Un projet photographique

Peut-être que le commun des mortels te trouvera un peu perché. Peut-être il te regardera bizarrement avec un « qu’est-ce qu’il fait ». Ne te préoccupe pas des jugements, fait. Travaille ta créativité. Ici on aime les photos issues de la réalité, celles qui ne sont pas photoshopées en ajoutant des éléments, c’est une question d’Affinity, pardon d’affinités (pas de jaloux comme ça entre les deux applications). On aime rester dans le réaliste interprété. Ce n’est pas mieux ou moins bien, c’est comme la photo artistique et la photo souvenir, c’est un choix qui s’inscrit dans une démarche, ce n’est pas un jugement de valeur, ce sont des pratiques différentes aussi respectables les unes que les autres. L’ajout d’éléments c’est une autre façon du faire, On peut appeler ça du digital art. Il y a de multiples branches dans la Photographie. Il est même possible de faire de la Photographie sans appareil photo, en faisant du collage, en exposant du papier argentique à la lumière. C’est un bel arbre robuste, qui donne de multiples fruits. L’important c’est l’usage, le message, le plaisir dans un triptyque spectateur, photographe, sujet. C’est le lien entre ces 3 éléments qui peut définir une catégorie, s’il y a besoin d’une catégorie, ce n’est pas obligatoire non plus. Parfois des cases ça rassure, sortir de cases, ça peut être une démarche aussi. Si ton choix c’est d’être un rebelle des règles et du beau, c’est ton choix. Le seul spectateur unique, cela peut être toi. En photo on parle d’ouverture, sympa non, les mots photos. Si à un moment tu fais face à des critiques acerbes, dis toi que ceux là ont le diaphragme trop fermé. Continue avec ton objectif.

Autre aspect, la technique, c’est un peu comme la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. La technique c’est un moyen pratique, ça aide à faire mais ce n’est pas une fin en soi, il arrive que des photos très techniques, soient très froides. Quand on te dis « ça fait pro » ce que tu fais, hum, ça peut être à double tranchants, ça veut peut-être dire, techniquement c’est pro, c’est maîtrisé mais le rendu est disons « très commercial » ou genre « photos trophées », celles qui plaisent au plus grand nombre, qui veulent peut-être dire regarde comment je suis bon et comment je maîtrise la technique. Mais c’est le style de photos que l’on voit souvent, on ne voit pas clairement de message, de singularité, de personnalité. Si c’est une commande, si c’est ce qu’un client attend, c’est gagné, c’est très bien, si ça flatte uniquement l’égo, pourquoi pas, la photo peut servir à ça aussi, se faire du bien. Encore une fois pas de jugement, cela dépend de la finalité du « pour quoi ». Ainsi il y a des photographes qui sont des technophiles, tu leur montres l’oiseau, ils demandent les isos. Comme on est généreux on les mets pour eux. Et puis c’est pour être taquin, l’écriture est un amusement aussi, ne croit pas qu’en utilisant les mêmes réglages tu auras le même résultat car sinon c’est raté, si tout le monde pouvait faire exactement la même chose que toi, ta réalisation ne serait pas unique. Il n’est pas interdit de copier, de s’inspirer, l’objectif est que tu gardes au final ta personnalité quand tu es dans une démarche artistique, quand tu es un photographe auteur. Auteur c’est un acteur qui utilise des outils pour s’exprimer en mettant sa propre façon de faire. Il ne montre pas le sujet comme il est, ou comme il a été, il montre une façon personnelle de le voir. La pratique artistique est ainsi très large, sans idée de hiérarchie entre les pratiques. Ce n’est pas une prétention, un statut prétendument élitiste, c’est une façon. L’ambiguïté de la Photographie par rapport aux autres arts, c’est qu’ils sont moins utilisés à titre utilitaire ou commercial dans la majorité des cas. C’est rare de faire une sculpture pour garder un souvenir d’un lieu, cela peut arriver pour un portrait mais l’acte 1er est axé sur la sculpture en tant qu’objet d’art reconnu. La peinture d’art par exemple est d’emblée vue comme une démarche artistique, pas forcément le fait de faire une photo. Quant à la définition de ce qui est art ou pas, c’est un vaste sujet philosophique. Marcel Duchamp a écrit  » Je voudrais tout simplement dire que l’art peut être bon, mauvais, ou indifférent, mais nous devons l’appeler art, qu’importe l’épithète : le mauvais art n’en est pas moins de l’art, comme un mauvais sentiment reste un sentiment. »

Entrer dans une démarche artistique ne veut pas dire faire forcément faire quelque chose de bien, de beau. La démarche artistique et se dire artiste, c’est donner une vision personnelle sur un sujet.

