. Il y a pléthore de photographies pas techniquement parfaitement exposées dans l’histoire de la photographie et dans les musées. L’exposition n’est pas seulement une opération destinée à maximiser l’information enregistrée. Elle peut aussi être utilisée pour construire une atmosphère, une ambiance, isoler un sujet, créer une tension, conserver une silhouette, renforcer une ombre, modifier la perception d’un visage ou simplement produire le rendu souhaité dans le cadre d’une pratique de la photographie expressive.
L’évolution des capteurs change également la question
Le raisonnement autour de l’optimisation du signal était particulièrement intéressant à une époque où les capteurs numériques avaient une dynamique et une capacité de récupération des ombres nettement plus limitées qu’aujourd’hui. Les capteurs ont énormément progressé. La dynamique, le bruit de lecture, la sensibilité, le rendement des photosites et les capacités de traitement ont évolué. Les appareils photos actuels sont également capables d’effectuer une quantité considérable de calculs et d’analyse de la lumière.
Cela ne rend pas les principes physiques obsolètes. Plus de photons correctement enregistrés reste favorable au rapport signal/bruit. Mais l’intérêt pratique d’une optimisation extrêmement ritualisée peut être moins déterminant pour de nombreuses situations courantes qu’il ne l’était avec des générations anciennes de matériel. Surtout, les différences de capteurs rendent difficile l’idée d’une valeur unique qui constituerait une optimisation universelle dans toutes les circonstances et pour tous les usages.
Mesurer n’est pas interpréter
La mesure de la lumière est un outil. Elle permet de savoir où se situe une exposition de référence. Elle ne détermine pas à elle seule où le photographe doit placer son exposition, selon son intention.
Un photographe peut mesurer une scène puis décider :
- de protéger absolument les hautes lumières ;
- de privilégier les ombres ;
- de laisser volontairement certaines zones disparaître ;
- de sous-exposer ;
- de surexposer ;
- ou de suivre simplement la proposition du boîtier car il faut agir vite pour ne pas rater une action éphémère.
La mesure devient alors un point de départ pour une décision, et pas une fin en soi.
C’est également pourquoi le mode automatique ou semi-automatique ne signifie pas nécessairement abandonner le contrôle photographique. En priorité ouverture, par exemple, le photographe peut choisir son diaphragme en fonction de la profondeur de champ et de son intention, laisser le boîtier déterminer la vitesse, puis corriger rapidement l’exposition si nécessaire avec la molette + ou -. Le calcul est semi-automatisé ; la décision photographique ne l’est pas.
Une approche perfectionniste de l’exposition ?
On pourrait finalement considérer la méthode +1,33 IL comme une forme d’optimisation technique très poussée de l’exposition numérique. Elle cherche à exploiter au maximum les possibilités du support, à réduire autant que possible la perte d’information et à obtenir un fichier RAW particulièrement exploitable. Cette démarche peut être pertinente et rationnelle dans certaines pratiques.
Il s’agit de distinguer trois niveaux :
1. Le principe physique : Plus de lumière captée, jusqu’à la limite de saturation, peut en effet améliorer le rapport signal/bruit.
2. La méthode pratique : Utiliser une mesure incidente et une correction déterminée peut constituer une manière reproductible de rechercher cette optimisation de manière expérimentale.
3. La généralisation : Affirmer qu’une valeur aussi précise que +1,33 IL constitue l’optimum indépendamment du capteur, de la technologie, de l’ISO, de la scène et de l’intention photographique semble une affirmation bien trop stricte.
Optimiser le fichier ou faire de la photographie expressive ?
La question n’est finalement pas de choisir entre technique et expression. Une bonne connaissance de la mesure de la lumière, du fonctionnement d’un capteur et de la dynamique du RAW peut donner au photographe davantage de liberté. Toutefois la technique reste au service du résultat final. L’appareil photo mesure, le capteur enregistre. Le processeur convertit, le logiciel interprète. Le photographe, lui, regarde, choisit, décide et donne du sens.
