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La photographie de rue

Appelé en anglais « Street Photography », il s’agit d’une pratique assez large de la photographie à l’extérieur, dont le sujet principal est une présence humaine intégrée dans des lieux publics, en privilégiant des situations spontanées dans la rue, les parcs, les plages ou des regroupements et manifestations. C’est une forme de reportage (sans mise en scène) en recherchant de l’esthétisme, par les formes, les expressions, les couleurs, des situations atypiques, le graphisme, qui se rapproche de la photographie documentaire, de la photographie sociale humaniste et du photojournalisme en ajoutant la marque de la personnalité de l’auteur dans une démarche de photographie indépendante ; c’est à dire en marge des circuits commerciaux.

C’est un courant photographique qualifié parfois d’un peu fourre-tout, différent de photographier des rues en s’axant sur l’habitat, l’architecture et l’urbanisme. C’est un type de pratique très populaire, qui veut témoigner de son temps avec un focus sur les modes de vie, les habitudes, la vie quotidienne, les moyens d’expression, en s’appuyant sur une réalité sociale pour témoigner de son époque en y intégrant un aspect esthétique. Il peut montrer et pousser à la réflexion sur les changements sociaux, les façons de vivre. La photo Street peut être minimaliste, très esthétique, avant-gardiste, conceptuelle, voire très personnelle. Il n’existe pas de définition arrêtée et stricte de la photographie de rue, car elle peut varier en fonction des interprétations individuelles. Cependant, elle implique souvent la capture d’instants spontanés et authentiques, avec un caractère narratif marqué.

Pour mieux comprendre on peut dire que l’axe privilégié est l’aspect humain avec une dimension sociale et ses interactions avec l’environnement urbanisé dans un objectif à la fois documentaire et artistique (qu’il y ait des gens ou des silhouettes sur les photos). Pour Susan Sontag le photographe de rue est un promeneur solitaire qui découvre, qui traque, sillonne l’urbain, découvre la ville comme un paysage, avec la joie de regarder en trouvant le monde pittoresque.

L’origine est discutée, elle peut être basée sur l’héritage laissé par les peintres impressionnistes, aussi Paris est parfois qualifiée de berceau de la photographie de rue. L’origine de la street photography remonte à l’avènement de la photographie elle-même, dès lors qu’il y a eu la possibilité technique de la mobilité du matériel. A Londres John Thomson a réalisé en 1876 des photographies de rue. Aux USA les débuts de la photographie de rue peuvent être mis en parallèle avec ceux du jazz en musique, tous deux exprimant une représentation de la vie quotidienne. Ce lien est visible dans les travaux de l’école de photographie de New York, qui était un courant de pensée constitué de groupes de photographes new-yorkais du milieu du XXe siècle. Un de ses photographes les plus représentatif est Robert Frank qui s’est fait connaître notamment grâce à son livre « Les Américains » dans lequel ses photos brutes, sans mise au point permanente, interrogent les courants dominants en photographie de son époque par le côté atypique échappant au carcan de l’ancienne école et des pratiques courantes.

La photographie de rue est une pratique culturellement reconnue avec des photographes qui ont obtenu des prix et sont exposés dans des musées. On peut citer Édouard Boubat, Brassaï, Guy Le Querrec, Marc Riboud, Willy Ronis, Henri Cartier-Bresson (je le mets mais certains disent qu’il aurait dit qu’il ne se classait pas dedans mais bon ça y ressemble quand même), ErnstHass, William Klein, Christer Strömholm, William Eggleston, Lee Friedlander et beaucoup d’autres… Cette pratique peut être regardée de manière positive de par son utilité sociale légitime de témoigner de la vie des gens dans une époque.

