Style

Un style en art peut être considéré comme une manière spécifique de créer ou d’interpréter des compositions artistiques en utilisant une variété de techniques particulières, de conceptions visuelles avec une narration évocatrice. Cela désigne une manière distinctive et reconnaissable de faire des œuvres visuelles. Il s’agit d’une approche propre à un artiste, caractérisée par l’utilisation de techniques spécifiques personnalisées, de choix esthétiques, de sujets récurrents ou de motifs identifiables. On parle de patte reconnaissable identifiable. C’est une manière de faire.

Un style photographique a les mêmes principes que le style en art en général. Cependant, il se concentre sur les aspects particuliers liés à la photographie, tels que la composition, l’éclairage, la lumière, la mise au point, les contrastes, la couleur, le traitement numérique, etc.

Comment y arriver ?

Partir de soi, de son soi-même, sans essayer de copier le style d’autres photographes célèbres, mais plutôt en trouvant une inspiration chez eux tout en développant sa propre voie. Cela passe par être conscient de ses propres goûts, valeurs et intérêts pour façonner un style personnel en passant par une imprégnation de la culture photographique. Ce n’est pas facile. On peut craindre d’être influencé en analysant ce que font d’autres avec des réalisations qui nous touchent et on se dit parfois mais comment ils font ? Un conseil est de rester fidèle à soi-même et à sa propre vision du monde. A force de persévérance une authenticité transparaîtra et permettra de se démarquer. Se rappeler que le chemin vers la découverte de son style artistique est sinueux et parsemé de hauts et de bas. L’acceptation des erreurs fait partie intégrante de la progression par étapes. Les déceptions sont à intégrer sans perdre espoir. C’est en expérimentant avec des suites de failles que l’on peut finir par trouver sa propre voie.

Ce n’est pas un concours, ce n’est pas une compétition, il faut du temps, une maturation, des expérimentations. L’important est de ne pas se lancer en se dévalorisant sans cesse avec des mots négatifs qui peuvent sortir de l’inconscient parce qu’on n’a pas été assez soutenu dans son enfance. Il y a des aspects psychologiques. L’exercice de recherche de son propre style peut aider à réparer des failles en aidant à une prise de conscience et améliorer aussi sa confiance en soi.

Le développement d’un style photographique ne se produit pas du jour au lendemain. Il nécessite de l’exploration, une compréhension de soi et de la pratique régulière. Par exemple en passant par explorer différents genres, techniques et expressions visuelles jusqu’à arriver à créer des images qui reflètent sa vision pour provoquer une réponse émotionnelle chez le spectateur. C’est un chemin avec des cheminements, des trous et des bosses, des jours avec et des jours sans. Se mettre en tête que ce chemin est intéressant sans se préoccuper de la distance qu’il reste à parcourir pour arriver à destination. Faire confiance car tu as les ressources, augmenter ces ressources et ne pas lâcher grâce à la pratique qui conduit à s’améliorer en faisant.