Au niveau de l’inspiration, comme nous sommes dans une époque de slogans, tu peux changer de perspectives avec « Le net tu le jettes, le flou tu t’en fou ». Tout est possible c’est toi qui décide. Tu peux te lancer des défis, quand tu es un peu bloqué. Comme faire par exemple une série sans sortir de chez moi. L’important c’est le triptyque spectateur, photographe, sujet. La photo souvenir c’est quand le photographe s’efface devant son sujet, le but c’est de ramener un souvenir de ce qu’il a vu. Le photographe professionnel lui, s’efface au profit du spectateur, il est au service de la demande de son client dans une relation commerciale. Il doit fournir le résultat attendu, il réalise une prestation qui doit plaire et être conforme à une attende, il y a un attendu. Un photographe artistique à qui on passe une commande est entre les deux, il ne s’efface pas complétement au profit du sujet. Des photos de mariages, de portraits, peuvent être dans une démarche artistique par exemple. L’artiste auteur de son côté, ne s’efface pas du tout au profit du sujet. Peu importe que ses photos plaisent ou pas. Il impose sa vision, ça peut être pour engendrer des émotions, positives ou négatives. C’est un moyen d’expression qu’il a choisit. Il est dans le déroulé photographe, sujet, narration, spectateur. Une illustration dans le pourquoi je photographie, est par exemple « pour montrer comment je vais moi » ; ça peut paraitre égocentrique, mais l’égo n’est pas forcément un ennemi, on peut faire en restant dans l’humilité, un égo altruiste.

Un projet « Sans sortir de chez soi »

Il s’agit d’un morceau de projet pour montrer ce qu’il est possible de faire, à titre d’illustration d’un exercice pratique. Il sert à montrer les différents types de traitements photos à utiliser dans un but narratif. Une démarche, un peu pour prendre à contre-pied le « pour faire des photos il faut voyager ». Pas forcément, l’avantage de voyager c’est d’avoir un regard neuf. On peut aussi travailler à avoir un regard neuf chez soi ou autour de chez soi. Quand l’envie de photographier est forte, il faut y aller sans forcément avoir besoin de bouger, seulement dans sa tête. Une forme d’introspection pour montrer ce que l’on ne voit pas ou plus. Voici donc à titre d’illustration. Toutes ces photos ont été réalisées à la maison, c’est un match à domicile. C’est un projet non abouti, pas terminé. Il faudra travailler sur la cohérence d’ensemble, la présentation. Mettre sous fond noir ou pas pour que les photos ressortent mieux, ou gris, ou laisser en blanc. Enlever, ajouter des photos. Souvent il n’est pas nécessaire d’en mettre beaucoup (c’est combien beaucoup ?), le choix est difficile, on a tendance à en montrer trop, je peux dans cet exercice pour montrer ce qu’il ne faut pas faire, ça fait plaisir d’en montrer plein. On a besoin d’un regard extérieur et du recul. Quelqu’un qui te dit, tu vois celles ci elles ne me parlent pas. Je trouve qu’elles n’apportent rien. Il faut aussi apprendre à ne pas se vexer. C’est toi qui décide même si quelqu’un te dit que c’est nul, dis toi que tu es un artiste incompris. C’est dans une démarche pédagogique ici. Toutes les photos ont été réalisées en raw avec traitement personnel sur Capture One pro.

Quelques explications succinctes pour montrer ce qu’il est possible d’écrire pour expliquer, quand on fait une photo « engagée ». Cela s’inscrit dans la démarche. Il n’est pas obligatoire de l’indiquer quand la photo est montrée. C’est à chacun aussi de faire son interprétation, ou de ne pas en faire et de simplement regarder. C’est parfois délicat quand il s’agit d’un sujet clivant. La photographie artistique n’est pas dans le champ purement commercial. Il est possible que le message et la réalisation ne plaise pas à tous. Nous sommes dans le domaine de la liberté d’expression artistique, pour garder l’esprit ouvert. Bien sûr il est nécessaire de respecter la loi et de ne pas appeler à la haine par exemple. On peut inciter à réfléchir et faire poser des questions. Pour cette photo, l’intention c’est de montrer le côté paradoxal du fait que le sport soit utilisé pour faire de la publicité pour une boisson très sucrée qui engendre le plus souvent de l’obésité. Le sucre attire le sucre. Le foot attire les masses pour les distraire. Présence simultanée du fameux qr-code qui est à l’origine, un code-barre destiné aux objets et qui peut être utilisé pour du contrôle social, en flou le code barre classique. C’est une photo voulant faire réfléchir sur les rapports humains et objets. Concernant le traitement des couleurs saturés et vives ont été utilisées, pour garder un côté festif, joyeux, positif malgré que la question de fond est sérieuse. La plante est présente pour nous rappeler la nature, l’importance de la nature. etc etc Le but de cette extrait n’est pas de présenter tous les éléments exhaustifs mais de montrer concrètement la justification de la démarche. On peut aussi ne rien indiquer pour laisser le spectateur se faire sa propre idée. Fuji XT 2 – objectif KamLan 50mm à f 1,1 200 iso