Sur la façon de faire

On peut ne pas avoir de plan et se laisser aller à l’exploration en suivant son intuition. En fait c’est l’approche qui peut guider en mettant de la tendresse, de l’espièglerie, assembler des éléments burlesques, à chacun de trouver sa propre démarche. C’est Elliot Erwitt qui parlait de sérendipité, de découverte inattendue qui s’avère ensuite fructueuse. Etre là au bon moment et surtout voir ce bon moment. « La sérendipité est ce moment magique où le hasard heureux rencontre une perception aiguisée ». Le plan peut être de ne pas avoir de plan et de se laisser aller à la spontanéité dans le recherche de l’émotion qui prime sur la qualité technique de la photo qui viendra en second plan, ne pas se laisser distraire par l’aspect technique, regarder sans cesse son écran dans une quête de la perfection, poser plutôt son regard sur l’espace urbain et les interactions dans une forme de pêche ou de chasse en s’appuyant sur la composition et la recherche d’instants spécifiques. Au niveau de la pratique de mon côté je ne me prends pas la tête sur les aspects technique. Je pratique en mode priorité à l’ouverture (mode A), mesure de la lumière large, iso en fonction de la météo, parfois même en iso auto en mettant une iso maxi acceptable, que l’appareil peut encaisser (il faut pour cela bien connaitre le rendu de son appareil). Les priorités étant la composition, le cadrage, les éléments, en recherchant de la spontanéité et des moments d’évidence. Si l’on souhaite une large zone de netteté on peut positionner le diaph à f8 et la mise au point en fonction de l’échelle de netteté. On peut aussi selon les sujets privilégier une plus petite ouverture selon la situation. L’idée c’est que la technique ne vienne pas ralentir le processus de réactivité.

Les aspects juridiques

Concernant la réalisation de photographies de personnes dans des lieux publics il est important de prendre en compte les aspects juridiques mais aussi des principes moraux. D’une manière générale la pratique photographique dans des lieux publics est autorisée. Le droit en la matière s’appuie sur la jurisprudence (la chose jugée) qui privilégie le droit à l’expression artistique et à la libre expression sur le droit à l’image de la personne, avec la limite, en cas de publication, l’atteinte à la dignité de la personne humaine ou revêtant pour elle des conséquences d’une particulière gravité. Aussi il convient d’être prudent lorsque le sujet est reconnaissable et identifiable, par exemple concernant les couples dans une situation romantique, afin d’éviter des conséquences fâcheuses, en cas de publication, s’il ne s’agit pas en fait d’un couple légitime. Si les photos ne restent pas au bénéfice du seul usage personnel du photographe, la moralité oblige à ne pas publier des photos qui pourraient nuire aux personnes photographiées. En cas de publication de personnes isolées, il y a besoin de leur autorisation en général, il y a des exception s’il y a un aspect information, création artistique mais cela peut conduire à des plaintes qui peuvent finir devant la Justice. Il est toujours + prudent de demander l’autorisation de publication. Quand une personne manifeste sa désapprobation après la prise de vue et qu’une discussion n’est pas possible, il est d’usage d’effacer la photo en question et tant pis si cela crée une frustration pour le photographe.

La pratique de la photographie de rue est délicate et doit être empli de respect et d’empathie envers les gens, même si on se sent dans une mission de témoigner de son temps ou dans la recherche d’une photo exceptionnelle, en n’oubliant pas de s’interroger aussi sur sa façon du faire qui n’est pas que de flatter son égo, en se mettant à la place du sujet photographié, en se demandant si nous même on apprécierait, que dans cette situation, la photo soit publiée sans notre consentement.

ça peut mal se passer

La pratique de la photo de personnes dans des espaces publics du type photo de rue peut être conflictuelle et mal se passer. Certaines personnes ne souhaitant pas être prises en photo pour diverses raisons pas forcément exprimées, comme par exemple telle personne ne devait pas être à cet endroit ce jour là, à cette heure là, soit elle n’aime simplement pas apparaitre sur des photos, soit elles ont une vision erronée du droit à l’image en France. Certaines personnes peuvent ne pas apprécier d’être photographiées dans un espace public, même si la loi dans de nombreux pays autorise la photographie dans ces lieux. Elles peuvent se sentir atteinte dans leur intimité, malgré l’absence d’intention malveillante. Il convient donc de bien prendre en compte cette possibilité de conflit, d’en être conscient et de s’y préparer. Cela peut être embêtant de faire des photos de gens sans leur consentement. Les raisons peuvent être variées comme, une personne peut se trouver à un endroit où elle ne souhaite pas être vue (par exemple, lors une rencontre confidentielle), des histoires personnelles peuvent interférer, comme des conflits familiaux ou professionnels, et exacerber cette sensibilité, des croyances religieuses ou culturelles peuvent aussi interdire ou limiter leur représentation visuelle. Ainsi des inquiétudes sur l’usage de la photo peuvent naître, comme se demander ce que deviendra leur image, sera-t-elle publiée sur les réseaux sociaux sans leur accord ? leur visage sera-t-il exploité dans un contexte qu’ils jugeraient inapproprié ? Ne pas être consulté ou avoir le sentiment que leur image est prise à leur insu peut donner l’impression d’une violation de leurs droits. Des personnes peuvent simplement avoir un problème avec leur propre image, ce qui est très compréhensible aussi.