Cheminement

  • L’analyse : Prendre le temps d’étudier différentes photographies (de soi-même et des autres) pour comprendre ses propres préférences esthétiques et les éléments qui attirent son attention. Noter les éléments clés qui plaisent telles que le contraste, la façon de traiter la couleur, la perspective, comment est effectué la narration, pourquoi cette photo me parle, me touche, pourquoi celle-ci ne me plait pas du tout etc.
  • L’expérience : Explorer différents genres photographiques pour mieux comprendre ceux auxquels on est naturellement attiré. Tester des sujets variés comme le portrait, le paysage, la nature morte, la photo de rue, etc. Essayer diverses techniques de prise de vue, expérimenter avec différentes focales, apprendre à voir la lumière, le modelé, les ombres. Explorer les limites du matériel photographique. Plus on expérimente, plus on augmente ses chances de découvrir le style et qui nous correspond. . Il s’agit d’accepter les erreurs et les imprécisions comme faisant partie intégrante du processus créatif. L’observation fine de son environnement et des photos de l’on fait permet de nourrir sa sensibilité artistique.
  • Raconter : s’assurer que les photos racontent sa propre histoire ou transmettent une émotion particulière qui nous est chère. Identifier les sujets, les atmosphères ou les sentiments récurrents dans ses images. Cela pourrait être lié à des centres d’intérêt personnels, des problèmes sociaux, des thèmes spécifiques, le banal, documenter son époque et ses spécificités. En fait c’est utiliser la photographie comme moyen d’expression, de communication, cela aide beaucoup à l’émergence d’un style personnel. Le comment je vois le moment et comment je valorise des choses banales qui au cours des ans pourront être intéressantes car elles marquent une période de temps.
  • L’expérimentation et l’itération (action de renouveler, de répéter) : Ne pas se contenter de rester dans sa zone de confort créative. Oser expérimenter constamment de nouvelles idées, techniques ou approches pour développer son style photographique. Accepter que cela puisse prendre du temps et exiger de nombreux essais et erreurs avant de trouver ce qui fonctionne le mieux. Se couvrir du prétexte d’expérimentation pour ne pas se dévaloriser et se décourager, car ce ne sont que des expérimentations alors ce n’est pas grave si on n’est pas satisfait du résultat. Savoir se détendre, prendre du recul et ne pas prendre trop à coeur les résultats décevants. A l’inverse ne pas trop s’enthousiasmer car c’est parfois la dernière photo effectuée que l’on trouve la mieux et l’on pense être arrivé au bout du chemin, puis quelques mois après on se dit, je n’arrive plus à faire aussi bien. Rester dans une dynamique positive en laissant passer les découragements comme des nuages.
  • L’authenticité : C’est essentiel de rester fidèle à soi-même dans une constance à sa vision artistique et à qui on est. Tu n’es pas Fuji, tu n’es pas Nikon, tu es toi. Travailler continuellement l’inspiration. C’est un marathon et pas un sprint. Bien se connaitre et rester en phase avec ce que l’on aime faire.

La technique participe au style photographique

La technique c’est de la connaissance et de la dextérité qui sont utilisées aussi comme un marqueur du style, par le matériel, le type d’objectifs, par le traitement photo. Pour le choix du logiciel, il faut en essayer beaucoup et voir celui avec lequel on est le plus à l’aise et qui correspond à ses besoins selon le flux photographique que l’on a. Les principaux sont Lightroom (LR), Capture One, DXO mais il y en a d’autres.

Ne pas se décourager car cela demande du temps pour passer à l’étape du style personnel qui va dépendre de ses goûts. Sur les logiciels les réglages personnalisés s’appellent Style sur Capture One pro. Il est conseillé de se faire ses modèles de styles qui sont appelés preset sur LR . Certains photographes en vendent. On en trouve aussi des gratuits sur le net. Ne pas s’attendre à des miracles avec ces produits tout fait. Cela peut être utile toutefois d’en acheter pour comprendre comment ils sont construits. Il faut savoir qu’il faudra ajuster car chaque photo est différente en termes de rendu en fonction de la lumière. Ceux achetés peuvent être personnalisés, le mieux est d’apprendre à faire les siens. Le traitement photo participe au style, c’est un élément du style mais ce n’est pas l’essence du style. Parfois ça entre fortement dans le fait de se démarquer mais ce n’est pas la cause unique.

Par exemple William Eggleston, en pleine apogée du noir et blanc, a photographié le banal, des objets ordinaires du quotidien, la vie des gens des banlieues de Memphis, du Mississippi, des amis, des barbecues, des arrière-cours. Il n’aimait pas les photos de face et cadrait de manière décalée pour donner de la profondeur. Son travail est axé sur la couleur, en argentique. Ses tirages étaient réalisés avec une technique particulière le Dye-Transfert qui était réservée à la publicité et sublime les couleurs. Technique aujourd’hui abandonnée remplacée par l’impression par sublimation. Comme il a bougé les lignes, il a été très critiqué. En 1976, lors de sa 1ère exposition, les commentaires étaient singlants aussi bien au niveau de la forme, du contenu, de l’exécution. Un critique a même fait remarquer que « ces photographies seraient inacceptables si elles étaient soumises par l’un de ses étudiants en photographie.” Comme quoi le style ça peut être clivant, déranger ; s’il y avait eu un concours de « likes » il n’en n’aurait pas obtenu beaucoup.

