Il peut se produire des points d’achoppement une fois les photos réalisées entre un attendu de client pas clairement identifié au départ et la fourniture des photos ensuite avec un : les photos ne me plaisent pas.
Un point de départ est que la photographie est un domaine où une grande partie de la valeur perçue repose sur une réaction subjective, souvent « J’aime » ou « je n’aime pas ». Cela ne signifie pas que tout est subjectif. Il existe des critères techniques, des compétences, une maîtrise de la lumière, de la composition, de l’exposition, etc. Mais dès qu’on parle de l’esthétique d’une photo, le jugement du spectateur entre forcément en jeu. Dans une prestation de mariage ou de famille, cette subjectivité devient particulièrement importante parce que le photographe et le client n’ont pas nécessairement les mêmes goûts. Un photographe peut avoir un traitement très particulier, une façon très personnelle de composer, de diriger les couples, etc, ce qui peut être clivant. Plus sa proposition est subjective, typée, plus il est judicieux de la montrer clairement avant la vente, parce que le client ne commande pas une vérité photographique universelle. Il choisit une proposition esthétique parmi d’autres. Il s’agit d’identifier si ce qui est proposé correspondra au goût et aux attentes de la personne qui passera la commande. Il y a une différence assez fondamentale entre faire des photos pour soi et faire des photos pour quelqu’un d’autre.
Un photographe peut avoir une identité visuelle très marquée axée sur le rendu avec des couleurs désaturées, contrastes forts, peau très chaude, noirs écrasés, rendu film, grain, photos sombres, etc. Mais si le client découvre après la prestation que les photos ont ce rendu et que cela ne lui convient pas, il y a un problème. Parce que le client n’a pas acheté uniquement « la vision artistique du photographe »., il a acheté des photos de son mariage, de sa famille, de son couple.
Le photographe dit souvent « C’est mon style », c’est recevable si le type de rendu était réellement explicite avant la commande. Cela devient beaucoup plus discutable lorsque le portfolio montre essentiellement des photos très spectaculaires et travaillées, alors que le client veut simplement que ses photos soient « belles », naturelles et ressemblantes à ce qu’il voit dans la vraie vie, sans avoir clairement fait part de ses préférences avant.
Il y a une différence entre photographie artistique et photographie commerciale
Dans une démarche personnelle, le photographe peut se dire « Je veux montrer le monde comme je le ressens. ». Dans une prestation de mariage il y a une part de « Je dois produire des photos qui correspondent à la demande d’une personne qui me paie. ». La hiérarchie des contraintes n’est pas la même. Un photographe de mariage peut avoir une très forte personnalité. Il peut même apporter énormément de créativité dans la composition ; la lumière ; les moments recherchés ; la direction des personnes ; le cadrage ; la narration ; la sélection des photos ; la manière de raconter la journée. Mais le post-traitement très appuyé est une zone particulièrement spécifique parce qu’il modifie directement la perception que le client a de lui-même et de ses proches.
Certains photographes de mariage, couple famille peuvent vouloir vendre « Je suis un artiste, voici ma vision. » alors que le marché leur demande plutôt « Je veux que tu racontes ce moment important de ma vie et que les gens sur les photos semblent beaux et reconnaissables sans artifices. » Un photographe peut valoriser énormément la dimension artistique alors que le client, lui, n’a pas spécialement demandé autant de traitements sur les photos, il veut des photos souvenirs avec une vision classique qu’il a en tête.
Un portfolio peut créer de la distorsion car il y a une quantité limitée de photos présentées et avec une sélection rigoureuse, alors que le nombre de photos réalisées lors du mariage sera de + de 600 … Une prestation comprend forcément un nombre important de photos « ordinaires » (repas, cérémonies, photos, détails) et pas uniquement du « spectaculaire ».
Il y aurait presque trois marchés différents sous l’étiquette « photographe de mariage/famille ».
| Positionnement | Ce que le client achète |
|---|---|
| Souvenir | Des photos « naturelles » de l’événement, bonnes techniquement |
| Service + regard | De beaux souvenirs + une vraie personnalité photographique |
| Commande artistique | Une interprétation très personnelle du sujet |
Il y a un aspect commercial, vendre et que le résultat plaise aux clients. Dans ce domaine, beaucoup de photographes semblent se positionner en 2 ou 3 ou entre les deux, sans que ce soit très clair au départ, alors que leur clientèle peut vouloir acheter du 1.
Un photographe de mariage peut avoir une signature extrêmement reconnaissable sans imposer un traitement, un style uniquement basé sur le rendu des photos, par exemple pour illustrer systématiquement une dominante jaune-marron, alors que ce n’est pas cet effet qui a été déterminant dans le choix de ce photographe en particulier et au final le client peut trouver que ce type de rendu sur 600 photos ne lui convient pas car il est trop systématique. On peut confondre signature esthétique et signature par le traitement. Le piège du « style c’est alors le preset appliqué à une grande quantité de photos, techniquement c’est surtout un rendu de post-production.
