Panorama du rendu photo de ces années là, avec le look vintage qui est souvent apprécié. C’est une façon de s’intéresser à son intention en photographie, par exemple s’inspirer et sortir de la course aux pixels et au piqué.
Au niveau des appareils photographiques qui étaient utilisés dans ces années là, il convient de distinguer l’appareil du professionnel et celui que possédait la plupart des familles.
En France, dans les années 1950 le petit appareil familial classique est le Kodak Brownie. Le Brownie Flash, lancé en 1950, est un box 6×6 très simple, en bakélite, et il a été fabriqué, assemblé en France jusqu’au milieu des années 60. Il était particulièrement courant pour les communions, anniversaires, fêtes familiales, vie courante.Il y avait aussi toute une catégorie de petits 24×36 , Zeiss Ikon Contina, Kodak Retinette, Foca Sport / Focasport, Agfa Silette, Voigtländer Vito, Braun Paxette. La Retinette était particulièrement intéressante en France avec son bon rapport qualité/prix lui permettant de prendre une partie de la clientèle de Foca au milieu des années 50.
Pour les très passionnés et les professionnels, le Leica M3 arrive en 1954 et devient une référence extraordinaire pour le reportage. C’est l’univers reportage, presse, photographie d’auteur. Ce n’est bien entendu pas l’appareil que la majorité des gens avaient dans leur placard. Le 6×6 Rolleiflex / Rolleicord était également très important. Ce sont des appareils pour les professionnels et experts, répandus à cette époque, et le Rolleicord permettait une entrée moins coûteuse dans cet univers.
1960-65 constitue une période charnière avec l’arrivée des fabricants japonais. Les reflex 35 mm commencent à devenir populaires avec Olympus Pen pour les petits formats, Nikon F (1959) pour les professionnels, Canonflex (1959), Pentax, Minolta SR. Un changement pour le grand public arrive en 1963 avec le Kodak Instamatic avec sa cartouche 126. Le succès est énorme avec 7,5 millions d’appareils vendus rapidement, + de 10 millions en deux ans, et plus de 50 millions seront atteints en 1972.
Dans les années 1960 arrivent aussi les appareils photo et optiques soviétiques. Le Zenit est un reflex 35 mm dérivé de la famille Zorki/FED. Les premiers Zenit apparaissent dès 1952, mais c’est surtout avec les Zenit-E (1965) et suivants qu’ils deviennent très répandus. Le Zenit E reflex 24×36 ;viseur pentaprisme, cellule intégrée, mécanique très simple et robuste ; prix relativement bas, objectifs interchangeables. L’objectif Helios-44 58 mm f/2 est basé sur la formule Biotar de Zeiss et devient quasiment l’objectif standard associé aux Zenit. Il peut donner une certaine douceur à pleine ouverture, un contraste assez particulier selon les versions ; une netteté centrale correcte ; des bords pas homogènes ; du flare ; un rendu des hautes lumières spécial on va dire ; sur certains exemplaires un bokeh tournant assez marqué. Ce fameux bokeh tournant dépend énormément de la distance sujet fond, de la distance de prise de vue et de la version de l’objectif.
Il y avait aussi les Praktica fabriqués en Allemagne de l’Est par VEB Pentacon à Dresde. Ils ont eu une diffusion énorme, notamment en Europe de l’Est, aussi à l’Ouest via l’export. Praktica FX / FX 2 dans les années 50-60, reflex 24×36 avec obturateur à rideaux, appareils simples et robustes. Praktica Varex gamme un peu évoluée, Praktica L / LTL seconde moitié des années 60 et années 70, très diffusés. Comme avec les Zenit, les Praktica utilisent la monture M42 à vis sur beaucoup de générations avec des optiques Meyer-Optik Görlitz, Carl Zeiss Jena, Pentacon, Domiplan, Tessar, Biotar…
Leningradskoye Optiko-Mekhanicheskoye Obyedinenie (LOMO) existait bien à cette ‘époque et produisait différents appareils. Mais le mot « Lomo » tel qu’on l’emploie aujourd’hui n’est pas le même : la Lomography comme mouvement artistique est apparue bien plus tard, dans les années 1990. Le lomo Leningrad est un télémétrique soviétique assez sophistiqué pour l’époque, produit à partir de 1956. C’est plutôt le genre d’appareil qu’aurait pu utiliser un photographe amateur passionné, pas la famille moyenne. On pourrait associer immédiatement « Lomo » aux années 60 alors que le mouvement Lomography est une création des années 1990 qui réinterprète le caractère optique des petits appareils soviétiques et autres appareils populaires. Le connu LOMO LC-A apparaît seulement en 1984 donc pas années 60.
Le rendu des photos de cette époque
Le “look années 50-60” des photos n’est pas un look unique. Une photo de presse de 1955, une diapo Kodachrome familiale de 1962 et un reportage Tri-X de 1968 peuvent être très différentes au niveau du rendu. Contrairement à l’idée que l’on peut se faire, dans les années 50-60, les couleurs pouvaient être étonnamment propres et franches. Le film diapo Kodachrome est probablement la référence mentale la plus utile avec un rendu très précis avec une matière différente du numérique moderne. Des rouges assez présents ; des bleus francs ; des verts plutôt naturels ; une saturation assez modérée mais des couleurs bien présentes sans excès, un contraste assez marqué ; des noirs profonds ; des hautes lumières qui peuvent être assez vite denses. Le rendu pouvait être un peu sec, coloré et lumineux, sans être agressif.