C’est peut-être là l’important, de connaître suffisamment la technique pour pouvoir s’en servir, sans transformer l’optimisation technique en but photographique autonome. Une exposition parfaitement optimisée pour le capteur n’est pas nécessairement l’exposition parfaite selon l’intention du photographe. Parfois, la meilleure exposition techniquement possible poussée à son optimum n’est tout simplement pas celle qui correspond à ce que le photographe veut montrer.
Ansel Adams (1902–1984) a développé avec Fred Archer le Zone System, à la fin des années 1930. Le but était de maîtriser l’exposition et le développement argentiques pour faire correspondre les valeurs de la scène aux valeurs souhaitées sur le tirage. Son approche reposait notamment sur trois idées : En argentique négatif, on expose pour obtenir les détails nécessaires dans les ombres, puis on adapte le développement pour maîtriser les hautes lumières. Le posemètre fournit une référence, mais le photographe décide du rendu souhaité. On peut placer une zone sombre ou claire à un niveau tonal choisi. Il s’agit d’une méthode pour contrôler les valeurs tonales en fonction du support et du résultat voulu. La logique du Zone System est de réfléchir aux valeurs que l’on veut obtenir. Elle ne consiste pas à appliquer systématiquement une correction unique et identique à toutes les scènes. Ansel Adams cherchait à maîtriser parfaitement la technique, mais qu’elle soit au service d’une vision photographique. Il ne cherchait pas simplement à obtenir le négatif le plus riche possible en informations : il réfléchissait au rendu final, aux valeurs tonales, à l’atmosphère et à ce qu’il voulait exprimer.
Utiliser la polémique pour faire des vues ?
La provocation et la polémique peuvent devenir parfois des leviers efficaces pour attirer l’attention et multiplier les vues sur YouTube par exemple. Il suffit parfois de se présenter comme un expert détenant la vérité absolue, d’asséner quelques arguments d’autorité, de discréditer les autres et de transformer chaque désaccord en affrontement personnel et direct. Le procédé suscite des réactions émotionnelles, alimente les commentaires, entretient une audience ou en attire une nouvelle. La compétence véritable n’a pas besoin de rabaisser autrui pour exister. Elle s’appuie sur des faits, reconnaît les nuances, écoute et accepte la contradiction. C’est une chance de n’être pas tous d’accord et de pouvoir débattre dans le calme. On peut défendre fermement une opinion sans considérer que celui qui pense autrement est un imbécile, un ignorant ou un incompétent. On peut aussi reconnaître la pertinence d’un argument adverse sans renoncer à ses propres convictions.
… Keep cool la photographie dispose de suffisamment de possibilités pour qu’on puisse passer des heures à discuter de la technique sans jamais parler de ce qui fait qu’une photo nous touche. Avec les capteurs actuels et les outils de développement disponibles, on a de quoi faire de bonnes photos sans transformer chaque déclenchement en examen approfondi de physique appliquée.
On se fait du +1.33 avec un Sony Cyber Shot DSC-T99D ?

Appui technique :
EMVA 1288 : Cette norme décrit des procédures de caractérisation des capteurs et caméras : rendement quantique, bruit, sensibilité et autres paramètres mesurables. Elle constitue une bonne référence pour comparer des systèmes de capture de manière objective. Elle fournit précisément le type de cadre expérimental utile pour étudier les différences entre capteurs. https://www.emva.org/standards-technology/emva-1288/emva-standard-1288
ISO 517:2008 : Cette norme définit notamment les ouvertures des objectifs photographiques, leur désignation et les tolérances associées. Elle confirme que les valeurs d’ouverture sont encadrées par des spécifications et des tolérances. Pour étayer les différences de transmission réelle entre objectifs, il faut toutefois compléter cette référence par des sources traitant explicitement de la transmission optique et des T-stops. https://www.iso.org/fr/standard/50089.html
(L’IA a été utilisé en assistance pour ce sujet complexe, en tentant d’éviter les arguments d’autorité).