Un photographe est souvent dans sa bulle de bien être, porté par sa passion, en pensant que ce qu’il fait ne peut pas nuire puisque ce n’est pas son intention.

Certains passionnés de photos arrêtent la photo de rue, du moins avec des gens identifiables sur leurs photos, car ils trouvent que la situation empire ces dernières années avec de plus en plus de situations conflictuelles. Qu’il y a, depuis les événements de 2020, une crispation des relations sociales avec en plus une tendance à une judiciarisation des interactions sociales … Il est important pour le futur de documenter le présent. Il est important aussi de pratiquer un dialogue et de rester souple. Il existe une méthode qui peut fonctionner c’est de montrer ce que l’on fait en gardant sa décontraction et son sourire, en ayant par exemple sur soi un mini livre de ses photos à montrer pour expliquer sa démarche et son plaisir à faire des photos dans la rue, en montrant quelques une de ses réalisations, en indiquant gentiment que si cela gène vraiment c’est ok pour effacer la photo. Cela peut ouvrir un dialogue et calmer une tension. La priorité est vraiment de ne pas provoquer de conflits pour une photo, de calmer les choses, même si à l’origine le photographe est dans son droit de création artistique. Si on apprécie le fait de respecter le consentement des personnes, faire en sorte qu’elles ne soient reconnaissables au lieu d’arrêter complétement cette pratique ou demander l’autorisation de publication après avoir fait les photos. Comme dans toute thématique, il s’agit d’une opinion. L’utilité sociale de la photographie n’est plus à démontrer, comme simplement de contribuer à bâtir une mémoire collective, aussi une attitude positive est de faire en sorte que cette pratique se passe pour le mieux en ne se braquant pas dans une posture rigide générant des conflits.

Au niveau du matériel

Habituellement on pratique avec un appareil photo de petite taille, car un boitier volumineux attire l’attention, les gens pensent d’emblée photographe professionnel et que va t’il faire de ses photos. Ils ont tendance à se polariser sur l’objet qui attire alors l’attention. De plus comme il faut passer du temps dans la rue le poids a son importance au niveau de la fatigue. Il est important de se sentir bien avec son boitier, de maîtriser son fonctionnement et de bien le connaitre sans se perdre dans des réglages. Au niveau des optiques il est de coutume d’utiliser un ou des objectifs fixes, 35mm, 50mm, selon sa préférence de focale et avec une assez grande ouverture. Cela dépend des pratiquants, f1,4, f1,8, f2, f2,8 pour pouvoir, si on le souhaite, détacher plus ou moins le sujet principal du fond et obtenir de la profondeur. Certains utilisent des 28mm, d’autres des petits téléobjectifs 75mm, 85mm, 90mm normalement pas au delà car alors on devient similaire à un paparazzi. Les zooms sont à proscrire, à moins de les caler sur une seule focale en scotchant la bague, car il est utile pour progresser de bien intégrer le champ couvert pour construire mentalement la composition et le résultat souhaité, bouger, se rapprocher, tourner autour du sujet et gagner en spontanéité et rapidité d’exécution sans se laisser distraire pour trouver la bonne composition en zoomant sans cesse, ce sera trop tard la photo se sera échappée. A force de pratique on arrive à intégrer à quelle distance se placer avec un 35mm ou un 50mm. Les 28mm sont utilisés par ceux qui aiment une forte proximité, un engagement physique fort vers les sujets, ou des compositions de style minimaliste. Les grands angles ont tendance à déformer et à procurer un rendu spécifique. Le choix de telle ou telle optique fait partie de la chaine construisant son propre style dans la palette des possibles. Ce qui est vraiment important c’est que le matériel se fasse oublier même pour le photographe en n’étant qu’un outil confortable, nécessaire, pour atteindre le but de rapporter des photos significatives.