Une vraie photo de 1960 n’avait généralement pas de vignettage énorme ; de couleurs complètement décalées ; de fuites de lumière ; de flou généralisé ; un bokeh spectaculaire…
Le noir et blanc était très utilisé. On retrouve souvent un rendu contrasté sans micro-dynamique parfaite du numérique moderne, des noirs présents ; du gris mais pas forcément très doux ; le grain visible ; une acutance assez forte ; un rendu de peau avec une certaine rudesse ; les hautes lumières parfois bien présentes sans grande préoccupation si les blancs sont brûlés. Une tendance à développer les film avec du contraste punchy, considéré peut être comme plus flatteur.
Les photographes acceptaient très aisément une photo techniquement imparfaite. Les optiques étaient moins corrigées, les films donnaient un rendu très différents selon leurs sensibilités et la mesure de l’exposition souvent approximative.
Le rendu « époque » vient de la combinaison optique + type de film + exposition + développement + tirage. Une optique des années 50-60 donnait moins de contraste brut direct ; davantage de flare ; peu de correction ; une transition moins clinique ; des aberrations visibles ; un rendu des hautes lumières différent. Ces aspects semblent être corrigés par le développement et le tirage en augmentant le contraste global.
| Époque | Généralement |
|---|---|
| 1950-55 | N&B très majoritaire |
| 1955-60 | N&B dominant mais la couleur qui se développe |
| 1960-65 | N&B encore très présent avec la couleur de plus en plus courante |
| 1965-70 | La couleur prend franchement le dessus |
| 1970+ | La couleur devient le choix familial courant, le noir et blanc est encore utilisé pour la presse et certains artistes et passionnés |
Au niveau des couleurs
On cherche à dater à dater l’apparition de cette ambiance typique orange/jaune en France, le basculement commence un peu avant les années 1970, vers 1965-1967, avec une accélération très nette autour de 1967-1968.
- Début/milieu des années 1960 : apparition des couleurs franches et « pop » — orange, jaune, rouge, turquoise — dans le mobilier, les textiles et le design. Le Musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne indique même que l’orange domine la mode, le design et la décoration entre 1960 et 1975. Les années 1966-1968 sont une véritable bascule vers le plastique coloré, les formes organiques et le Space Age. En France, le phénomène est déjà très visible. Le MAD Paris situe cette révolution formelle dès 1966, avec une expression qui devient particulièrement forte au début des années 1970. Le Mobilier national possède une tapisserie conçue en 1968 avec fond orange, jaune, blanc et motifs noirs/bleus. cette association chromatique est clairement déjà institutionnalisée en France à ce moment-là. Entre 1967-1968 cela devient spectaculaire, par exemple, les meubles gonflables de Quasar étaient proposés en jaune, rouge, bleu… l’orange était celui qui se vendait le mieux. Le mobilier orange vif apparaît déjà dans des réalisations françaises vers 1968. Entre 1968-1970 c’est déjà une esthétique installée parfaitement identifiable, avant même que les « seventies » commencent. Les années 1970 : l’orange devient quasiment une couleur-symbole, il comprend de multiples variations, orange brûlé, ocre, jaune moutarde, marron, vert avocat, etc.
- 1963-1966 : couleurs vives, encore assez « sixties » : jaune vif, rouge, bleu, orange, motifs géométriques/pop.
- 1967-1969 : zone de transition avec orange très vif, jaune, plastique, Formica, mobilier aux formes rondes, psychédélisme, Space Age (« l’âge spatial », c’est un courant de design et de décoration qui s’inspire de la conquête spatiale, des fusées, des satellites et de l’imaginaire futuriste).1970-1974 : explosion des orange + jaune moutarde + brun + vert olive/avocat, moquettes, papiers peints, vinyle, plastique, etc. Le Space Age n’est pas seulement une histoire de couleurs. Il transforme l’apparence des objets et des lieux avec les cuisines modernes et leurs meubles en stratifié ; les stations-service, les cafés et les commerces rénovés ; les voitures aux formes futuristes ; les lampes, téléphones, radios et téléviseurs ; les bâtiments aux façades géométriques et aux grandes surfaces vitrées. C’est un courant esthétique, pas seulement une palette de couleurs ni une période historique aux limites strictes. Le style pop utilise volontiers des couleurs franches et des motifs graphiques ; le Space Age privilégie davantage les formes futuristes, les sphères, les courbes, les matériaux modernes. Les deux se mélangent souvent.
- 1975-1979 : les couleurs deviennent davantage ocre, rouille, terre cuite, brun, avec une esthétique moins « pop ».
Le cas de l’orange est particulièrement intéressant, il y a presque trois oranges successifs avec orange pop — vers 1963–1968 qui est vif, presque vermillon, très saturé. Orange seventies, vers 1968–1974, + chaud, souvent associé au jaune moutarde et au brun. Orange brûlé/rouille vers 1974–1979, plus sombre, terreux, désaturé. C’est la même famille de couleur qui ne donne pas la même ambiance.

(à suivre)