© William Eggleston

La part d’inexplicable et d’évidence

Il y a une part d’inexplicable qui englobe une approche personnelle. Certaines personnes ont un don. D’autres cachent la personnalisation par des artifices de traitement et en copiant des photographes célèbres. Cela peut fonctionner auprès de spectateurs avec peu de culture photographique. Par exemple dans les années 1980 Henri-Cartier Bresson a beaucoup influencé. Actuellement l’influence est souvent la photographie américaine (USA) avec des photographes comme William Eggleston, David la Chapelle etc. S’inspirer n’est pas copier, la ligne de partage entre l’influence et le plagiat est parfois ténue aussi il faut être prudent car le plagiat n’est pas légalement autorisé. L’influence peut être vue comme un mur sur lequel on va mettre sa propre pierre, dans une continuité, mais une pierre différente avec sa propre couleur bien qu’elle s’intègre dans le mur, mais on la reconnait parce qu’elle n’est pas complétement identique aux autres. Attention aux photos sur les réseaux sociaux, beaucoup de « likes » ne veut pas dire qu’il y a un style vraiment spécifique car des filtres sont utilisés qui font office de style, c’est au final un style technique facilement reproductible et qui ne mème pas à identifier clairement une personne. Martin Parr, par exemple, a son style propre et on reconnait quand les photos sont de lui, même face à certains qui font comme lui en s’attachant à des réalisations de photos burlesques sur les plages et en saturant les couleurs, ça se voit qu’elles ne sont pas de lui, il manque un truc, c’est indéfinissable ce truc, et c’est parfois rageant, c’est ça le style ! c’est quand tu te dis comment il fait ? qu’il y a une évidence avec des réalisations qui touchent la sensibilité du spectateur et sont reconnaissables dans une unicité.

La notion d’évidence fait référence à cette idée lorsque les éléments d’une œuvre artistique s’assemblent de manière fluide et harmonieuse, donnant l’impression qu’ils étaient censés être ensemble depuis le début. Cela crée une impression de clarté et de compréhension immédiate pour le spectateur avec un caractère qui s’impose à l’esprit avec force. L’intuition entre probablement en jeu.

L’intuition

L’intuition est une capacité à comprendre ou à percevoir quelque chose de manière instantanée, sans recourir à la logique ou à l’analyse rationnelle. C’est un sentiment profond qui guide notre prise de décision et nos actions, souvent en se basant sur des informations inexplicables par des moyens traditionnels. Il y a une part importante de sensibilité voire d’hyper sensibilité. Pour suivre son intuition en art, il est important de faire confiance à ses propres sensations et émotions. Écouter son instinct et suivre les impulsions créatives qui s’imposent. Ne pas laisser les opinions ou les jugements des autres influencer excessivement, mais plutôt les utiliser comme sources d’inspiration pour nourrir ses explorations. Ainsi suivre sa part d’intuition en faisant confiance à son instinct dépasse les notions techniques ou de conceptualiser à l’excès. Cela peut grandement aider d’écouter les messages subtils que son intuition renvoie lorsque que l’on est à l’écoute de ses sensations en se mettant dans une imprégnation des lieux pour ressentir, trop analyser peut être bloquant.

On l’aura compris, il n’y a pas de recettes magiques pour construire son propre style photographique, c’est du travail, du temps, de la pratique et un engagement constant en restant curieux, en s’imprégnant des lieux, en trouvant des spécificités, en explorant de nouvelles idées et techniques, en laissant sa créativité s’exprimer librement, hors du plaire systématique et des modes et qui contient une marque de personnalité avec une constance et une unicité dans ses réalisations. La photographie est une recherche.

« Si je savais comment faire des grandes photos, je ne ferais que ça. » Raymond Depardon


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