Pour le choix de la marque du boitier, c’est également subjectif. Quand on a déjà un réflex et un objectif 50mm, on peut se lancer. Il ne faut pas non plus que le matériel soit un prétexte pour ne pas faire si on en ressent le désir. Les boitiers Fuji X sont souvent utilisés, on peut reprocher le style d’image qu’ils produisent, très marqué « Fuji ». Quand on a de l’expérience on reconnait le rendu spécifique très contrasté, soit avec des couleurs désaturées ou saturés des « filtres » simulation de films, présents sur les jpeg. C’est un message peut-être un peu clivant cette phrase mais le fait est qu’on reconnait que c’est un traitement Classic Chrome, Velvia etc, ce qui peut brouiller le ressenti par rapport au propre style du photographe et lasser un peu…

A retenir

La Street Photography, ou photographie de rue, est un courant photographique qui consiste à saisir des moments spontanés et authentiques de la vie quotidienne dans les espaces publics. Les photographes de rue cherchent à capturer l’essence de la vie urbaine, en immortalisant des scènes de rue, des personnes, des actions ou des situations visuellement intéressantes. La définition exacte et les limites de la photographie de rue peuvent souvent faire l’objet de débats et de discussions parmi les photographes et les experts. Certains peuvent considérer que des images posées, des scènes improvisées ou des compositions minutieusement réfléchies ne correspondent pas à la définition traditionnelle de la photographie de rue, tandis que d’autres peuvent les inclure. Cependant, l’essence commune reste la captation de la vie urbaine et de moments fugaces dans la rue.

En ce qui concerne les aspects juridiques liés au droit à l’image, la photographie de rue pose souvent des questions délicates. En général, les personnes photographiées dans un espace public ne peuvent pas juridiquement s’opposer à leur utilisation à des fins artistiques ou documentaires, car elles se trouvent dans un espace où elles peuvent être raisonnablement photographiées. Cependant, cela peut varier d’un pays à l’autre, en fonction des lois sur le droit à l’image. Il faut porter son attention qu’il n’y ait pas atteinte à la dignité de la personne en illustrant une situation dégradante. Certains pays peuvent exiger une autorisation préalable pour photographier des individus reconnaissables. D’un point de vue moral, les photographes de rue sont souvent confrontés à des dilemmes éthiques personnels, en cas ne doute ne pas faire ou ne pas publier les photos en question. Il est important de respecter la vie privée des sujets photographiés même s’ils sont dans un espace public, en évitant de diffuser des images qui pourraient porter préjudice. Bien que les espaces publics offrent un cadre légal permissif, il est important d’aborder les sujets humains avec respect et empathie. En adoptant une attitude transparente, en privilégiant un dialogue, cela permet d’éviter les malentendus afin de continuer à chercher à capturer des photos puissantes sans toutefois compromettre son intégrité et celle des personnes photographiées.

Astuce

Quand on n’ose pas et que l’on voudrait bien essayer, car c’est vrai que ce n’est pas évident de se lancer ; se rendre dans une ville très touristique avec plein de gens avec des appareils photos et smartphones et faire le touriste en se noyant dans la masse. L’attitude est importante car quand on renvoie une impression d’être gêné, trop timide, on peut paraitre louche. Il s’agit de ne pas se faire trop remarquer, avant de réaliser la photo, sinon l’aspect spontané et naturel s’efface et cela transforme complétement le résultat escompté avec une attitude posée. En cas de gens mécontents expliquer alors qu’il s’agit d’un travail photographique ou des expérimentations pour apprendre un courant photographique qui s’appelle « Photographie de rue » dans un but artistique et en aucun qu’il s’agit de non respect des personnes.

Sources juridiques

LOI n° 2016-925 du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine : La création artistique est libre. La diffusion de la création artistique est libre. Elle s’exerce dans le respect des principes encadrant la liberté d’expression et conformément à la première partie du code de la propriété intellectuelle.

Code pénal : Des entraves à l’exercice des libertés d’expression, du travail, d’association, de réunion ou de manifestation – Articles 431-1 « Le fait d’entraver, d’une manière concertée et à l’aide de menaces, l’exercice de la liberté de création artistique ou de la liberté de la diffusion de la création artistique est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. »