Un style photographique se trouve dans des un ensemble, comme une posture, une façon de faire, ce que le photographe remarque ; où il se place ; ce qu’il décide de photographier ; comment il compose ; comment il utilise la lumière ; comment il dirige les personnes ; les relations qu’il cherche entre les individus ;les moments qu’il anticipe ; sa manière de raconter une journée ; la sélection qu’il fait ensuite.
Le rendu : « Mes photos ont cette couleur. » Il s’agit de la chaîne de traitement : exposition, contraste, balance des couleurs, courbes, grain, etc.
L’esthétique : « Mes photos ont cette apparence parce que je recherche telle sensation. » Le traitement peut participer à l’esthétique, mais il n’en est qu’un élément.
L’écriture photographique : « Je photographie de cette manière parce que je regarde les situations de cette manière qui est la mienne. »
Un photographe peut avoir un traitement neutre et être immédiatement reconnaissable. À l’inverse, on peut appliquer exactement le même preset à 10 photographes et obtenir 10 approches photographiques différentes parce que leur posture est différente. Un photographe peut avoir développé une forme d’obsession pour son rendu parce que c’est quelque chose de très visible dans son portfolio et très facile à identifier.
Un traitement appuyé peut donner artificiellement l’impression d’une cohérence artistique. Toutefois c’est une cohérence sur l’aspect colorimétrique. Cette cohérence est produite après la prise de vue. Elle ne signifie pas nécessairement qu’il existe une véritable cohérence dans le regard du photographe.
Concernant les photos de mariage, couple, famille cela peut être problématique car le photographe peut finir par construire son offre autour de son rendu avec un : « Je suis photographe mariage moody / fine art / warm / editorial / film look… » ; alors que le client, lui, veut surtout ce qu’il nomme des belles photos de cette journée, où sa famille ressemble à sa famille et que l’on retrouve la réalité vécue du moment.
Certains photographes sont dans un champ économique commercial et dans leur tête parlent d’artistique, hors l’artistique est forcément clivant. Aussi la la demande réelle majoritaire n’est pas nécessairement celle qu’ils imaginent. Il peut exister une distorsion avec un domaine où le client commande des photos pour conserver un souvenir personnel, mais ils peuvent se comporter comme si le client avait commandé une œuvre d’auteur. Dès qu’on parle d’expression artistique, il y a une grande part de subjectivité. Un rendu très typé peut être magnifique pour quelqu’un et franchement déplaisant pour quelqu’un d’autre… Certains clients n’ont pas envie d’une interprétation artistique très marquée pour les photos de leur mariage.
Identifier en amont le désir du client
De l’importance de bien communiquer avant de faire les prestations. Le photographe pourrait avant la prestation, faire émerger le désir client à partir de références visuelles : montrer plusieurs photos différentes et demander simplement : « Parmi ces photos, lesquelles correspondent le plus à ce que vous aimeriez avoir ? ». C’est probablement beaucoup plus efficace que de demander au client quel style il aime car la question est très sujette à une interprétation différente de chacun, bien qualifier la demande pour éviter des problèmes plus tard et bien sûr faire signer un contrat. Ne surtout pas oublier que nous sommes dans une activité subjective.
S’il y a une déception exprimée après la prestation photo
Le meilleur moyen d’éviter une déception est d’avoir bien communiqué avant le mariage par exemple. En cas d’une déception après avoir fourni les photos, ne pas répondre à chaud par mail, en étant offusqué, ou envahi par une émotion négative. Communiquer par téléphone ou visio pour bien comprendre la cause, le pourquoi. Il s’agira d’écouter sans couper la parole et de bien comprendre ce qui semble clocher du côté point de vue des clients. Ne pas chercher immédiatement à se justifier ou à démontrer qu’ils ont tort. Identifier ce qui a déçu, Quelles photos leurs posent problème ? Qu’avaient-ils imaginé ? Qu’attendaient-ils exactement ? est-ce qu’il y a eu une erreur de faite ? si c’est le cas il faudra reconnaitre cette erreur et demander des excuses. Si le problème vient d’une attente qui ne correspondait pas à votre manière de travailler, expliquer calmement pourquoi. Lors d’un mariage le photographe ne peut pas être partout à la fois, certaines scènes sont imprévisibles et un reportage de mariage n’est pas une séance photo entièrement dirigée, il y a possiblement des manques. Si, malgré l’écoute et le dialogue, la déception reste importante, il s’agira de trouver une solution concrète. Bien revoir sa sélection des photos si par exemple il manque une personne en particulier dans les photos non retenues, ce n’est pas très grave si cette photo initialement non fournie mais qui existe n’est pas parfaite, l’ajouter. Parfois, une explication claire et une discussion honnête suffisent à régler un début de conflit. Il est aussi possible d’offrir en + une séance après mariage (day after) si la déception portait sur les photos de couple lors du mariage car à ce moment le temps prévu a peut être été trop limité. Une fois la situation apaisée, positiver en analysant ce qui s’est passé pour en tirer un enseignement.