L’explication, c’est du flou, c’est pour faire une transition. C’est pour montrer qu’on peut faire du flou à la maison. Je crois bien que j’avais bu un coup ce soir là. Nikon D3s – 35mm f1,8 200 iso 1/10ème de s.

Celle-ci ne semble pas nécessaire, elle n’apporte rien de plus. Elle serait à retirer du projet. C’est bon de prendre du temps afin d’avoir du recul. Souvent on est pris par l’enthousiasme du faire. Certains projets peuvent rester 2 ans ou plus en repos, inachevés, parce qu’on est mécontent, on trouve que c’est pas terrible. Puis on y revient, et finalement on trouve que c’est bien. Faire attention à son besoin de perfection qui peut-être bloquant. Se méfier des comparaisons surtout si l’on n’est pas très sûr de soi car on est une personne très sensible qui a tendance à se décourager car trop exigeant aussi. C’est dommage de ne pas faire et quelque part de s’auto-censurer.

Ici c’est pour montrer le temps qui passe. Les tâches marrons sur les bananes, c’est comme les tâches marrons qui apparaissent sur la peau quand on vieillit. Le temps passe vite. Gardons la banane. Le traitement de la photo est axé sur la matière, pour faire ressortir et se détacher ce marron. Peut-être, il y a besoin de cette explication. C’est la différence entre les mots assemblés qui expliquent plus aisément qu’une photographie qui si elle est regardée rapidement, le sens peut échapper ou l’intention n’est pas évidente, bien qu’elle y soit. C’est le côté un peu mystérieux de la photographie, avec un ce n’est pas très grave si tout le monde ne comprend pas. C’est une allusion à la peau d’orange, quand il y a de cellulite, on parle de peau d’orange. La peau de banane a pris un autre sens. C’est un détournement pour illustrer les tâches de vieillesse. C’est ça le concept.

Une jacinthe, cela marque le mois de novembre. L’arrivée de l’hiver. J’ai un coup de déprime en général, en novembre, alors j’achète des jacinthes. Elles sentent bons, elles s’éveillent, évoluent chaque jour. C’est un plaisir de les regarder. cela met de la gaité. C’est une plante a contrario avec la nature qui s’endort et les feuilles qui tombent. C’est pour remonter le moral. La Photo peut aussi servir à ça montrer commet je vais moi. Tu peux montrer comment tu vas toi. Techniquement je n’ai pas corrigé le grain, le bruit numérique,, c’est voulu pour un effet féérique.

Ici c’est de la menthe, avec une dominante approchant la couleur mentholée. C’est encore à travailler. L’idée de fraîcheur et de mentholé pour que l’on sente presque l’odeur. j’ai voulu faire une photo rafraîchissante.

C’est vu de la fenêtre. J’étais en train de travailler la fenêtre ouverte et j’ai vu ces traces d’avion qui faisait des boucles. J’ai trouvé cela curieux. Il a fallu aller très vite car ces traces ne restent pas longtemps. Je me suis appliqué pour le cadrage et les traces se sont diluées. J’ai voulu garder trace des traces.

Et toi ? montre moi

Si ça te dis, si ça te parle, tu peux m’envoyer ton projet 5 à 15 photos de ce que tu as déjà commencé. Je te dirai ce que j’en pense, je chercherai avec bienveillance, des pistes pour t’aider. Tu peux envoyer tes photos traitées et aussi tes fichiers brutes si tu le souhaites, afin que je te propose ce que j’aurais fait (bien sûr je m’engage à les supprimer et à ne pas les utiliser). On peut même les publier sur une page ici, si tu veux que tes réalisations soit montrées et servent aux autres.

image_pdf©Patrick Pestre - pour usage personnel -

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